Un hôtel pour relancer l’économie de la médina tunisoise

Dans la Médina tunisoise, l'hôtel Dar Ben Gacem

Dar Ben Gacem est un hôtel à l’histoire pas anodine. Caché dans une des petites ruelles de la médina tunisoise, cet hôtel boutique de sept chambres a élu domicile dans une villa tricentenaire, une véritable maison traditionnelle tunisienne rénovée.

« C’est tout ce que j’aime, explique Leila Ben Gacem, en parlant de son hôtel. J’adore faire rencontrer les opportunités économiques et la préservation de l’héritage, continue celle qui a aussi crée l’entreprise sociale Blue Fish. C’est suffisamment grand pour créer une économie collaborative et petit offrir un service personnalisé. »

Restaurer l’hôtel n’a pas été aisé. « Nous avons dépensé beaucoup d’argent et de temps [pour tout remettre en état], de la peinture aux tapis » explique Leila. Et cela semble avoir payé ses fruits. L’hôtel, qui a reçu le Prix des voyageurs de TripAdvisor en 2015, est plein et accueille des visiteurs d’Arabie Saoudite, de Norvège, d’Iran, du Danemark, d’Angleterre et de France.

Pour autant, son plus grand succès reste probablement son style de management et de gestion.

Redonner vie à la médina

Pour la petite équipe de six personnes, trois hommes et trois femmes, l’objectif est que les clients se sentent comme à la maison. « C’est comme être en famille ici, explique le manager Ayman Mouhit. On a gardé la salle à manger petite pour lui donner un côté cosy. » Amel, la chef, offre des repas traditionnels tunisiens, des couscous aux tajines.  « Nous voulons que nos clients se sentent proches de la vie tunisienne, qu’ils soient capables de sentir ce que les voisins cuisinent », explique Ayman Mouhit. 

« Nous voulons que nos clients vivent une expérience authentique, ajoute Leila. Mais pour que cela soit complet, il faut un écosystème, qui n’est pas encore prêt. » Même si la médina a beaucoup à offrir, y être vient avec son lot de difficultés, notamment logistiques. « Cela nous a pris du temps de rendre l’accès à la porte de l’hôtel possible » admet Leila Ben Gacem. 

L'hôtel Dar Ben Gacem

« Nous avons besoin de plus d’initiatives comme Dar Ben Gacem ici dans la médina, soutient Ayman Mouhit. Notre histoire est très riche mais la médina n’a que trois hôtels comme celui-ci. Nous devons y diversifier les services, nous avons besoin de plus de restaurants, café et d’un cinéma ! »

La langue aussi est une barrière. « La communication est clé, et malheureusement, parfois il y a des incompréhensions » explique Ayman Mouhit. Trouver du personnel motivé qui s’occupe de l’hôtel comme si c’était le leur est un vrai challenge, ajoute Leila Ben Gacem. Sa leçon : recruter des personnes motivées, aux talents multiples qu’ils peuvent traiter comme des partenaires.

« Faites vos recherches, apprenez, lisez et posez-vous des questions sur votre domaine d’activité » elle conseille aux jeunes entrepreneurs. « Tenez-vous à jour sur les changements de marché, les tendances et les concurrents. Et la communication, la communication est essentielle, elle continue. Laissez-vos clients devenir une partie de votre mission. » 

Une entreprise sociale

Dès le départ, Leila Ben Gacem voulait que d’autres entreprises dans le quartier bénéficient de Dar Ben Gacem et voulait créer un système économique partagé, grâce auquel les gens coopéreraient et bénéficieraient économique les uns des autres, dans la médina. Mais cela prendre du temps. « Je crois vraiment qu’il y a des opportunités ici » explique la fondatrice, même si elle admet que s’éloigner du modèle traditionnel de l’hôtel tout-compris est un défi. « Nous venons juste de réaliser le nombre d’opportunités et de jobs que nous pouvons y créer. »

Leila Ben Gacem dans son hôtel
Leila Ben Gacem dans son hôtel

L’objectif est d’utiliser les revenus générés pour restaurer d’autres lieux dans la médina, et ce, dès la fin de l’année, explique Leila Ben Gacem. « Cela fait deux ans et nous commençons à avoir de l’argent de côté, inshallah, si tout va comme prévu, nous devrions commencer prochainement la restauration d’une seconde maison, explique t’elle avec enthousiasme, puis d’une seconde ! C’est terrifiant et incroyablement excitant à la fois ! »

Une partie des revenus est déjà utilisée pour promouvoir des évènements dans la médina. « C’est bien de nous aligner avec les autres micro-entreprises » explique Leila Ben Gacem, qui coopère par exemple avec l’Association pour la préservation de la médina. « On doit essayer de présenter une nouvelle image de la médina, explique t’elle. Montrer aux gens que c’est sympa et branché ici » conclue t’elle en rigolant. 

Le challenge du tourisme

Pourtant le tourisme tunisien a du mal à se remettre du coup porté par la révolution, surtout depuis que la récente attaque du musée Bardo a tué 24 personnes dont une majorité de touristes.

« Nous avons déjà eu 10 annulations depuis l’attaque », explique Ayman Mouhit, peiné. Il espère vivement que le Ministère du tourisme prendra des actions pour éviter l’hémorragie de touristes, mais il admet qu’il est trop tôt pour savoir l’impact réel qu’aura l’incident. Mais Ayman Mouhit reste optimiste. « Quand je parle à différents clients, ils nous envoient leur soutien » explique t’il, le sourire de nouveau sur les lèvres. « Nous avons reçu des emails de plusieurs clients nous faisant part de leurs préoccupations, ajoute Leila Ben Gacem, C’est très touchant. »

Credit photo: Christine Petré

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