Travailler plus, stresser moins : à l'intérieur de The Blue House, une résidence pour startups au Maroc

The Blue House Taghazout

Le tourisme du surf connaît une popularité croissante depuis plusieurs années, et le petit village pittoresque de Taghazout, au Maroc, n’est pas en reste. Récemment, les surfs et afficionados de yoga ont été rejoints par un nouveau groupe de touristes : les entrepreneurs.

Les entrepreneurs ont tendance à s’accorder sur un point : changer d’air, aller dans un café, se poser dans un espace de coworking ou squatter le canapé d’un pote, a beaucoup d’avantages. Pourquoi pas aller plus loin et changer de continent ?

Au cœur des valeurs de Wamda

L’entrepreneuriat vient aux fondateurs sous pleins de formes différentes. Pour la rédactrice de la version francophone de Wamda, Aline Mayard, l’entrepreneuriat a pris la forme de The Blue House, un projet qu’elle a lancé à Taghazout il y a quelques mois.

L’entrepreneuriat est inscrit dans l’ADN même de Wamda : plusieurs de nos collaborateurs ont lancé des startups dans le passé et nous partageons notre passion pour l’entrepreneuriat quotidiennement avec des fondateurs. Alors, quand Aline nous a parlé de son projet, nous étions super enthousiastes.

Le bon endroit

C’est en écrivant des articles sur Maptia et Chui qu’Aline a entendu parler de Taghazout. Les deux startups étaient venues d’Angleterre et des US pour profiter des plages, des vagues et d’un environnement idéal pour travailler. Quand ils lui confièrent avoir prolongé leurs séjours de, respectivement, un à neuf mois et une à quatre semaines, elle devint curieuse.

Taghazout
Vous avez le choix : travailler caché derrière votre bureau, ou peaufiner votre pitch devant cette vue. Votre choix.   

Elle atterrit en février 2014. « J’ai tout de suite compris pourquoi les gens adoraient cet endroit, elle explique. Pendant les trois jours que j’y ai passés, j’ai été plus productive que jamais. »

Elle en est convaincue, il y a une opportunité. « En août, je décida de créer non pas un espace de coworking (il y en a déjà un, Sun Desk) mais un lieu où les startups pourraient venir travailler et penser. »

Entrée en scène du cofondateur

Aline se mit alors à chercher un cofondateur. « Je l’ai rencontré sur Twitter, c’était un lecteur de Wamda qui pensait aussi ouvrir un lieu similaire » elle explique. Les deux habitant à Paris, ils se retrouvèrent régulièrement pour définir le projet et le transformer en un concept structuré. Quelques temps après son emménagement à Taghazout, ils mirent fin à leur association, tout en restant en bons termes.

Aline a une approche très lean. Elle explique n’avoir dépensé son argent que dans des billets d’avion et quelques pubs Facebook. Le reste, loyer, salaires, équipements, etc, a été couvert directement par les revenus de l'entreprise. « Aller à des conférences me permet de parler à des gens et de voir ce qu’ils pensent [du projet]. »

Le format

The Blue House accueille des “startups en résidence” par sessions de deux semaines. Initialement, elles devaient durer un mois mais Aline a vite réalisé que ce n’était pas optimal. « Puisque nous nous occupons de tout, les participants n’ont pas vraiment besoin de beaucoup de temps pour s’adapter » explique t’elle. The Blue House s’occupe de tout : des repas à l’espace de travail en passant par l’hébergement, de sorte à laisser aux entrepreneurs le temps et l’énergie dont ils ont besoin pour faire grandir leur entreprise.

« On organise aussi beaucoup d’activités pour pousser les entrepreneurs à poser un nouveau regard sur leur entreprise et à s’entre-aider » elle explique. Parmi celles-ci, le surf, une activité connue pour encourager les gens à penser vite mais aussi pour rapprocher des inconnus. Que peut-on trouver de mieux pour briser la glace que de se prendre une vague en pleine figure, de tomber à la renverse, de se relever et de retomber encore, tout ça dans le but de tenir sur une planche ?

