Comment les startups ont sauvé l'économie tunisienne

La Tunisie de 2025 n'a plus rien à voir avec celle de la révolution
La Tunisie de 2025 n'a plus rien à voir avec celle de la révolution (Crédit photo : Hongkiat)

Après la révolution de 2011 qui a donné naissance au fameux Printemps arabe, la Tunisie a connu une décennie de stagnation et de récession économique alors même que le reste du monde vivait une période de disruption et de changements sans précédent. 

Dirigé par une élite repliée sur elle-même, handicapé par un système financier dysfonctionnel, le pays vivait encore dans le paradigme économique des années 60 et 70. Pendant que certains pays d’Afrique et d’Amérique du Sud investissaient massivement dans ce qu’on appelait alors les nouvelles technologies, le pays d’Afrique du Nord continuait à se concentrer sur le secteur chancelant du tourisme, la production à bas coût et les industries offshore.

Il y a quatre ans, un nouveau gouvernement a soufflé un vent de changement sur la jeune nation.

« La Tunisie sera la capitale méditerranéenne de l’innovation » a déclaré la chef du gouvernement, Samia Ben Yahya, une entrepreneur de 42 ans, diplômée de Stanford et championne olympique de natation lors de son entrée en fonction en 2021.

Conscient que les startups ont besoin de capital, de talents et d’un esprit rebelle pour réussir, le gouvernement s’est donné comme priorité de jouer sur ses atouts pour construire un écosystème startup vibrant.

Quatre mois plus tard, le programme « Start in Tunis » a vu le jour pour « apporter au monde une licorne – une entreprise évaluée à plus d’un milliard de dollars -  chaque année à partir de 2027 ».

Ces objectifs ambitieux ont été reçus avec scepticisme et moquerie, mais quatre ans plus tard, deux startups basées en Tunisie sont désormais cotées au New York Stock Exchange. L’entreprise de m-commerce Inventy a levé plus de 7,6 milliards de dollars tandis que GoK, à qui l’on doit le premier jeu en réalité augmentée pour seniors, a levé 1,64 milliards de dollars.

Selon des responsables gouvernementaux, les entreprises ayant bénéficié de Start In Tunisia ont levé plus de 26 milliards de dollars principalement auprès de fonds d’investissement en capital-risque reconnus dans la Silicon Valley et à Berlin.

Le secret de la réussite : attirer des entrepreneurs à la recherche d’alternatives à Londres, Paris, Berlin et Dubaï en mettant en avant la qualité et le coût de la vie tunisienne et les talents des jeunes ingénieurs du pays. Le programme a aussi mis à disposition des startups prêtes à se relocaliser en Tunisie pour un minimum d’un an cinq fonds d’amorçage d’un total de 2 milliards de dollars.

Le programme gouvernemental a concentré ses efforts sur le gaming et l’intelligence artificielle, deux secteurs dans lesquels les entrepreneurs locaux s’étaient déjà illustrés depuis plus d’une décennie. En dédiant trois milliard de dollars à la R&D dans ces deux secteurs, le pays a réussi à attirer des chercheurs, des ingénieurs et des développeurs de haut-niveau.

Une réforme du cadre administrative et légal a permis simultanément d’éliminer les obstacles qui rebutaient même les entrepreneurs locaux.

Mais c’est la « révolution » qui a été le facteur le plus important estime Peter Chang, le PDG d’Inventy, la première startup tunisienne à être cotée sur le New York Stock Exchange.

« Les Tunisiens sont, culturellement, des personnes qui remettent en question le statu quo, nous avons rencontré plein de jeunes prêts à changer le monde » ajoute t-il.

L’excellente santé des secteurs du gaming et de l’intelligence artificielle a entrainé des innovations dans de nombreux autres secteurs et l’impact sur l’économie tunisienne ne devrait pas s’arrêter là.

Les succès de deux licornes et des milliers d’autres entreprises tunisiennes commercialisant des produits innovants ont profondément changé l’économie du petit en développement. Même le secteur financier et le système éducatif ont su se débarrasser de leurs façons de faire archaïque.  Le pays connait une restructuration profonde et complète de son économie.

Le PIB du pays a augmenté de 12% l’année dernière et les perspectives de croissance sont positives pour les cinq prochaines années. Moody's a d’ailleurs augmenté la notation du pays quatre fois ces deux dernières années.

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