La Mauritanie entre dans le jeu des startups


Le drapeau mauritanien a de bonnes raisons de voler haut (photo via Xinhuanet)

Août 2014, pour la première fois un Startup Weekend est organisé en Mauritanie, un pays de moins de quatre millions d’habitants situé en plein Sahara.

Le pays, à la population majoritairement agricole, souvent nomade, massivement pauvre (40% de la population vit avec moins de 1,25$ par jour) est plus connu pour ses problèmes de sécurité, son taux record d'escalavagisme (4% de la population) et la pratique de mutilations génitales que pour sa capacité d'innover. Cela risque de changer.

« [Ce Startup Weekend] était énorme à la fois d’un point de vue de sponsoring et de résultats » se rappelle Mohamed Khalifa, un banquier mauritanien basé à Londres.

1276 Mauritaniens ont candidaté au hackathon, 100 personnes ont participé et deux startups ont reçu du financement. Des investisseurs avaient fait le déplacement depuis les îles espagnoles des Canaries, au large du Maroc, pour l’occasion.

« On a eu énormément de soutien des hommes d’affaires mauritaniens, tels que de Moulay Ould Abbas, le PDG de la banque BMCI, des entreprises comme Kosmos Energy, ainsi que du gouvernement » continue Mohamed Khalifa.

Face à cet accueil, Mohamed Khalifa, Ahmed Bahia, un autre Mauritanien basé à Londres, et d'autres décident de créer l’association Startup Mauritania qu’ils décrivent comme un accélérateur de startups.

« Il y a énormément de jeunes qui ont de petites boites, informatiques ou pas, mais il n’y a pas d’écosystème, il n’y aucune startup reconnaît Mohamed Khalifa. Le but c’est de créer l’écosystème. »

Car la demande est là. La page Facebook compte plus de 10 000 likes et l’équipe de 10 bénévoles reçoit régulièrement des messages de jeunes partageant leurs idées d’entreprises. 

« La Mauritanie a besoin de startups, explique Mohamed Khalifa. Le taux de chômage est énorme, au dessus de 30%. La croissance doit venir du secteur privé. » 

Or, « un Mauritanien pauvre ne sait pas comment monter son entreprise, se connecter aux gens qu’il faut », continue t-il, d’où le besoin d’aider les jeunes entrepreneurs. 

Le gouvernement, les entrepreneurs et les hommes d’affaires en sont bien conscients, ce qui explique leur implication dans le projet, estime le jeune homme.

« C’est pour aider le pays et les jeunes et parce qu’ils savent que, à long terme, il y a un bénéfice économique » ajoute t-il. 


Les gagnants du premier Startup Weekend Nouakchott se préparent pour une interview télé (photo via Startup Mauritania)

L’impact est encore plus puissant quand l’entrepreneuriat permet de développer internet –  à l’heure actuelle, le taux de pénétration dépasse à peine 10%.

« Pour chaque hausse de l’accès internet de 10%, le PIB du pays augmentera probablement de 1,38 pourcent » expliquait récemment le PDG de Microsoft Satya Nadella sur Qartz.

L’association qui a pour but d’ouvrir un espace de coworking puis un incubateur se concentre pour l’instant sur l’organisation de conférences et de formations pour sensibiliser les jeunes.

« Il y a énormément de jeunes qui ont des idées mais ils ne savent pas par où commencer. On veut leur dire “vous pouvez commencer votre projet et vous aurez ce soutien” » explique le co-fondateur.

Dans un premier temps, Mohamed Khalifa souhaite créer une plateforme où les Mauritaniens puissent se rencontrer et être mis en contact avec des entrepreneurs qui ont réussi, à des coachs ou encore des investisseurs.

L’association travaille aussi avec des acteurs des pays voisins comme le Maroc ou le Sénégal dont les noms seront dévoilés prochainement pour augmenter le nombre de mentors vers qui les Mauritaniens pourront se tourner.

Mauritanian startups learn about the lean canvas at Startup Weekend Nouakchott
Les startups mauritaniennes apprennent la métholdologie du Lean canvas au premier Startup Weekend Nouakchott (Photo via Startup Mauritania)

Depuis lundi, ils organisent le Global Entrepreneurship Week, une semaine pour célébrer l’entrepreneuriat, organisée à travers le monde sous la houlette de la Kauffman Foundation à qui l’on doit aussi, notamment les Startup Weekend.

La semaine a commencé avec le Startup Mauritania Summit, une journée de talks sur invitation pour sensibiliser les gros groupes et les institutionnels du pouvoir de l’entrepreneuriat et réfléchir aux bonnes pratiques pour créer un écosystème en Mauritanie.

Aujourd’hui, mardi, c’est au tour de Startup Mauritania Women Conference de battre son plein avec de nombreux panels célébrant les femmes entrepreneurs en Mauritanie.  

Le lendemain sera dédié à la formation à l’entrepreneuriat avec des ateliers concrets sur l’écriture de business plan, la recherche de financement et de nombreuses autres thématiques. 

La semaine se conclura par la seconde édition du Startup Weekend qui réunira cette fois-ci encore 100 participants. Les trois lauréats recevront un accompagnement non limité dans le temps.

Dès le début 2016, Startup Mauritania proposera des formations avec l’université de Nouakchott qui mettra à disposition un espace physique.

Le cofondateur compte aussi sur ses partenariats avec certaines banques, l’autorité de régulation et d’autres acteurs pour fournir des formations concrètes.

Toujours optimiste, l’équipe de Startup Mauritania organisera en décembre Hour of Code, un mouvement global visant à introduire les enfants au programmage informatique, prouvant qu’elle est là pour changer les choses sur le long-terme.  

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