Younes Qassimi and Imane Chafchaouni-Bussy
Younes Qassimi et Imane Chafchaouni-Bussy à un diner à The Blue House.

« Quand on surfe, il faut persévérer et se battre contre les éléments, comme dans l’entrepreneuriat, c’est pour ça que beaucoup [d’entrepreneurs] surfent. Quand tu es dans les vagues, tu es coupé de tout, tu te prends des claques, ça remet le cerveau en place » explique Aline.

La sélection fait tout

Puisqu’une grande partie de l’expérience de The Blue House repose sur la communication et le partage d’idées entre participants, la sélection est cruciale. Aline explique être très satisfaite du calibre des startups qui ont travaillé à The Blue House. Certains sont venus repenser leur stratégie, d’autres mettre au clair leurs idées avant d’aller pitcher à des investisseurs, tandis que certains étaient venus réfléchir à leur next step. Travailler dans un espace commun leur permet de collaborer, de s’entre-aider et peut-être de s’accorder sur des partenariats. 

Startups in residence

L’impact

Pour un des participants avec qui nous avons discuté, Maria Richardsson de Nordic Design Collective, le changement d’environnement a permis à son équipe de voir les choses différemment. « On a réalisé qu’après deux semaines, nous étions devenus très relax. Nous travaillions dix heures par jour, sept jours par semaine, bien plus que d’habitude et pourtant […] nous nous sentions complétement relaxés, en partie parce que tout était organisé pour nous » elle explique.

Bien que le programme incluait un scrum hebdomadaire, Aline a vite réalisé que le gros des échanges entre participants avait lieu lors des déjeuners et des diners.

Ce n’est pas toujours si facile

J’étais curieuse de savoir comment Aline faisait pour jongler entre ses responsabilités chez Wamda et The Blue House. « J’ai arrêté de dormir et de manger, rigole t’elle. J’ai découvert que j’étais plus efficace le matin donc je m’assure d’avoir deux heures le matin pour écrire mes articles et je ne vérifie mes emails qu’une fois toutes les trois heures. »

Passer de journaliste à entrepreneur n’est pas facile. Aline travaille désormais le weekend aussi. Même si ce n’est pas un rythme de travail très sain, Aline continue de promouvoir un mode de vie plus équilibré. « C’est pour cela que j’ai créé The Blue House, pour que les participants puissent avoir un mode de vie plus sain. Ceci étant dit, ce n’est pas possible en période de lancement, surtout quand on n’a pas d’argent. »  

 

Currently interviewing a startup for the month-long program. It's boding well!

Posted by The Blue House for startups on Tuesday, November 25, 2014

Quand on lui demande ce qu’elle pense de la vie d’entrepreneur, elle rigole. « Ca craint. C’est marrant, en tant que journaliste, j’ai entendu les [fondateurs] expliquer qu’ils pensent à démissionner tous les jours et puis qu’ils regardent tout ce qu’ils ont fait et qu’ils continuent. Maintenant je comprends. »

« C’est super de voir sa vision prendre vie, de voir les entrepreneurs passer un bon moment, et de voir tout ce que j’ai accompli. » Et de noter que, quand elle a besoin d’aide, elle peut toujours appeler quelqu’un de l’écosystème à la rescousse.

La suite

Afin de construire des liens forts entre les participants, Aline anime plusieurs groupes Facebook pour réunir les participants et les speakers de chaque cycle. The Blue House prépare déjà les sessions de septembre. « Nous devons maintenir ce lien. Chaque trimestre ou semestre, nous voulons organiser un gros weekend pour réunir les participants, et inviter des journaliste et investisseurs. » En juin, elle prévoit de voyager en Europe pour montrer l’impact du programme.

Aline devra peut-être rajouter des facettes et de la structure au programme, mais une choses est sûre, The Blue House pose les bases pour un réseau transculturel dont pourront bénéficier entrepreneurs et experts.  

Vous devriez aussi être intéressé par : 

Pays

Partager

Articles similaires