Les acteurs du web marocain s'unissent

Lancement du Maroc Digital
Lancement du Maroc Digital dans les bureaux de Avito.ma

Tout le beau monde du web marocain était présent hier pour le lancement du Maroc Digital, une association à but non lucrative visant à mettre en lumière le potentiel économique et social du digital dans le royaume.

« Nous voulons réunir tous les acteurs opérationnels du milieu du digital pour définir les problématiques qu’ils rencontrent et trouver des solutions » a expliqué Larbi Alaoui Belrhiti, directeur général de Avito.ma à Wamda.

Ils sont de plus en plus nombreux ces acteurs du web mais leur croissance reste limitée par la méconnaissance des pouvoirs publics à leur sujet, le manque d’infrastructures adéquates, l’insuffisance des opportunités de financement, le faible taux de pénétration d’internet, la méfiance face au paiement en ligne et plus encore.

Le Maroc digital veut créer un espace de dialogue entre les différents acteurs du secteur qui permettrait aux acteurs de se constituer en think tank pour trouver des solutions et en lobby pour les mettre en place avec l’aide du gouvernement et des institutions.

La grande famille du web

Ce projet, c’est le fruit de la réflexion des managers de ONOFF, Avito.ma, Hmall.ma, GroupeWib.com, GROUPON. Fort du succès rencontré au sein de leur réseau, ils ont décidé de lancer les adhésions à la rentrée et espère convaincre une centaine de personnes de se joindre à leur aventure.

Les adhérents seront divisés en deux pôles. Le pôle e-commerce regroupera ceux qui se rémunèrent à travers la ventre de produits ou de services en ligne comme epicerie.ma,  tandis que le pôle média regroupera les acteurs qui se rémunèrent à travers la publicité, c’est à dire la presse comme Hespress, les sites de petites annonces, comme Avito, ou encore les agences web comme Netgroup.

Les participants au lancement du Maroc Digital autour d'un Ftour
Les participants au lancement autour d'un Ftour

Pouvoir de frappe

Se réunir est essentiel, estime Larbi Alaoui Belrhiti. « Cela permet de se rendre compte qu’on n’est pas seul face à ces problématiques » et d’échanger ses bonnes pratiques et son expérience.

Pour systématiser cet échange, l’association va s’organiser en forums pour réfléchir à des solutions sur différentes thématiques.

Les acteurs ainsi unis pour aussi défendre leurs intérêts communs et travailler à la mise en place de certaines solutions nées de leurs discussions.

« Il y a une division économie numérique au sein du ministère de l’économie et de l’industrie mais comme les acteurs du web n’ont pas de représentants, le gouvernement peut difficilement aller à leur rencontre, explique Larbi Alaoui Belrhiti à Wamda. Si nous nous dotons d’un représentant auprès du ministère de l’économie et de l’industrie, ils pourront nous épauler pour trouver des solutions et mettre en place les volets législatifs dont nous avons besoin. »

Les challenges

Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Selon Larbi Alaoui Belrhiti, il y a trois grands défis prioritaires.

« Le taux de pénétration internet [NdlR : de 50%] est élevé par rapport à l’Afrique mais est toujours trop basse pour que se développe une vraie économique numérique » se désole t-il. Il s’agit, selon lui, de travailler avec les opérateurs téléphoniques et le gouvernement pour réfléchir aux solutions pour démocratiser l’accès à internet.

La rémunération est un autre défi majeur. « Le digital commence à devenir un médial de première importance mais il ne reçoit toujours pas l’attention qu’il mérite des annonceurs. » Seul 3% du budget publicitaire marocain est alloué au web, estime Larbi Alaoui Belrhiti faute d’études sur le sujet, une enveloppe ridicule comparé à des pays comme la France où le web représente désormais 25% du budget total.

« Il y a très peu d’acteurs qui sont capables de vivre de la publicité online, développe t-il. C’est pour cela qu’il faut réajuster la répartition du budget annonceur entre le digital et le offline en éduquant les annonceurs aux avantages du digital. » 

Pour les entreprises e-commerce, le défi majeur relève lui de la logistique estime l’entrepreneur. « Très peu d’acteurs s’en occupent et on manque de réglementation sur la livraison des petits colis. Pourtant, c’est le nerf de la guerre. Des acteurs comme Jumia et Kaymu s’occupent eux-mêmes de leur logistique. Mais tous les acteurs n’ont pas les moyens de développeur leur propre logistique. »

Kamal Raggad de Hmall espère aussi que le collectif réussir à assouplir la fiscalité du secteur et de réduire le coût transactionnel du paiement en ligne en travaillant avec le Centre Monétique Interbancaire, les différents prestataires de solutions de paiement et les banques.

Enthousiasme vs scepticisme

Si l’ambiance lors de cette première réunion était plutôt à l’enthousiasme, certains n’ont pas caché leur scepticisme.

D’aucuns ont rappelé que le Maroc comptait déjà des organisations comme la FNEM (la Fédération Nationale du E-Commerce au Maroc), qui est l’objet fréquent de procès et de controverses, et l’APEBI (la Fédération Marocaine des Technologies de l'Information, des Télécommunications et de l'Offshoring). Mais le fait même que la situation ne s’est pas améliorée et que des acteurs innovants de premier plan comme Avito ou Hmall ont choisi de ne pas en être prouvent qu’il y a bien un besoin pour un nouvel acteur.

D’autres ont exprimé leur réserve quant à la possibilité d’une collaboration avec les pouvoirs publics. Mais pour Taher Alami de AbWeb, qui représentait l'opinion dominante, « un collectif peut changer les choses » et faire poids lors des prochaines rencontres avec le Ministère de l'industrie, du commerce et de l'économie numérique. Il a rappelé qu'avec l'ASTEC, l’Association des entreprises du Technopark qui représente 170 entreprises et emploient 1500 personnes, ils avaient réussi à s'assoir à la table des ministres, et qu'il ne reste plus maintenant qu’à leur faire adopter des mesures concrètes.

Parmi les voix dissidentes, on a pu aussi entendre des journalistes pour qui les entreprises du digital n'étaient pas assez attractives et rentables pour mériter l’intérêt du gouvernement. C’est ce genre de méconnaissances et d’idées reçues qui explique le besoin d’une organisation comme Le Maroc Digital.

Cet article a été rédigé avec l’aide de notre contributrice Sara Kaddaoui

Crédit photo : Othmane Ghailane

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