Au Maroc, les investisseurs optimistes lors du CEED Annual Conference

Adil Douiri à CEED Annual Conference
Il n'y a pas de raison que vous n'y arriviez pas au Maroc, témoigne Adil Douiri. (Crédit photo : CEED)

Le Maroc est exactement là où était l’Egypte il y a quatre ans, à ce moment très précis où l’entrepreneuriat décolle enfin, où les entrepreneurs innovants connaissent leurs premiers succès, où l’écosystème s’organise de façon efficace et où les accélérateurs et investisseurs ouvrent boutique. 

Voilà tout du moins la rumeur qui circulait lors du CEED Annual Conference le 15 et 16 septembre à Casablanca.

Organisé aux restaurants du golf de Bouskoura, l’événement ne ressemblait pas à ce à quoi l’on pouvait s’attendre pour un événement dédié à l’entrepreneuriat.

Le premier jour, le lieu, inaccessible en transport en commun et presque trop chic pour l’occasion, semblait être envahi de costumes-cravates. 

Les fondateurs de startups et jeunes entrepreneurs n’étaient pas majoritaires mais, assez paradoxalement, c’est pour cela que l’événement peut être vu comme un bon signe.

Bien sûr, parmi les 1 000 participants, il y avait les habituels : les membres de la communauté CEED, essentiellement des entrepreneurs ayant lancé des TPE, quelques entrepreneurs non affiliés au réseau et les différentes organisations soutenant l’entrepreneuriat dans le pays.

La nouveauté venait de la présence des représentants d’Oasis 500, le célèbre accélérateur jordanien et de Flat6Labs, le réseau d’accélérateurs implantés en Egypte, aux Emirats, en Arabie Saoudite et bientôt au Liban, qui comptent renforcer ou faire leur entrée dans le royaume chérifien, mais aussi des universités et des entreprises marocaines cherchant à en savoir plus sur l’entrepreneuriat.

« Je cherche à m’informer sur ce qu’il se passe pour les jeunes entrepreneurs au Maroc, témoigne Debbie Duncan, de l’American University of Leadership/ PIIMT à Rabat. Je fais partie de ceux qui ont pris des notes à chaque prise de parole. Je cherche aussi à trouver des ressources qui me permettront de faire grandir l’école et qui bénéficieront à mes étudiants »

Lors d’une table-ronde dédiée aux opportunités que les startups marocaines peuvent tirer des fonds d’investissement et des gros groupes, l’humeur était plutôt optimiste.

Leyth Znyber, qui a récemment monté en tout discrétion et efficacité un fond d’investissement dédié aux projets à impact, Eirené4Impact,  a ainsi noté la montée en niveau des dossiers reçus et l’intérêt de plusieurs groupes marocains qui ne devraient pas tarder d’annoncer des programmes de collaboration avec les startups.

Après quelques jours sur place, Faisal El Bitar, investisseur au sein d’Oasis 500, en est arrivé à la même conclusion. « Le Maroc a beaucoup de potentiel  Différents acteurs du marché réalisent maintenant l’importance de la scène startup et souhaitent s’engager à soutenir les entrepreneurs marocains. »

Pour autant, l’évènement a t-il été utile aux entrepreneurs ? 

« Ici, tu vas écouter des successful people qui vont te remotiver et te refocaliser, explique Cédric Plane, qui vient de créer la plateforme de recrutement OMyJobs. Ecouter les histoires d’autres personnes te permet aussi de te sentir un peu moins seul. [Certains entrepreneurs] réussissent, pour d’autres cela prend plus de temps. On n’est pas seul à galérer. »

Particularité assez intéressante de l’événement, le buffet avait été remplacé par un déjeuner en trois services placé.

Un déjeuner tourné vers le networking à CEED Annual Conference
Ismail Bargach explique le modèle de LIK à ses camarades de table. (Crédit photo : CEED)

« On a demandé aux entrepreneurs qui se sont inscrits à l’événement de nous dire quelles entreprises ils voulaient rencontrer, explique la présidente de CEED, Fatima-Zahra Oukacha. On a essayé de les mobiliser et de les asseoir aux mêmes tables. Il y a donc beaucoup d’entrepreneurs en costume-cravate parce qu’ils s’adaptent aux acheteurs potentiels. »

Si les ateliers n’ont pas forcement marqué les esprits – certains workshops ont même été annulés manque de public – et  si les discours n’ont apporté d’informations nouvelles qu’aux novices de l’entrepreneuriat, ce qui est déjà bien, les prises de paroles pleines de sagesse et d’énergie de Adil Douiri, président de Mutandis, et Jeff Hoffman, fondateur américain de priceline.com, ont en revanche rappelé aux entrepreneurs l’importance d’être patient et de se donner les moyens d’atteindre ses rêves.

L’événement s’est clôt par l’habituel pitch de startups. C’est le chouchou du moment, LIK, une startup permettant de bénéficier de crédit téléphonique gratuit, qui a remporté le IBM SMART CAMP, un concours international organisé par IBM dans 16 pays. LIK défendra ainsi son service dans la Silicon Valley lors du LAUNCH Scale.

Pour toutes les organisations présentes lors de cet événement, il va falloir maintenant passer d’intentions à actions.

« Le Maroc a beaucoup à offrir, estime Ramez Mohamed, président de Flat6Labs. Mais pour qu’il devienne un hub startup fort dans la région, il va falloir un effort coordonné des acteurs locaux et régionaux pour :

1-    identifier les meilleurs startups et leur fournir le capital, le soutien et la visibilité dont ils ont besoin pour devenir les prochaines success stories marocaines

2-    mettre en place des programmes bien structurés et durables, tels que des accélérateurs et incubateurs

3-    travailler avec consistance sur le terrain pour promouvoir la culture et les valeurs de l’entrepreneuriat au niveau des écoles, universités, espaces de coworking et autres groupes et motiver les jeunes à lancer leur entreprise. »

Cela tombe bien car les différents acteurs semblent être prêts à travailler ensemble de façon durable. L’événement de l’année prochaine pourrait dont prendre une dimension bien différente.

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