Careem et iTaxi souhaitent la bienvenue à Uber à Casablanca

Uber Maroc, premières heures à Casablanca
Ce matin entre quatre et six voitures Uber étaient disponibles dans l'hyper-centre de Casablanca

[Mise à jour : Cet article a été modifié le 22/07/2015 à 10h GMT pour refléter de nouvelles informations] 

Un coup d’œil sur l’application Uber ce matin, quelques voitures ont fait leur apparition dans le centre-ville de Casablanca. Après des mois de rumeurs, Uber a donc bien fait son entrée dans la ville blanche. 

Ce matin, on dénombrait entre quatre et six voitures disponibles sur l’appli. Ce n’est pas énorme, pour autant à en croire Meryem Belqziz, la responsable Maroc de Uber, c’est un choix volontaire. 

« Uber sera dans un premier temps en phase de “calibrage“, avec un service restreint jusqu'à notre lancement officiel dans quelques mois. Lors de cette phase de calibrage, nous allons analyser nos opérations pour les améliorer en temps réel et mieux répondre aux besoins des Casablancais. »

A en croire les premiers retours d’utilisateurs, cette phase de calibrage s’avère nécessaire. Certains utilisateurs, dont l’équipe du HuffPost Maghreb, se sont plaints d’avoir attendu plus de une heure avant de voir arriver la voiture commandée et d’avoir été facturé bien plus que l’estimation donnée au moment de la commande.

Pour l’instant, seul le service UberX sera proposé. Au Maroc, ce service permet d’appeler des chauffeurs privés professionnels conduisant des voitures de type 4x4 pour une course immédiate. Les utilisateurs n’ont pas besoin de sortir leur porte-monnaie puisque leur carte bancaire est enregistrée.

« Nous avons travaillé de manière intensive […] pour permettre aux utilisateurs marocains de payer avec les cartes bancaires marocaines (AttijariWafaBank, Banque Populaire et BMCE pour le moment) » explique la responsable à Wamda. Pour se faire, Uber a utilisé une fonctionnalité que le CMI ne propose pas encore publiquement. Pas question pour l’entreprise américaine d’adapter son service au Maroc. « Nous allons offrir la même expérience utilisateur que dans le reste du monde » insiste t-elle.


UberX, low-cost mais premium ?

Le service Careem, son principal concurrent dans la région MENA qui a récemment fait l’acquisition du marocain Taxiii, a choisi une stratégie différente. « Nous sommes un acteur régional, rappelle Yassir El Ismaili le responsable de Careem au Maroc à Wamda. [Nous avons] conçu un produit parfaitement adapté aux besoins du pays comme le Maroc. Ainsi, nous offrons la possibilité unique de payer en cash ou en carte bancaire, de commander via l’application, le web ou un call center ou enfin de réserver à l’avance ou dans l’immédiat. Autant de fonctionnalités que des applications pensées en Europe ou aux Etats Unis n’intègrent pas. » Est-ce que cela suffira à prendre le dessus sur le géant américain ?

Réservation d'une voiture Careem à Casablanca sur le web
Careem permet de réserver en ligne et de payer en cash

« Nous avons une marque forte et pouvons investir lourdement dans le développement d'Uber au Maroc » affirme Meryem Belqziz. Si l’entreprise n’a pas prévu de campagne publicitaire, elle a en revanche prévu de développer des partenariats pour se faire connaître. Ces partenariats ne nous ont pas été dévoilés mais la responsable d’Uber au Maroc nous a confié être en train de préparer des partenariats avec des entreprises télécom, des banques, des restaurants et des compagnies aériennes. Autre avantage du géant américain, il pourra aussi compter sur ses clients étrangers en visite, déjà habitués à son service. 

Va t’on assister à une guerre sans merci entre Uber et ses concurrents ? A les croire, non.

« L’arrivée de Uber permettra d’éduquer plus rapidement le marché et démocratiser l’usage du transport intelligent » a confié Tayeb Sbihi, le cofondateur de iTaxi à Wamda. « On est sur deux segments différents. Notre service est simple et clair : le service de petit taxi de ville. Uber offrira un service de transport premium. »  Le service, qui est très populaire dans la capitale, propose de loin le plus grand nombre de voitures. Même s’il n’est pas encore clair si les utilisateurs de iTaxi seront les mêmes que ceux de Uber vu la différence de confort et de prix.

Careem opère sur le même segment que iTaxi et Uber puisque le service propose de réserver un « petit taxi », partagé ou privatisé, ou une voiture premium, appelé « economy » obéissant à la réglementation du transport touristique et va bientôt lancer un segment business. Pour l’instant, le service est encore loin de la flotte de iTaxi et Uber, puisque seuls huit « petits taxis » et une voiture « economy » était disponibles à l’heure de la rédaction de cette article

Les conflits avec les chauffeurs de taxi ou l’administration, que l’on a pu voir dans presque tous les pays où s’est développé Uber, ne devraient pas non plus avoir lieu. « Nous sommes totalement en règle avec la législation et n'anticipons pas de points de blocage » nous a expliqué Meryem Beqziz, justifiant qu’Uber fait appel à des entreprises de transport touristique qui emploient des chauffeurs professionnels qualifiés.

Pour autant, « le fait de répéter qu’on est dans la légalité ne transforme pas la réalité » rappelle la bloggeuse Marie-Aude Koiransky sur O Maroc. Le service passe par des sociétés de transport touristique alors même qu’il dit s’adresser aux jeunes actifs disposant d’une carte bancaire locale, soit des personnes qui ne sont clairement pas des touristes, et ne respecte pas les contraintes imposées à ce type de véhicules que liste dans son article Marie-Aude Koiransky .

Uber n’est disponible qu’à Casablanca mais sera déployé à Rabat, où est déjà disponible Careem, Marrakech et Tanger puis potentiellement d'autres villes d’ici le premier trimestre 2016. 

D’ici là, nous saurons s’il y a effectivement un marché pour Uber dans une ville généralement bien desservie en taxis où seul un petit groupe d’habitants a une carte bancaire et peut se permettre de débourser le double du prix d’une course normale pour augmenter son confort.

Aline est la rédactrice de la version francophone de Wamda. Elle a ouvert The Blue House, une résidence pour startups internationales dans un village de surfeurs marocain. Vous pouvez la suivre sur Twitter 

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