De la Tunisie au FC Barcelona, les lunettes en bois Vakay montent en grade

Adam Jabeur, cofondateur de Vakay

« Au début, c’était une blague » se souvient Adam Jabeur. Le jeune businessman tunisien, en skinny jeans, chemise blanche, cravate rayée, veste grise et lunettes de soleil Vakay (en photo ci-dessus), se rappelle le jour où, en 2013, il découvre des lunettes en bois sur internet. Intrigué, il appelle son ami designer Soulaiman Ghorbel. Deux mois plus tard, ils tiennent en main leur premier prototype. « Au début, nos amis se moquaient de nous, explique Adam, mais quand ils ont vu le résultat, ils sont tombés amoureux du produit. » 

Les deux amis décident de produire des lunettes de soleil pour leurs amis mais face à l’enthousiasme d’un opticien qu’ils avaient contacté pour obtenir des conseils ils réalisent qu’ils devraient aller plus loin. « Ca a été le moment déclencheur, explique Adam Jabeur. On a réalisé qu’il y avait une demande. »

Aujourd’hui, Adam et Soulaiman ont été rejoints par un ingénieur, Majdi Ghorbel, et un deuxième designer, Ashref Chichini, qui agissent eux aussi en tant qu’associés exécutifs à temps plein.

Les lunettes sont vendues en Tunisie et France chez des opticiens et dans des concept stores. « Nous sommes la seule entreprise produisant des lunettes solaires en Tunisie » explique fièrement Adam Jabeur.

Apprendre la production 

L'atelier de Vakay à Sfax, en Tunisie
Un atelier pas comme les autres

La première année, l’atelier, une usine excentrique avec des tableaux noirs remplis de message, situé à Sfax, la ville où trois des garçons ont grandi ensemble, a vu le processus de production évoluer.

Le premier défi a été de financer les machines et de trouver le bon matériel, se rappelle Adam Jabeur. Les connections et la compétence des différents membres de l’équipe ont été clé, explique t’il.

Il leur a ensuite fallu comprendre quel bois utiliser. Aujourd’hui, les clients peuvent choisir entre cinq types de bois dont du zingana et du bubinga. Mais il leur a fallu du temps pour en arriver là. « On a noté au début que certains modèles ne fonctionnaient pas pour des raisons esthétiques ou pratiques. » Pour choisir entre les différents bois, l’équipe a dû prendre en considération plein d’aspects mais surtout suivre ses intuitions. « Ce n’est pas étonnant que ça nous ai pris plus d’un an avant le lancement officiel le 8 mars 2014. »

Aujourd’hui, le processus de production continue d’évoluer. L’équipe a modifié certaines machines pour répondre à leurs besoins et a investi dans une nouvelle machine.

« Cette année, nous espérons vendre nos produits au Maroc, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie » explique Adam. Mais augmenter les quantités produites et conserver la même qualité n’est pas aisé. « Si vous dites produire des produits de haute qualité, vous devez avoir la qualité qui va avec » continue l’entrepreneur.

Les lunettes tunisiennes Vakay en production
Les lunettes Vakay en production

A l’heure actuelle, l’entreprise produit 500 paires par mois, mais en améliorant leur équipement de production, Adam Jabeur espère pouvoir rapidement produire 1 000 paires par mois. « Dans cinq ans, nous pourrions peut-être produire 5 000 paires par mois en conservant la même qualité, se met-il à rêver. Mais nous devons pour cela apprendre à gérer les demandes. » L’équipe compte deux employés à temps plein et espère que huit autres personnes les rejoindront d’ici la fin de l’année.

Une stratégie marketing audacieuse

« Tout le monde peut avoir des Vakay » explique Adam, qu’ils soient adolescents ou businessmen, à condition d’être prêt à débourser entre 400 et 700 dinars (soit entre 200 et 350 dollars US) pour l’un des dix modèles comme les Streetwalker, les Linebacker, les Charlie ou encore les Ba Bosco. 

La plupart de la promotion a été fait sur les réseaux sociaux, comme Instagram et Facebook, mais l’équipe a aussi choisi des techniques plus audacieuses. Les quatre Tunisiens, aidé d'un ami d’ami, ont ainsi convaincu le joueur du FC Barcelona Dani Alves de porter le modèle Linebacker, un bel effet buzz. « C’était très cool, explique avec excitation Adam Jabeur. Certains de mes amis pensaient que la photo avait été photoshoppée ! »

Parfois Adam porte ses lunettes sans verre pour attirer l’attention. « Cela rend les gens curieux, ils me posent des questions et je peux alors leur parler de Vakay » explique Adam avec un grand sourire. En ce moment, Adam porte un de ses modèles préférés, philosophiques, comme il les décrit. « Il ne faut pas avoir peur de les porter » rigole t’il.   

Dans l'atelier de Vakay
En production

Chaque weekend, Soulaimen a une nouvelle idée, explique Adam. Récemment, ils ont lancé une édition limitée appelée Mr Miles. Le modèle en zingana et chêne arbore le logo “Save Mos Espa” sur ses branches afin de promouvoir la campagne de crowdfunding  “Save Mos Espa” qui cherche à protéger et restaurer le plateau utilisé pour filmer Star Wars au sud de la Tunisie. L’équipe offre aussi une paire de lunettes aux supporteurs contribuant à la campagne à hauteur de 400 USD. « Tataouine est un lieu important, pas seulement parce que c’est une attraction touristique mais aussi parce que nous aimons beaucoup Star Wars » explique t'il en riant. 

« Nous voulons attirer l’attention sur la Tunisie, explique Adam Jabeur, nous voulons montrer que nous pouvons produire des produits design de haute qualité. » L’équipe assiste régulièrement à des évènements d’entrepreneuriat pour convaincre les Tunisiens de se lancer. Leur succès est une source d’inspiration pour les autres, explique l’entrepreneur, certains de ces amis réfléchissent désormais à lancer leur propre entreprise. « Nous les motivons et ils nous motivent » conclue Adam Jabeur.

Photos : Christine Petré

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