Expensya : peut-on développer un produit lean avec 10 employés en Tunisie ?

Karim Jouini, fondateur de Expensya

Gérer des notes de frais est une activité ennuyeuse et chronophage que seule une minorité des entreprises automatisent. Karim Jouini, en photo ci-dessus, y a vu une opportunité.

Début mai, le Franco-Tunisien a donc lancé Expensya, un service créé en Tunisie à destination, dans un premier temps, de la France. Ce service permet à chaque employé d’une entreprise de rentrer ses notes de frais en temps réel en prenant une simple photo de la facture ou du reçu.

Un mot d’ordre : s’adapter

Expensya n’essaie pas de réinventer la roue. Le service fonctionne de façon similaire à ses concurrents américains, tel que le leader Expensify, et à ses concurrents européens, encore relativement petits. Les clients disposent d’une appli pour déclarer leurs notes de frais et d’un site internet pour gérer et centraliser leurs notes de frais. A partir de juillet, les entreprises paieront un abonnement mensuel de 6,99€ par employé utilisant le service.

L’innovation vient du marché et de la capacité d’adaptation du service, explique le Tunisien.

« Ces technologies sont très locales, développe t’il.  La technologie de reconnaissance d’Expensify, par exemple, est centrée sur des problèmes que rencontrent les Américains, comme le pourboire qu’on rajoute à la main sur les factures. Nous on se concentre sur des problèmes propres à la France comme les tickets de métro. »

D’autre part, la startup franco-tunisienne offre aux entreprises la possibilité d’intégrer Expensya à leurs process existants, ce que Expensify ne fait que pour les très gros clients. L’entrepreneur s’apprête ainsi à développer une intégration au fameux SAP pour un client.  « On peut se le permettre, explique l’entrepreneur,  car nos coûts de développement sont faibles comparés à la concurrence. »

Monter une startup en Tunisie : moins de coûts, plus de travail

Début 2014, quand Karim Jouini, alors Senior Software Development Lead chez Microsoft en France, décide de lancer Expensya, il sait qu’il veut ouvrir ses bureaux en Tunisie. Après de nombreuses années en France, l’entrepreneur ressent l’envie de passer du temps en Tunisie et de faire partie de l’après-Révolution, mais, il ne le cache pas, ses motivations sont aussi financières. « Je ne voulais pas perdre d’énergie à chercher de l’argent. En France, je n’aurais jamais pu lancer un tel service [sans financement] car les salaires sont trop élevés. »

Pour autant, les débuts sont difficiles. Les développeurs tunisiens avec un bon diplôme partent en grande majorité travailler à l’étranger, regrette Karim Jouini, et ceux qui restent préfèrent travailler dans un grand groupe. Il lui a fallu de bons arguments pour les convaincre de le rejoindre. « J’essaie de créer une bonne ambiance au travail et les laisse exprimer leur personnalité [ce que les managers tunisiens ne font pas]. Je leur montre qu’on est dans le même bateau, que je ne suis pas Rotschild, que je finance tout avec mon propre argent. Si on s’enrichit on s’enrichit ensemble. » Enfin, l’entrepreneur paie un petit peu mieux que le marché.

Le défi du recrutement fait vite place au défi de la formation. « Les développeurs sont venus avec beaucoup de mauvaises habitudes que j’ai eu beaucoup de mal à changer. J’ai beaucoup licencié. Si je ne sens pas un employé après deux mois, je mets fin à son contrat. » L’entrepreneur a aussi beaucoup recruté de personnes en stage de fin d’étude qu’il ne renouvelle que s’il est satisfait.   

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Cela a pris du temps mais cela a payé. « Après six mois la moitié [de mes employés] ont le même niveau que les développeurs juniors que j’embauchais chez Microsoft » explique Karim avec fierté.

« Je pensais que j’aurais besoin de trois à quatre employés ; aujourd’hui, j’en ai 10. » Le fait que les employés soient jeunes et ont dû être formés a joué un rôle dans cette explosion du nombre d’employés, mais ce n’est pas le seul facteur.

Être lean ou ne pas être lean, telle est la question

« La technologie est bien plus costaude que prévue » explique l’entrepreneur. Puisque dans de nombreuses entreprises, les employés sont à la fois sur Android, Apple et Windows Phone, l’équipe a dû se déployer sur les trois plateformes. L’entrepreneur a aussi dû développer sa propre technologie de reconnaissance de caractères. Le ticket d’entrée pour utiliser des technologies existantes étant trop élevé, la startup a sous-traité une partie de la reconnaissance, celle qui transforme une photo en caractères bruts, et a développé une autre partie elle-même, celle qui transforme le texte en note de frais selon les spécificités locales.

« Je ne suis pas l’exemple du lean startup, clairement » admet Karim. Pour autant, l’entrepreneur insiste, ils ont choisi de ne développer qu’un nombre limité de fonctionnalités. « On ne cible pour l’instant que des freelancers car certaines fonctionnalités manquent pour les entreprises. Nous rajouterons des fonctionnalités au fur et à mesure que les clients les demanderont. »

Maintenant que la startup a un produit à montrer, l’entrepreneur veut partir à la recherche d’argent auprès de fonds d’amorçage francais et auprès des véhicules d’investissement du gouvernement tunisien.

Une fois que la France sera bien développée, l’entreprise se dirigera vers d’autres pays, probablement l’Afrique francophone.

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