De club scientifique à startup : Coursella s'attaque à l'éducation en Algérie

La journée internationale de Pi 2012. Des étudiants en informatique algériens lancent un club scientifique avec l’espoir de changer le monde. 

Ils l’appellent Pinnovate – une combinaison de pi et innovate – en honneur au fameux chiffre.

« Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en personne quand nous avons commencé le club… Nous les geeks, on se rencontre d’abord en ligne, rigole un des fondateurs Walid Ziouche. Nous voulions apporter une réponse aux problèmes que l’Algérie rencontre avec la technologie. Nous nous sommes fixé comme objectif Pi Day. »


L’équipe Pinnovate et le responsable IT de l’Université El-Taref Chaouki Chemmam. De gauche à droite : Kheir Eddine Farfar, Chaouki Chemmam, Hichem Fendali et Walid Ziouche Hors photo : Houssem Teghri. (Image via Pinnovate).

Avec trois autres membres, il décide de se concentrer sur un des plus gros problèmes du pays: l’éducation.

Trois ans plus tard, Walid Ziouche, le responsable des opérations, et ses cofondateurs, Hichem Fendali, le PDG, Kheir Eddine Farfar, le programmeur principal, et Houssem Teghri, le responsable marketing, ont transformé le club universitaire en une entreprise avec le lancement d’un système de gestion de contenu (CMS) pour les institutions de l’enseignement secondaire.

Leur premier produit, Coursella, à ne pas confondre avec la célèbre plateforme de MOOC Coursera, réunit les cours en et hors ligne des universités et le système de gestion des étudiants sur une unique plateforme auto-hébergée et personnalisable.  

Soutenir un secteur de l’éducation en difficulté

Ne vous laissez pas méprendre, derrière une apparence ennuyeuse, ce service pourrait représenter un grand changement pour le pays qui peine à adapter son système éducatif au boom démographique qu’il rencontre. A l’heure actuelle, plus d’un quart de la population a moins de 14 ans.

Grèves des enseignants à répétition en AlgerieDans un article publié sur Wamda en juillet, Karim Sidi Saïd, le fondateur de la startup éducative Dirassatti, explique que les grèves des enseignants à répétition, les classes surchargées et les manuels scolaires incomplets limitent l’éducation des jeunes Algériens.

Les professeurs, du primaire à l’université, demandent des salaires plus élevés, une réduction de la paperasserie universitaire et des aides aux logements.

En février, Al-Fanar Media estimait que le pays avait besoin de 60 000 professeurs supplémentaires, particulièrement en math, physique et en langues étrangères et que 16 000 professeurs étaient en âge de partir à la retraite.

Les conditions de travail sont particulièrement difficiles pour les instituteurs qui vivent avec 450 à 550$ par mois et doivent faire face à de longues journées et des classes surpeuplées.

D’autres startups travaillent aussi à améliorer le secteur éducatif comme iMadrassa et Dirassatic.

L’éducation passe en ligne

Coursella suit les traces de Blackboard et des saoudiens Acadox - deux services qui ne sont pas disponibles en Algérie - et répond aux problèmes que les fondateurs ont connus lors de leur cursus à l’Université d’Annaba.

Walid Ziouche explique en effet que communiquer par email est difficile, les professeurs luttent pour s’adapter aux changements de listes d’email chaque semestre et le service de partage de documents est pollué de publicités.

Certains étudiants ont bien tenté d’utiliser Facebook comme CMS mais « être sur Facebook impliquait trop de distractions » et ne remplacait pas un système spécifique aux besoins éducatifs selon l'entrepreneur.

Après avoir organisé quelques évènements – une Linux Install Party et un TedX Annaba pour n’en citer que quelques un – ils passent à la vitesse supérieure et gagne le concours de startups tStart en janvier 2014. En août, la startup sort d’une année d’incubation au sein de l’accélérateur tStart à Annaba.

Pour Walid Ziouche, c’est grâce à cet incubateur et la sponsorat de leur sponsor qatari, l’opérateur télécom Ooredoo, qu’ils ont pu transformer leur idée en entreprise viable.

Depuis trois mois, la startup compte deux clients, l’école de commerce MDI et l’Institut International de Management (INSIM). Walid Ziouche s’attend à signer plus de clients, notamment parmi les 800 lycées du pays, les universités et les écoles privées, à la fin de l’année. Les deux écoles n’ont pas répondu aux questions de Wamda avant publications.


La plateforme Coursella

« Pour l’instant, nous nous sommes concentrés sur l’Algérie mais nous restons aussi ouvert à la région MENA… La plateforme est déjà traduite en trois langues : l’arabe, le français et l’anglais » ajoute le jeune fondateur.

Une expansion vers la région MENA, en commençant par le Maroc et la Tunisie, ne viendrait pas avant six mois. En attendant, une appli Android devrait bientôt être lancée.

La startup a reçu deux millions de dinars algériens (47 200 USD) lors de son incubation et n’a pas l’intention de faire venir d’investisseurs.

Selon Walid Ziouche, l’entreprise n’a besoin que de 10 clients payants pour atteindre le seuil de rentabilité. L’entreprise n'a pas souhaité dévoiler les tarifs actuels mais il serait plus cher que les prix pratiqués aux Etats-Unis où les packs commencent à 199$ pour 500 utilisateurs en SaaS. Selon Walid Ziouche, les services de Coursella sont bien moins chers que ceux de son concurrent saoudien. Nous n'avons pas reçu confirmation du fondateur d’Acadox.

Challenges : cyber sécurité et bureaucratie

Avec autant de données relatives aux étudiants et aux cours sur la plateforme, la cyber sécurité est un défi majeur à prendre en considération.

En plus des fonctionnalités de sécurité basique utilisant les protocoles https, Coursella a mis les informations de chaque institution dans des « containers » en utilisant la plateforme d’open-source Docker, ce qui signifie que chaque information est construit en silos répartis sur deux serveurs afin de rendre l’accès aux hackers plus compliqué.

L’autre problème bien connu des startups algériennes est de naviguer à travers la bureaucratie startupocide du pays.

« C’est très difficile de lancer une startup ici en Algérie. L’administration n’est pas aussi [efficace] que ce que l’on espérait. Heureusement, Ooredoo nous a aidé à démarrer la startup d’un point de vu administratif » explique Walid Ziouche.

De plus, bien que les universités du tout jeune secteur privé soient ouvertures aux nouveautés, les fondateurs ont eu du mal à trouver des points d’entrées dans les universités.

« Pour l’instant, nous ciblons les institutions privées et les lycées car les administrations sont plus réactives » continue l’entrepreneur.

L'éducation n'est pas un marché facile et de nombreux services n'ont pas survécu à la rigidité et la lenteur de ce secteur. Malgré l'expérience de son équipe, la startup marocaine MyVLE a ainsi dû fermer ses portes en début d'année. 

Si Pinnovate réussi à grandir suffisamment vite pour s’emparer du marché nord-africain, il s’assurera une sécurité financière lui permettant de faire face aux nombreux concurrents internationaux. Mais pour cela, il faudra d’abord s’imposer dans son pays natal.

 

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