Derbsellicon, un site de ecommerce pour booster la scène maker au Maroc

Être un créateur et bidouilleur dans le domaine électronique, domotique et robotique, autrement dit être un "maker", au Maroc n’est pas chose aisée. Acheter des composants électroniques relève du parcours du combattant et la pratique reste encore mal comprise faute de médiatisation et de success stories. Heureusement, certains Marocains veulent changer la donne. 

Jalal Ait el Harch, Ayoub ElQotbi et Zakaria ElQotbi ont lancé Derbsellicon, un site de vente en ligne de matériel pour makers au nom bien pensé. Derbsellicon c’est d’abord un hommage à la Silicon Valley et aux "derbs", ces ruelles commercantes présentent dans les medinas marocaines dédiées à un corps de métier. Mais c’est aussi une référence au verbe partager, derb, en dialecte marocain.

Comme beaucoup de hackers/makers, Ayoub et Zakaria ont été confrontés à la difficulté de se procurer le matériel dont ils avaient besoin pour mener à bien leurs créations. La première barrière à laquelle ils ont dû faire face était financière car les Marocains ne peuvent acheter plus de 1000€ en devises, limitant donc leurs achats à l’étranger. La deuxième est administrative puisque chaque colis doit être inspecté par la douane puis validé par son destinataire qui doit alors payer les différentes taxes. Un processus lent, imprévisible et couteux.

Les deux frères et leur ami décident donc de lancer Derbsellicon fin 2013 et transforment le site en entreprise en août 2014. Mais la situation n’est pas plus facile pour les entreprises pratiquant l’import.

« Il y a une loi [sur ce qui peut être importé ou non] mais elle est très floue et n'aborde pas la robotique et l'impression 3D, tout dépend de la volonté de l’agent de douane » explique Jalal. Tous les produits (sauf les drones) arrivent à destination, continue t’il, mais impossible pour l'équipe de savoir à l'avance combien de temps et d’énergie cela va leur prendre pour récupérer les produits, à tel point que parfois les clients n’ont plus besoin du produit quand il arrive.

Leur plus gros challenge reste cependant administratif : « On nous dit qu’il faut avoir une autorisation des autorités pour importer mais on ne nous dit pas de quelle autorité. »

Pour parer ces problèmes, les trois amis ont décidé de rallonger le délai de livraison et de se constituer au Maroc un stock de produits phares comme les Arduino, les Raspberry PI, les capteurs HC-SR, gyroscopes, etc.

Depuis leur création, ils ont livré plus de 200 commandes passées par des étudiants, des makers, mais aussi des universités, des entreprises et même une styliste et plus de 400 produits. Derbsellicon ne leur permet pas encore de vivre, mais ce n’était pas vraiment l’objectif.

Lors de l'évènement Derbsellicon is Back
Lors de l'évènement Derbsellicon is Back

« On a un volet vente mais aussi un volet éducatif et partage. On veut promouvoir l’électronique, dire aux gens : vos idées les plus folles vous pouvez les construire facilement » explique Jalal Ait el Harch.

L’équipe, qui a déjà organisé un événement dédié aux making, compte aller plus loin. Les trois  amis veulent lancer une série de podcasts et créer une caravane dédiée au hacking qui s'installer dans différentes régions marocaines pour deux semaines avec l'objectif de faire découvrir aux Marocains ce qu’est le making. Une initiative qui viendrait en complément de Morocco Makers, une communauté de makers basée à Casablanca, les FabLabs de Tanger, et l’historique Sahara Labs, la première initiative au Maroc.

L’étape suivante pour développer la culture maker et hardware au Maroc, ce sera bien sûr le lancement de produits crés au Maroc.

« Je ne connais pas vraiment d’objets hardware au Maroc. On nous a appris à avoir un emploi stable, pas à être créatif. Il y a beaucoup de créativité au Maroc mais ça ne va pas loin, il n’y a pas cette ambition pour créer un objet, le développer jusqu’au bout et le commercialiser. » 

Les seuls qui semblent vraiment sortir du lot, c’est l’équipe de iMote, un porte clé intelligent. Mais les trois amis comptent bien les rejoindre grâce à un nouveau projet sur lequel ils travaillent depuis trois mois : Antheia. 

Antheia est un object connecté permettant de surveiller les besoins en eau des plantes. Ce moniteur sera déployé en trois modèle : un pot de plante connecté destiné aux particuliers, une mini-serre destinée aux plantes rares et un plugin destiné aux professionnels. 

« Les Marocains ont l’habitude d’avoir des plantes à la maison. Notre génération est plus orientée travail et matériel et a oublié cette partie de notre culture » explique Jalal. Il en est bien la preuve. « J’aime bien les plantes, alors un jour une amie m’a offert une orchidée. Malheureusement, je ne savais pas qu’elle avait des besoins en eau spécifique et la plante est morte. Alors on s’est dit : pourquoi ne pas donner la parole aux plantes ? »

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