L'Afrique se dote de son premier accélérateur dédié à la santé digitale

Les cofondateur d'Ampion Fabian-Carlos Guhl et Ifeanyi Oteh lancent un accélérateur dédié à la santé
Les cofondateur d'Ampion Fabian-Carlos Guhl et Ifeanyi Oteh lancent un accélérateur dédié à la santé (Photo: Ampion)

S’il y a bien un continent qui présente des opportunités incroyables dans le domaine de la santé, c’est l’Afrique. A mesure que sa population grandit – elle devrait atteindre deux milliards d’habitants d’ici 2050 – les défis de la santé et de l’emploi se font plus pressants. En innovant dans la santé, l’Afrique pourrait faire d’une pierre deux coups.

C’est en tout cas, ce qu’estime Ifeanyi Oteh, cofondateur d’Ampion.  

« Si l’Afrique n’arrive pas à fournir de solutions durables dans le secteur de l’agriculture et de la santé, cela aura des conséquences négatives sur la paix dans le continent. Ce n’est donc pas une question de pourquoi mais de devoir. L’Afrique doit avoir accès aux soins et à l’emploi pour supporter sa croissance. »

Pour se lancer dans la santé digitale, il faut avant tout être motivé par l’envie de changer les choses, il insiste. « La profitabilité viendra d’elle-même une fois que l’impact aura été créé. » Mais pour y arriver, il faudra tenir la durée et trouver du financement et du mentorat.

Un accélérateur africain dédié à la santé

Début 2016, deux ans après avoir lancé ses Venture Bus, des hackatons sur roues qui traverse l’Afrique, Ampion lancera son premier accélérateur pan-Africain dédié à la santé digitale.

« Le bus est une excellente initiative pour inspirer les jeunes, maintenant on aimerait faire quelque chose sur le long terme » explique Fabian-Carlos Guhl, cofondateur de l’association. 

Cet accélérateur aura pour but d’accompagner les meilleures startups africaines du secteur de la santé à Nairobi, au Kenya. Il acceptera trois startups par trimestre, parmi lesquelles certaines startups décidant de prolonger leur première accélération de trois mois supplémentaires.

« On aimerait créer un modèle qui ressemble à ce qui se fait dans la Silicon Valley mais adapté à l’Afrique. »

En partenariat avec l’entreprise pharmaceutique Merck, ce programme couvrira les frais d’installation temporaire à Nairobi de chaque entreprise et offrira un investissement dont le ticket, défini au cas par cas, oscillera entre 20 000 et 50 000 USD pour une prise de participation qui restera inférieure à 10%.

Un accélérateur corporate

Si le modèle d’un accélérateur soutenu par une grosse entreprise privée prend de l’importance en Europe, il est encore assez nouveau en Afrique. Pour Fabian-Carlos Guhl, c’est un win-win.

« Merck est la plus veille entreprise pharmaceutique. Ils ont beaucoup d’expérience mais ils sont devenus trop gros pour innover eux-mêmes. » En s’alliant à Ampion, l’entreprise vieille de près de 350 ans se rapprochent ainsi de l’innovation.

« Le lancement du premier accélérateur dédié à la santé donnera un coup de boost majeur au continent, estime le chef de projet chez Merck Alexander Hoffmann. Chez Merck, le soutien de l’innovation dans la santé est important d’un point de vue de l’impact social mais aussi de l’investissement économique sur le long-terme. »

Ce partenariat permettra aux startups de profiter de l’expertise des équipes Merck et de développer une relation privilégiée avec le groupe qui pourrait devenir un client, un investisseur ou un acheteur. C’est ce qui est arrivée à MobiDawa une startup née lors d’un Venture Bus 2014 et qui est maintenant soutenu par Merck

Le programme, mené sur place par Fabian-Carlos Guhl et Ifeanyi Oteh sera centré sur le mentorat local et international et la mise en contact avec les bonnes personnes et se conclura par un demoday. Les entreprises ne se sentant pas prêtes pourront rester pour une session supplémentaire de trois mois. 

Un travail local

Recruter des startups dans tout le continent est un joli défi étant donné la taille du continent, le nombre de langues parlées et l’absence de médias et d’organisations couvrant toute la région. L’équipe compte s’appuyer sur son programme de Venture Bus pour rencontrer les startups.

En 2014, quatre startups proposant des solutions dans les technologies de la santé ont vu le jour dans ces bus.

Cette année, Ampion organise cinq bus qui traverse 16 pays dont la Tunisie et, pour la première fois, le Maroc.

Défis africains et opportunités européennes

Ampion n’est pas le seul accélérateur intéressé par les opportunités de la santé digitale dans la région. Rockstart, un des accélérateurs les plus en vue d’Europe, lancera en octobre son accélérateur dédié à la santé digitale.

Rockstart lance un accélérateur pour les startups de la santé
Rockstart lance un accélérateur pour les startups de la santé

L’organisation, qui cherche toujours à attirer les startups d’Afrique et du Moyen-Orient, a reçu des candidatures d’Afrique du Sud, d’Arabie Saoudite et du Nigéria. Ils doivent encore annoncer les startups sélectionnées. 

Mais est-ce qu’un accélérateur européen peut préparer les startups aux défis spécifiques à l’Afrique ?

Pour répondre à ces nombreux les défis – différence de régulations et de langues, analphabétisme et manque d’éducation sur la santé – il faut travailler sur les infrastructures, soutient Ifeanyi Oteh.

« Nous cherchons à construire les bases d’un écosystème afin que les personnes soient motivées à fournir des solutions technologiques » il ajoute. 

D’un autre côté, « le système de santé et les connaissances européennes peuvent aider les startups africaines à mieux se positionner à la fois sur les marchés locaux et internationaux » estime Maarten den Braber, le directeur du programme chez Rockstart et spécialiste de l’innovation médicale.

« Trop souvent, nous voyons des startups développer des idées intéressantes mais lutter pour obtenir le feedback des professionnels et patients, continue t-il. Rockstart donne aux startups l’accès aux ressources dont elles ont besoin - accompagnement, partenariats stratégiques, mentors - pour développer leur technologie et services.» 

Et l’Afrique du Nord ?

Les startups innovant dans le secteur de la santé sont surtout présentes dans les pays à forte densité qui souffrent le plus des maladies comme la tuberculose, le diabète et le VIH, comme le Kenya et l’Ugunda, note Ifeanyi Oteh.

Mais il ne faut pas pour autant sous-estimer l’Afrique du nord. 

Pourtant le potentiel est là. Les plateformes de prise de rendez-vous médicaux prennent de l’ampleur dans le sous-continent, l’Egypte a vu la naissance de plusieurs plateforme dédiée à la santé comme Nabdanet et Dawaa, et des innovations ont attiré les regards internationaux, comme les startups algériennes Dialife et E-Care. Imaginez jusqu’où ces entrepreneurs pourraient aller avec les bonnes ressources ! 

La Tunisie, en particulier, s’est distinguée dans le secteur de l’Internet des objets. Jusqu’à présent ces technologies ont surtout été tournées vers la domotique ou l’agriculture. A quand un objet connecté dans la santé ?

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