Comment la technologie pourrait changer l'éducation en Algérie

Une classe en Algérie
Classes surchargées, grèves à répétition, l'éducation ne se porte pas bien en Algérie (via McIlwraith Education)

Explosion de la démographie et manque de budget pour l’éducation, voici le cocktail explosif auquel l’Algérie doit faire face depuis de nombreuses années.

Heureusement des entrepreneurs ont choisi d’utiliser la technologie pour améliorer la situation. Certains ont fait le choix d’offrir des cours en ligne, accessible à tous, d’autres de proposer des outils aux écoles. Voici trois services qui veulent changer l’éducation en Algérie Petit tour d’horizon. 

Un secteur de l’éducation en mauvais état

Les griefs à l’encontre de l’éducation en Algérie ne manquent pas. « La population a augmenté très rapidement et il a fallu embaucher de nombreux professeurs sans pouvoir leur offrir de parcours de formation adéquat » se désole Kamel Haddar, dirigeant du célèbre média Algérie-Focus et de iMadrassa ("iEcole" en arabe). Pour Karim Sidi Saïd, fondateur de Dirassatti ("ma scolarité" en algérien), les grèves des enseignants à répétition, les classes surchargées, les manuels scolaires incomplets limitent l’éducation des jeunes Algériens.  « Les manuels scolaires algériens manquent d’informations et ne fournissent pas la correction des exercices qu’ils proposent » détaille t-il.

« La majorité des élèves prennent des cours particuliers car ils n’ont pas le temps de faire des exercices en classes » explique Kamel Haddar. « Cela illustre le besoin énorme des élèves pour un accompagnement scolaire » estime Karim Sidi Saïd.

« Aujourd’hui, on  a besoin des nouvelles technologies, explique Kamel, pour offrir une éducation de qualité scalable » c’est à dire accessible par un très grand nombre d’utilisateurs très rapidement et à faible coût.

Si Karim, âgé de 21 ans, a lancé Dirassatti pour répondre à un besoin personnel, Kamel Haddar lui a développé iMadrassa par devoir citoyen. « L’éducation contribue au développement économique, mais aussi à la paix et la tolérance. Eduquons nos enfants et il n’y aura plus de Da3ech, » estime Kamel Haddar.

Pour lui, les cours devraient être dédié à la correction d’exercices et non à l’apprentissage des cours, qui peuvent facilement être appris chez soi, d’autant qu’ils sont disponibles sur internet.

Dirassati veut aider les étudiants à apprendre 

Dirassatti propose cours, exercices, quizz, cours vidéos et fiches
Dirassatti propose cours, exercices, quizz, cours vidéos et fiches

Dirassati a pour objectif de facilité l’apprentissage des étudiants du secondaire en centralisant les ressources pédagogiques et en offrant du contenu ludique.

Lancé il y a un an, le service met à la disposition des étudiants de terminale des cours, des exercices corrigés et des quiz, réalisés par des enseignants de l'éducation nationale et conformes au programme du ministère, sous forme écrite ou vidéo.

Ce service a vu le jour en 2014 après que Karim Sidi Saïd  aie remporté l’édition 2014 du concours Tstart et ainsi du financement, du coaching et une place dans l’incubateur de l’opérateur télécom Ooredoo. Aujourd’hui, l’équipe compte six membres et 10 enseignants consultants.

D’ici deux ans, la startup espère pouvoir proposer du contenu pour tous les niveaux scolaires algériens. Pour l’instant, le site ne propose du contenu que pour les classes de mathématiques, physiques et sciences de la vie et de la terre de terminale.

Dans le futur, le site devrait offrir une version premium. Nous n’avons pas pu obtenir d’informations quant au nombre d’utilisateurs ni au modèle de ce modèle premium.

iMadrassa, un service ambitieux à destination des étudiants

Correction d'exercice sur iMadrassa
Correction d'exercice sur iMadrassa

Après avoir commercialisé le site de soutien scolaire français Maxicours pour les étudiants des écoles françaises et privées sous le nom de iMadrassa en Algérie et de Madrasatti.ma au Maroc, l’entrepreneur décide de proposer le programme algérien. Pour cela, il doit recréer une plateforme et constituer du contenu conforme au programme de l’éducation nationale.

iMadrassa met à disposition des étudiants les cours du programme national, des quizz, des exercices longs et bientôt des vidéos mettant en scène la résolution d’exercices et les leçons, créés par de professeurs récemment retraités et validés par une deuxième équipe de professeurs et par les élèves. Lancé en mai dernier, le service n’offre à l’heure actuelle que le programme de terminale mais devrait proposer le reste du programme Lycée et Collège à la rentrée

Si une partie du contenu est accessible gratuitement, il faudra débourser entre 500 et 950 DZD (soit entre 5€ et 9€) par mois pour accéder à tout le contenu. Les chiffres sont confidentiels mais Kamel Haddar affirme que le service marche bien. L’entreprise travaille aussi avec des opérateurs télécom et des fabricants de tablettes et de téléphones mobiles pour déployer son service.

L’entrepreneur, qui s’apprête à vendre Algérie-Focus pour se concentre sur iMadrassa, veut aller vite et vise 3% du marche d’ici quatre ans et souhaite se lancer dans le soutien scolaire à distance dans un second temps. L’équipe devrait passer de quatre personnes à 15 dans les 10 prochaines mois. L’équipe compte déjà une personne dédiée au développement du service en Afrique et Moyen Orient. Objectif : 10 pays d’ici cinq ans. Pour cela et pour faire la promotion du service en Algérie, l’entrepreneur cherche à lever un million d’euros auprès de business angels locaux et internationaux.

Dirassatic, des outils pour améliorer la vie scolaire 

Dirassatic, un tableau de bord
Dirassatic, un tableau de bord

Dirassatic ("ton éducation" en arabe) est un gestionnaire en ligne de la vie scolaire. L’étudiant et ses parents ont accès à toutes les informations relatives à sa scolarité : de son emploi du temps à ses absences et convocations en passant par ses notes. En synthétisant toutes ces informations, cette solution offre aussi à l'établissement toutes les informations et outils nécessaires à la bonne prise de décision.

Dirassatic a été crée et financé par Dynamic Web Solutions, une agence web algérienne, et Hichem Mebarki, un développeur web de 25 ans. Le service a été lancé en septembre dernier, après deux années de préparation, et compte une équipe de cinq personnes.

C’est un positionnement délicat, comme peut en témoigner l’entrepreneur aguerri Kamal Bouskri, avec son service MyVLE au Maroc, dû au manque du budget des écoles et à leur réticence au changement.  

A l’heure actuelle, le service serait déployé dans une quinzaine d’établissements privés (écoles primaires, collèges et lycées pour l’instant) en Algérie. « Convaincre ces écoles n’a pas été une chose facile, admet Hichem Mebarki, heureusement un grand nombre de ces établissements cherchaient une solution pareille. » L’entrepreneur compte déployer sa solution en Algérie puis au Maroc et en Tunisie d’ici le mois de septembre, et s’attaquer à l’enseignement supérieur dès l’année prochaine.

Dans les cas où les écoles n’auraient pas le budget nécessaire pour s’offrir la solution Dirassatic va proposer, dès septembre, aux parents de payer le service eux-mêmes. Encore faut-il que l’école joue le jeu et entre les informations.

Vu l'engouement des Algériens pour les nouvelles technologies et la rapidité à laquelle les jeunes se sont appropriés la 3G, il est difficile de ne pas avoir de grands espoirs pour ces services. Reste à savoir si les Algériens seront prêts à mettre la main à la poche.

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