Welovebuzz, le Buzzfeed marocain, dévoile la recette de son succès

Les jeunes Arabes n’en finissent plus de nous bluffer. Après Ouedkniss en Algérie, EMC au Maroc et Saily au Liban, c’est au tour de Welovebuzz, le Buzzfeed marocain créé par des lycéens, de présenter les signes avant-coureur de la success story.

Quand Welovebuzz a vu le jour  en août 2010, il ne s’agissait que d’un blog sans ligne éditoriale sur lequel Driss Slaoui et ses amis partageaient des vidéos qu’ils auraient autrement postées sur Facebook. C’est aujourd’hui le site de référence pour les 18-25 ans connectés et branchés, avec plus de 30 000 fans sur Facebook, une version arabophone fraichement lancée et une stratégie de monétisation inédite en Afrique du Nord.

Nous avons rencontré les deux co-fondateurs Driss Slaoui et Youcef Es-skouri.

Les clés du buzz

« WLB existe depuis 2010 mais a réellement commencé à être une marque reconnaissable, avec un potentiel prouvé cette année », explique Youcef Es-skouri. « On est devenu le média de référence pour les 18-25 connectés, actifs et branchés qui s’y connaissent en digital » continue t’il. Les chiffres ne mentent pas. Les 10 endroits à absolument visiter au Maroc a été partagé plus de 40 000 fois et le site compte en moyenne 30 000 à 200 000 partages par mois, sans publicité ! Ce succès Driss et Youcef l’attribuent à quatre points :

  • Un positionnement unique : « On est les seuls à cibler les 18-25 ans, à offrir avec un contenu différent, des articles qui buzzent, loin de l’actu classique routinière, avec une dose d’humour » estime Driss.
     
  • Des articles pertinents : « Le contenu qui touche le Marocain marche toujours plus que le contenu international » explique Youcef. L’équipe passe donc beaucoup de temps à brainstormer pour trouver le contenu qui parlera aux Marocains.
     
  • Des articles de qualité : Les rédacteurs attachent beaucoup d’importance aux titres et catchphrases, qui permettent d’attirer les clics et les partages, et dédient beaucoup de temps à la formation de chaque rédacteur, explique Youcef à Wamda.
     
  • Un design soigné : Pendant les quatre premières années, l’équipe a concentré ses efforts sur la création de contenu de qualité et l’étude des comportements de ses lecteurs afin de créer un site sur lequel les lecteurs veulent rester et qui donne envie de partager du contenu. Depuis le lancement, en février 2014, du nouveau site, Welovebuzz a connu un véritable boost et est passé de 5 000 à 30 000 fans sur Facebook.

Viral brand content : une monétisation unique

Maintenant que l’audience est au rendez-vous, l’équipe a pu commencer à s’intéresser à la monétisation du site. Au deuxième trimestre 2014, l’équipe a tenté quelques campagnes de publicité classique, au CPM, mais, n’arrivant pas à se différencier des autres médias autant qu’ils aimeraient, ils ont décidé de se mettre au « viral brand content » et d’abandonner complétement la publicité en bannière.

Le viral brand content désigne la création de contenu commandité par une entreprise à un média. L’annonceur donne une thématique à l’équipe rédactionnelle qui planche alors sur un article à fort potentiel viral. Une fois l’article validé par l’annonceur, l’article est publié sur le site avec une mention de l’annonceur. 

« Cela existe déjà en France et aux U.S., explique Youcef Es-skouri, mais pas au Maroc. » La spécificité de WLB c’est qu’ils s’engagent sur le nombre de partage et non le nombre de vues.

Depuis décembre 2014, l’équipe a frappé aux portes de six annonceurs, dont la MDJS, Inwi, Meditel, et tous ont répondu à l’appel. Fort de cette validation du modèle, l’équipe va pouvoir continuer à pousser ce modèle de monétisation.

La croissance passera par l’arabisation du site

Driss Slaoui ne le cache pas, Welovebuzz touche à l’heure actuelle une niche : les jeunes marocains francophones. L’équipe souhaitait donc depuis longtemps lancer une version arabophone afin de toucher plus de jeunes et de surfer sur le succès des médias arabophones au Maroc – Hespress, le média le plus lu en ligne, vient de dépasser YouTube en terme de pages vues dans le pays. Un besoin d’autant plus pressant que le site attirait déjà de nombreux lecteurs arabophones qui ne comprenaient pas tout le contenu français.

Mais pour l’équipe fondatrice, non arabophone, pas question de lancer la version arabophone sans une équipe capable de produire du contenu de qualité. Le projet a donc été mis de côté jusqu’à ce qu’ils trouvent le bon rédacteur en chef. Avec Afaf Bouagada aux commandes, les deux cofondateurs ont enfin pu lancer Welovebuzz en arabe.

Maintenant, Youcef Es-skouri ne le cache pas, « un des objectifs est de régionaliser le site » mais hors de question de le faire n’importe comment. « Il faut savoir ce qu’aiment les gens et extrêmement bien connaître chaque marché, explique t’il. C’est pour cela qu’on veut prendre notre temps avant de partir à l’étranger. »

Gérer une équipe de bénévoles

Depuis son lancement, le site n’a jamais versé le moindre dirham à ses contributeurs –ils sont maintenant trente jeunes, essentiellement des étudiants de moins de 25 ans. Pour attirer et fidéliser son équipe, le média a encore une fois pu compter sur son obsession pour la qualité.

« Les rédacteurs sont contents d’écrire pour nous, explique Youcef Es-skouri, car ils sont fiers d’écrire pour Welovebuzz et de voir leurs articles partagés, c’est aussi une bonne référence sur leur CV. »


Une partie de l'équipe lors du GeekFtour 2014

Mais il y a aussi un autre facteur très important: « ils sont libres de parler de ce qu’ils veulent, il n’y a aucune limite, continue Youcef. Ils peuvent parler de sexualité ou de leurs passions sans aucun problème. »

En outre, l’équipe a une méthode de gestion des talents très différente de celle des autres média. « On n’a pas cette hiérarchie qu’on peut retrouver ailleurs, tout le monde a son mot à dire. »

Maintenant que de l’argent rentre dans les caisses, les cofondateurs veulent  remercier les rédacteurs. « On est train d’expérimenter un modèle de rémunération en fonction des performances, dévoile Driss. Les rédacteurs seront rémunérés en fonction du nombre de partage et de pages vues. » 

Bientôt les deux espèrent pouvoir embaucher leurs contributeurs à temps-plein et les réunir dans un même bureau. Mais cela devrait attendre que Driss Slaoui et Youcef Es-skouri aient fini leurs études, et « en un an et demi, beaucoup de choses peuvent changer », sourit Youcef.

 

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