Comment les Droidcon et GDG redonnent le pouvoir aux Tunisiens

Il y a quelques semaines, pas moins de 1 000 participants s’étaient donné rendez-vous lors de la quatrième édition tunisienne de Droidcon, l’événement annuel dédié aux développeurs Android. C’est plus que lors du Droidcon français ! Parmi ce beau monde, on pouvait aussi trouver des journalistes européens, des experts internationaux et des membres du gouvernement tunisiens.

Ccomme souvent en Tunisie, ce succès s’explique par une envie brulante de changer les choses et par une conviction profonde qu’avec les bons outils, les bons Tunisiens peuvent créer leurs propres emplois et faire grandir le pays.

Nous avons rencontré Taher Mestiri, le fondateur de Tunandroid.com, un site informationnel destiné aux développeurs Android, mais aussi du rendez-vous annuel Droidcon, ainsi que des très actifs Google Developers Groups (GDG).

Wamda : Pourquoi avoir lancé Tunandroid en 2010 alors que la Tunisie ne comptait quasiment aucun développeur Android ?

Taher Mestiri : 
J’ai senti l’importance d’Android et j’ai voulu partager les informations que j’avais avec la communauté en Tunisie. Quand on a lancé TunAndroid, il n’y avait pas de développeurs Android. Les gens commençaient seulement à entendre parler d’Android mais ne savait pas exactement ce que c’était.

On a lancé le site le 4 juin 2010 et en novembre, lors du Salon de l'Informatique et de la Bureautique, on avait décidé de prendre pour la première fois un stand pendant deux heures pour aller à la rencontre de la communauté. C’était un stand de 9 mètre carrés et plus de 300 personnes sont venus sur le stand. On a dû nous trouver une salle pour qu’on puisse accueillir tout ce petit monde.  

Pour notre premier anniversaire, en juin 2011, nous avons organisé le premier événement dédié exclusivement aux développeurs Android, qui est devenu ensuite le Droidcon. On avait invité 400 personnes. La salle était encore une fois archi comble, essentiellement des étudiants et des développeurs freelance.

Wamda : Pourtant il n’y pas tant d’applis tunisiennes sur le Google Market ?

Taher Mestiri : Pour ouvrir un compte Google Play [qui permet aux développeurs d’appli d’être rémunérés], il faut une carte internationale qui n’existe pas en Tunisie. Jusqu’à présent les Tunisiens qui développent des applis doivent trouver des moyens contournés pour se rémunérer.

Au DroidCon 2014, on a organisé un débat avec la direction générale de l’économie numérique au ministère des Technologies de la communication et de l’Economie numérique ainsi que trois autres ministères, la  Banque Centrale Tunisienne et l’UTICA, l’organisation patronale tunisienne, et on a discuté de la problématique des cartes de paiement internationales pour les développeurs.

Il y avait 680 développeurs tout autour qui ont montré précisément à ces responsables les opportunités qu’ils étaient en train de rater à l’échelle internationale et l’intérêt d’avoir une carte bancaire internationale, même limitée en terme de dépenses tant qu’elle était illimitée en terme de réception d’argent.

Depuis que j’avais déjà publié, en janvier 2012, une proposition qui exposait au gouvernement l’importance d’avoir une carte bancaire internationale, la communication avec certains ministres était ouverte mais c’est vraiment à la suite de cette discussion que nous avons pour la première fois pu parler sérieusement avec les responsables gouvernementaux.

Lors du DroidCcon 2015 [qui a eu lieu les 7 et 8 mars à la Médina Yasmine de Hammamet], Nooman Fehri, le ministre des Technologies de la communication et de l’Economie numérique, a annoncé que le projet de « carte technologique internationale » va être mis en place et fait partie des priorités du gouvernements dans ses 100 premiers jours au pouvoir.

Le Ministre était tellement impressionné de voir 800 développeurs autour de lui et de sentir les idées bouillonner qu’il a annulé tous ses rendez-vous et est monté sur scène, a enlevé sa cravate et a annoncé que, maintenant que la transition démocratique était en place, il fallait enlever les cravates et se mettre au travail ! Il fallait voir ça, les participants n’en croyaient pas leurs yeux. C’était super.

Le plus important, c’est qu’on a démontré que le gouvernement peut être à l’écoute de la société civile et être ouvert à la discussion et qu’ensemble, avec la société civile, le gouvernement et le secteur privé, on a trouvé une solution. C’est exceptionnel. 

Cette année on a aussi commencé à parler du processus d’importation des composants électroniques [Ndlr : comme les smartphones, tablettes, kits de développement qui peuvent être utiles aux développeurs et intégrateurs] et des problématiques de douanes et on va commencer un nouveau processus de discussions tripartites.


Oui, oui, il s'agit bien du ministre Nooman Fehri en plein selfie avec les participants du Droidcon

Wamda : Lors du DroidCon 2011, tu as aussi lancé les Google Developers Groups. Concrètement ce sert à quoi et pourquoi c’est important ?

Taher Mestiri : Effectivement, on a lancé le premier chapitre tunisien de GTUG, Google Technologies User Group, maintenant connu sous le nom de GDG, Google Developers Group. En 2012, Tunis GTUG était le troisième chapitre le plus actif au monde.

Les GDG servent à développer une communauté qui s’intéresse aux technologies Google et dans laquelle les plus expérimentés peuvent partager leurs connaissances avec les novices. Ca permet à la fois de développer une culture de l’échange et d’offrir des formations.

C’est important d’encourager les gens à utiliser les technologies Google pour ne pas que les développeurs soit dépassés par les évènements et les nouvelles technologies.

Cela permet aussi aux chômeurs ou aux étudiants qui ont besoin d’un peu d’argent de savoir le plus de choses possibles le plus rapidement possible et d’être aux premières lignes pour profiter des opportunités qui se présentent sur le marché.

Wamda : Donc pour toi développer GDG c’est participer au développement économique de la Tunisie ?

Taher Mestiri : C’est une obligation d’aider la Tunisie. Il y a des gens qui ont donné leurs vies pour la révolution. Moi je donne un peu de mon temps et de mes connaissances pour aider les autres, ce n’est rien.

Il y a déjà des success stories mais on ne peut pas en parler parce qu’elles sont illégales. Je connais quelqu’un qui gagne 25 000 dollars par mois. Mais il ne peut pas déclarer ses revenus car c’est interdit d’avoir un compte à l’étranger. Il récupère son argent par des moyens détournés. Ce n’est pas évident du tout de gérer de ça.

Quand cette carte technologique sera lancée, on pourra dévoiler énormément de success stories.

Credit photo: Droidcon

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