Sur les routes marocaines : un mini-van en guise d'atelier d'impression 3D

Jennifer Gadient and Fabian Wyss from the Sea Food Project

Il est 18h, la plage de Taghazout, un village de pécheurs au Maroc, se vide, au loin un mini-van s’approche. Ce mini-van, c’est la maison et le moyen de transport de Jennifer Gadient et Fabian Wyss, un couple de surfers suisses derrière the Sea Food Project.

En octobre 2014, les deux designers ont quitté Berne, en Suisse, pour la Méditerranée avec pour objectif  d’évaluer s’il serait possible d’utiliser les déchets plastiques rapportés par la mer pour imprimer des objets en 3D. Après avoir traversé le sud de la France, passé deux mois en Espagne, les voici au Maroc.

Un labo d’impression 3D dans un mini-van

Pour transformer ce van en appartement/bureau, le couple a fait appel à leur sens de la débrouille et à des fabricants d’imprimantes 3D. « Ultimaker nous a donné une imprimante, en échange de quoi nous leur fournissons du feedback sur leur machine et du contenu » explique Jennifer. « Je pense que ce qui les a intéressés, c’est à la fois cette idée de recyclage et de mobilité, ajoute Fabian. Qu’est-ce qu’il se passe quand quelqu’un n’a pas d’atelier mais voyage avec sa machine ? »

Imprimer un produit à partir de déchet plastique est long. Les deux Suisses doivent d’abord récupérer les déchets à la main le long de la plage, puis le déchiqueter manuellement. Après plusieurs passages dans la déchiqueteuse, les designers transforment les morceaux de plastiques en filaments et granules à partir desquels ils vont pouvoir imprimer leurs objets.

Shredding plastic waste

Une véritable expérimentation

Pour les deux Suisses, l’expérience était aussi importante que le résultat. « On a décidé de ne pas tricher, de ne rien tester avant notre départ, explique Jennifer. Nous voulions imprimer nos premiers tests avec des objets trouvés sur la plage »

Ils n’ont pas trop eu le choix puisque l’imprimante ne leur a été livré qu’un mois après leur départ. En attendant la machine, l’équipe se contenta donc de collecter du plastique et de le transformer en filaments et granules sans savoir si l’impression allait fonctionner. « Nous voulions imprimer des produits dans des hackerspaces en Espagne, mais ils avaient trop peur qu’on casse leurs machines » rigole Fabian.

Eux-mêmes n’étaient pas vraiment sûrs de la faisabilité de leur projet. « Nous ne savions pas si la machine allait résister le voyage, le sel et tout ça » admet Jennifer. « Nous avons une imprimante à monter soi-même, c’est très stable et, même si ça casse, les chances sont fortes que l’on puisse la réparée nous-mêmes, ajoute Fabian. Nous en prenons très soin. Si nous ne sommes pas sûrs d’un composant, nous n’imprimons pas. »

Tous les plastiques ne sont pas bons à prendre

Les incertitudes sur les types de plastique utilisables sont grandes. « Il est très difficile de savoir quelque chose de façon certaine dans ce domaine. En s’inspirant de certains projets d’impression avec du polyéthylène et du polypropylène qui semblaient avoir réussi, nous avons présumé que nous pouvions utiliser ce type de plastique. »

L’avantage - si l’on peut dire - c’est que ce type de plastique est très facile à trouver puisque c’est avec ces plastiques que sont fait un grand nombre de bouchons de bouteilles. « On a très rapidement un sac rempli de bouchons de bouteilles, explique Jennifer. Et plus on descend sud, plus on en trouve. »  

Si certains de ces bouchons ont été laissés sur la plage par des touristes, beaucoup, dit-elle, viennent de la mer, emportés par les courants.

Jennifer Gadient picking trash

« Ce que nous ne voulons pas du tout utiliser, c’est le PVC, dont sont faites les bouteilles de plastiques transparentes, car il devient très toxique quand il est chauffé à haute température » explique Fabian. « Heureusement, il y a une communauté très active en ligne, les gens essayent beaucoup de choses et partagent l’information » ajoute Jennifer.

Vivre dans un van

L’aspect technique n’est pas le seul aspect qui aurait pu faire capoter le projet. Vivre et travailler non stop dans un van si petit était aussi un défi. « Parfois, on apprécie la proximité, on aime pouvoir être capables de discuter de tout, admet Jennifer Et parfois, on aimerait pouvoir avoir notre intimité. » 

« Quand les choses deviennent tendues, on se sépare, on va marcher ou surfer et on réfléchit à ce qui c’est passé » ajoute Fabian. « Tu dois apprendre à être plus tolérant, continue Jennifer. La majorité des fois, les tensions viennent des peurs, il faut comprendre d’où ça vient. »

Dans tous les cas, s’énerver ne sert à rien. « A un certain point, quand tu es dans une aventure comme celle-ci, tu ne peux plus vraiment rentrer car rentrer est une aventure en soi. Qu’on aille au Nord ou au Sud, le voyage continue, alors il n’y a pas de raisons de s’énerver. »

De l'expérimentation à un produit viable

Pour l’instant, les deux designers ne vendent que quelques créations, en personne ou en ligne, comme des gratte-wax pour le surf, des logos, de la décoration. Dans le futur, ils aimeraient faire des objets plus pratiques comme des lunettes de soleil ou des porte-clés.

« On ne s’est jamais attendu à gagner beaucoup d’argent, on espérait juste rentrer dans nos coûts, explique Fabian. Ce qu’on gagne c’est de l’expérience humaine, des partages de connaissances techniques et des rencontres. »

Ceci étant dit, cet été, les deux cofondateurs vont rentrer chez eux pour prendre de la distance, trouver une nouvelle énergie, du financement et se préparer pour le next step.

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