Le crowdfunding fait son entrée en Afrique du Nord

Surfant sur le succès de Kickstarter.com et IndieGoGo.com, des plateformes de crowdfunding ont émergé un peu partout dans le monde. Il faut dire qu’il y a de l’argent à se faire : mi 2014, Kickstarter avait déjà dépassé le milliard de dollars levés, quatre ans seulement après son lancement. Désormais, des acteurs locaux veulent déployer le potentiel du crowdfunding dans les pays émergeants, dont ceux de l’Afrique du Nord.

Quatre plateformes cherchent à s’imposer en Afrique du Nord, l’une est Zoomaal, une plateforme dédiée au monde arabe et déjà bien établie au Moyen-Orient, les autres sont des nouveaux venus venant du Maghreb.

Quatre nouveaux acteurs

Zoomaal est actuellement à la recherche de deux responsables pays pour s’occuper de l’Egypte et du Maroc et développer la plateforme en Afrique du Nord, confie à Wamda le PDG  de Zoomaal, Abdallah Absi. La plateforme a déjà permis de financer plusieurs projets comme ce pop-up museum ou cette initiative d’émancipation des femmes par l’agriculture.

CoFundy est une plateforme de crowdfunding française lancée fin 2014. Elle est actuellement active en Tunisie, d'où l'équipe travaille, et au Maroc mais prévoit un lancement en Algérie puis, en Afrique de l’Ouest.

Smala & Co est une plateforme immatriculée en France dédiée au Maroc qui accueille des projets relatifs à l’environnement, à l’entrepreneuriat social et à la culture. « Nous visons à proposer une solution alternative et écologique pour financer des projets innovants et créatifs » explique le cofondateur Arnaud Pinier à Wamda.

Pour l’instant, peu de projets ont atteint leur objectif. L'éco-dôme du Jardin Ibn al-Awam, un jardin urbain et communautaire dans un quartier marginalisé de Casablanca n’a, par exemple, levé que 1 084 €, soit 21% de son objectif.

Crowdfunding plateforme Smala

Le dernier entrant est JumpStart Africa. La startup, immatriculé aux Etats-Unis mais basée au Maroc, devrait se lancer bientôt dans 47 pays en Afrique. Pour l’instant, JumpStart Africa est ouvert à tous types de projets mais réfléchit à changer de modèle pour se concentrer sur l’artisanat, a expliqué à Wamda le cofondateur et PDG Ahmed Zrikem, pour compenser le manque d’attractivité de nombreux projets soumis. « Ca a été compliqué de convaincre les porteurs de projets de monter des campagnes séduisantes » raconte Ahmed Zrikem. 

Besoin d’éducation

Ce challenge, ils le connaissent tous. Selon Abdallah Absi, 94% des projets sur Zoomaal ne sont pas mis en ligne dû à la faible qualité des vidéos, au manque de réalisme des contreparties et au manque de précision des descriptions.

En réponse à cette problématique, Zoomaal, CoFundy, Smala & Co et JumpStart Africa proposent un accompagnement aux porteurs de projets pour rendre les campagnes plus efficaces. « Notre rôle est d’offrir aux porteurs de projets les meilleurs pratiques et méthodes pour leur permettre de créer les campagnes convaincantes » témoigne Arnaud Pinier de Smala & Co.

Besoin d’argent

Le deuxième challenge rencontré en Afrique du Nord est le problème de financement. « Le cadre juridique en Tunisie et au Maroc ne sont pas alignés avec les besoins du crowdfunding » explique Fares Belghith de CoFundy.

Les cartes de crédits ne peuvent pas être utilisées sur les sites étrangers, ajoute Abdullah Absi, ce qui rend empêchent les Maghrébins de payer avec leurq cartes nationales sur les quatre plateformes de crowdfunding, PayPal ne fonctionne pas en Tunisie et vient tout juste d’être lancé au Maroc, et les gens ne sont pas habitués à payer en ligne.

Pour régler ce problème de paiement, Zoomaal a développé la possibilité pour les personnes habitants dans le même pays que les porteurs de projets de payer hors-ligne, via des transferts, des chèques ou en liquide. Une stratégie partagée par Smala & co.

Chez CoFundy, la priorité est de s’appuyer sur les diasporas pour trouver des contributeurs, une stratégie utilisée aussi par Zoomaal et Jumpstart Africa. « Quarante-cinq pourcent du financement sur Zoomaal vient des expatriés arabes venant des U.S., du Royaume-Unis et de France » témoigne Abdullah Absi. L’équipe de Jumpstart Africa a, quant à elle, pour objectif de se rapprocher des organisations estudiantines américaines et européenes qui se concentre sur l’Afrique pour trouver des contributeurs.

JumpStart Africa donne aussi aux porteurs de projets la possibilité d’ouvrir un compte en banque au Delaware aux Etats-Unis, un Etat connu pour son faible taux d’imposition. 20 jours avant que les projets soient financés, les porteurs de projets reçoivent une carte bancaire afin de récolter leur financement. Quant au fonctionnement exact de cette opération, « C’est notre secret » explique Ahmed Zikrem. « Nous n’allions pas attendre que les dinosaures changent des lois antiques, alors nous avons dû contourner le problème. »

Pour assurer le futur du crowdfunding en Afrique du Nord, estime Fares Belghith, les réglementations financières doivent changer. « [Cela] nécessite un effort de lobbying… auprès des différents gouvernements pour obtenir des réglementations plus favorables au crowdfunding. »

Malgré les défis auxquels ces plateformes doivent faire face, toutes ces plateformes continuent de se démener, coinvaincue que le crowdfunding en Afrique du Nord a le potentiel de stimuler l’innovation location et d’attirer de nouveaux revenus dans la région.   

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