House of geeks donne aux développeurs marocains une raison de rester

Les bureaux de House of Geeks à Agadir

Dans ce garage reconverti en bureaux  street-art, 11 développeurs travaillent sur des applis et des jeux vidéo. La porte passée, une développeuse se présente le sourire aux lèvres. « Ici on est une grande famille » ajoute t’elle.

Au sous-sol, un maker lab, une salle gaming et un coin librairie, au dernier étage, une terrasse pour bouquiner et faire du yoga, dans les étages, des appartements pour tous les membres de l’équipe.

Nous ne sommes pas à Los Angeles mais bien à Agadir, au sud du Maroc. Cette maison du bonheur c’est The House of Geeks, un concept créé par deux Français mus par un objectif : convaincre les esprits les plus talentueux du Maroc de rester au pays et leur donner les moyens de devenir les entrepreneurs qui vont trouver les solutions qui sauveront l’Afrique.

L’Afrique a besoin d’entrepreneurs technologiques pour construire sa resilience

Kamel Magour, un économiste-entrepreneur formé en Chine et aux Etats-Unis, en est convaincu l’Afrique a besoin d’innover localement pour survivre. « L’innovation technologique, c’est une façon de penser, une culture, un tissu de gens. Ca ne s'importe pas. »

L’entrepreneur et son partenaire Damian Le Nouaille étaient originalement venus au Maroc pour trouver des développeurs talentueux pour leur startup BuzzVibe.co mais ont rapidement décidé d’ajouter une dimension sociale à leur venue. « L’objectif de House of Geeks c’est vraiment d’aider les pays en développement à développer de la résilience en retenant les meilleurs ingénieurs et en les aidant à developper leur intelligence emotionnelle, leur sens de l'entrepreneuriat et du leadership. »

Damian Le Nouaille et Kamel Magour
Damian Le Nouaille et Kamel Magour

Pour ce membre de la communauté Thousand Network (anciennement Sandbox), passé par THNK, les innovateurs qui feront l’Afrique de demain connaitront aussi bien l’informatique que la mécanique ou l’électronique et seront polyvalents, émotionnellement intelligents et passionnés.

Retenir les jeunes talents marocains

Une grande partie des Marocains fraichement diplomés quittent le pays, explique Kamel Magour car le style de management ne convient pas à leurs attentes, les technologies utilisées sont trop anciennes et les opportunités manquent. Ceux qui restent sont rarement libres de choisir un poste par passion, témoigne Kamel, car leurs familles comptent sur eux financièrement et sont dans l'obligation de trouver un emploi bien payé rapidement.

Pour retenir les talents, il faut donc offrir des salaires compétitifs mais aussi offrir des opportunités et des conditions de travail égales à celles que l’on peut trouver en Europe ou aux Etats-Unis. D’où l’idée de mettre à leur disposition une maison geek et agréable dans laquelle ils pourront vivre avec d’autres développeurs et grâce à laquelle ils éviteront le stress et la perte de temps lié au transport quotidien.

Les jeux à House of Geeks
Un bon argument

Le duo a aussi décidé d’ajouter des avantages non matériels. Damian, anciennement développeur freelance et professeur à IngéSup, aide chacun à développer ses compétences techniques, tandis que Kamel les aide à développer leur intelligence émotionnelle. 

Travailler sur l’intelligence émotionnelle

« L’intelligence émotionnelle, c’est l’empathie, la créativité, c’est la capacité à se comprendre et à comprendre les autres, explique Kamel. Souvent les gens qui sortent de filière d’excellence ont étudié, étudié et n’ont pas vécu. Ils ne se connaissent pas et ne comprennent pas les autres. »

L’entrepreneur a donc mis à leur disposition une bibliothèque avec des livres aussi bien tech, geek, philosophique que psychologique dont on n’entend pas parler au Maroc, organise une session de yoga par semaine, explique les bienfaits de la méditation et incite les membres de son équipe à parler de ce qu’ils veulent et ressentent.

« On lance des projets à côté qui leur permettent de développer leur esprit d’entrepreneur, de leadership » ajoute t’il. Grâce à leur maker lab Arduino, Raspberry, les membres de l’équipe ont pu construire les stations météo dont manquait la ville d’Agadir. Ils sont ensuite allés en expliquer le fonctionnement à des enfants à l’Institut Français.

Les makers au travail
Le makerspace, lieu de créativité

Douzes valeurs cardinales

Aider les développeurs à se connaitre, c’est surtout une question d'attitude et de valeurs. « Quand j’ai filé ma démission, je me suis assis et j’ai écris les valeurs qui me faisaient vibrer, explique Kamel Magour. Pour moi le bonheur, c’est d’être en résonance avec mes valeurs cardinales. De ces valeurs j’ai dérivé un projet professionnel et un projet de vie. » S’il fallait les réduire à une phrase ce serait sûrement celle-ci : « Il ne faut pas réussir pour être heureux, il faut être heureux pour réussir »

Ces valeurs sont la fondation de The House of Geeks. Impossible de les oublier, elles sont taggées sur le mur. C’est Thamoud Melouk (FatCap), Fouad Abid et Senzo (Placebo), des graffeurs mondialement connus qui ont imaginé cette oeuvre inspirée de la calligraphie arabe. 

Le Manifeste de House of Geeks
Positivity, integrity, subversion, fun, risk, etc

Pour attirer les meilleurs profils, il suffit de s’intéresser à eux

The House of Geeks n’a pas toujours ressemblait à ça. « Au début on avait un seul garage et on était en galère pour trouver les sous pour mettre de la peinture sur les murs. On avait deux employés géniaux mais qu’on n’a pas pu garder à cause d'impératifs familiaux. »

Perdre tous leurs développeurs était un coup dur, se rappelle Damian. « On a fait une pause, on a réfléchit et on a décidé de continuer. » Et les candidatures pour un stage de fin d’études n'ont pas manqué. « Ca c’est sû qu’on faisait des bons produits, avec des bons process et qu’on gérait bien les gens » explique Damian.  

« Quand tu bosses avec des gens qui ont vraiment tes meilleurs intérêts à cœur, tu vas rester et tu vas inviter tes amis à profiter de ça » estime Kamel. La qualité des vingts produits qui ont été développés en deux ans a été un autre facteur clé, estime t'il. Même sans site internet, leurs efforts ont fait bruit.

« Quand on recrute une personne, on regarde d’abord sa personnalité, sa passion, ensuite sa motivation, et en dernier les compétences techniques. Si tu as la motivation et la bonne personnalité, tu vas développer les compétences, et non l’inverse » conclue t’il.

Un graffiti de Nikola Telsa à House of Geeks
Nikola Tesla veuille sur les jeunes innovateurs de la House of Geeks

Au sous-sol, dans le maker lab, un immense portrait de Nikola Tesla, le héro de Kamel, doté d’une phrase à compléter. "Of all things, I liked ____ best". Kamel et Damian ont du mal à compléter la phrase. Parler de leur vision et de leurs aspirations pendant deux heures les a visiblement émus. Je les laisse là face à ce tableau qui résume leurs espoirs pour les membres de leurs équipes et l’Afrique.

Crédit photos : photos de groupe : Quentin Qip  photos de la maison : Aline Mayard

Note: Le contenu de l'article a été légèrement modifié après publication

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