Pourquoi Flat6Labs, Founders Institute et d'autres accélérateurs se lancent en Tunisie

Skateblock pitching at Flat6Labs Abu Dhabi's Demoday
Êtes-vous prêt pour plus de Demodays ? (photo via Flat6Labs)

Pour un si petit pays, la Tunisie compte un nombre impressionnant de programmes de formation et d’accompagnement à l’entrepreneuriat. Mais comme souvent dans des écosystèmes aussi jeunes, leur professionnalisme et efficacité laissent à désirer. 

Cinq ans après la révolution politique et culturelle qui a secoué le pays, des accélérateurs étrangers ouvrent boutique dans le pays, des entrepreneurs structurent leur travail d’accompagnement et les acteurs traditionnels revoient leurs programmes.

Le célèbre accélérateur américain Founder Institute ouvrira ses portes aux fondateurs en phase de conception le 11 novembre.

Boost, un accélérateur en amorçage créé par des entrepreneurs tunisiens, débutera sa seconde classe en décembre.

Ce sera ensuite au tour de START’ACT, l’accélérateur développé par Carthage Business Angel, puis de l’accélérateur pan-arabe Flat6Labs d’ouvrir.

Le bon moment pour la Tunisie

Cet intérêt pour l’entrepreneuriat tunisien n’étonne pas Emna Ghariani, la directrice du Founder Institute à Tunis. Selon elle, tous les ingrédients sont là : une population éduquée, l’accès aux ressources grâce à internet, une soif de changements généralisée et des changements politiques qui laissent espérer un potentiel de croissance. 

L’intérêt des Tunisiens pour l’entrepreneuriat n’est plus à prouver, continue t-elle, mais les startups se trouvent souvent bloquées après avoir reçu leur formation de base.

« L’exécution ne suit pas, ce qui rend la recherche de financement plus compliquée. Il n’y a pas rien pour aider les gens à passer du stage de formation/idéation à celui de MVP (Minimum Viable Product) » explique Emna Ghariani à Wamda.

Même constant pour l’amorçage.

« En Tunisie, il existe des fonds dans le early stage mais ils n’offrent pas d’accompagnement » explique Adel Beznine, un ancien RH tombé dans l’entrepreneuriat en 2007.

« Depuis 2011, avec Walid [Sultan El Midani, fondateur du studio de jeu DigitalMania et acteur majeur du réveil entrepreneurial du pays], on a reçu des centaines d’entrepreneurs qui venaient demander du conseil sur les thématiques de levée de fond et restructuration du business model » explique t-il.

Face à une telle demande, les deux amis, accompagnés de Leila Charfi, la directrice de l’accélérateur Yunus Social Business dédié à l’entrepreneuriat social, ont décidé de créer Boost pour canaliser leurs efforts.

Une formation à Boost
En pleine formation à Boost lors de la première cohorte (photo via Boost)

Ne risque t-on pas une surchauffe ?

Tous les acteurs acquiescent : s’il y a une multiplication des acteurs c’est qu’il y a une multiplication de la demande. 

« Nous avons reçu plus de 1 000 participants aux évènements que nous avons organisé depuis septembre. Nous sommes persuadés que la Tunisie a plein d’entrepreneurs à fort potentiel qui parfois n’en sont même pas encore conscients. Nous sommes là pour les aider à faire le saut et à construire des entreprises qui ont du sens et durent » insiste .Emna Ghariani du Founder Institute.

Pour autant en seed stage, la situation est un peu différente.

« Il n’y a pas encore assez d’entrepreneurs mais on y arrivera » explique Adel Benzine.

L’équipe de Boost a donc choisi de ne pas se limiter aux entreprises tech et accepte des entreprises de tous secteurs à condition qu’elles aient entre deux et cinq ans d’existence et un réel potentiel de croissance.

Accélérer le passage de l’idée au MVP

En tout Founder Institute a reçu 141 candidatures venant en majorité de jeunes actifs travaillant dans de gros groupes dans les secteurs de la santé à la finance en passant par la tech, et en a sélectionné 25.

« Un de nos objectifs est de créer une pipeline d’entrepreneurs solides qui pourront rejoindre des accélérateurs, incubateurs et investisseurs plus avancés » dévoile Emna Ghariani.

Le Founder Institute n’offre pas de financement. Les fondateurs doivent débourser 475$ pour participer à la formation – essentiellement pour prouver leur motivation – et donner 3,5 % du capital de leur entreprise.

Les participants suivent alors trois mois et demi de formation à raison d’une session de mentorat par semaine en soirée selon un programme conçu par le chapitre mère dans la Silicon Valley.

Bien que peu d’informations sur le programme tunisien de Flat6Labs nous aient été rendues publiques, on peut imaginer, en se basant sur l’offre de l’accélérateur en Egypte, Arabie Saoudite et aux Emirats, que le chapitre tunisien devrait se concentrer sur les startups au stade la conception.

Comme nous l’avions rapporté en mars, Flat6Labs devrait ouvrir au printemps 2016.

Compte tenu de ses pratiques dans la région, il est probable que m’accélérateur offrira entre 10 000$ et 20 000$ (autour de 20 300 et 40 600 dinars tunisiens) de financement contre 15 à 20% des parts de l’entreprises.

L’accélérateur exigera probablement de ses participants qu’ils travaillent à temps plein sur leurs startups dans leurs futurs locaux tunisiens. Les entrepreneurs recevront du mentorat, de la formation, du soutien et accès à de nombreuses réductions auprès de partenaires.

Accélérer la croissance des entreprises en amorçage

Start’Act a pour objectif « d'offrir à des jeunes pousses qui ont déjà démarré leurs activités une assistance pour soit atteindre des marchés ou dynamiser leur croissance » explique Mondher Khanfir, PDG Wikistartup, l’incubateur privé qui a lancé, avec le Carthage Business Angels (CBA), Univenture, un accélérateur dédié à la phase de conception, et Start’Act.

L’équipe est actuellement en train de sélectionner les startups qui prendront par au programme. Elles auront déjà un prototype dans le secteur des TIC, des médias, de l’énergie, de l’agro-alimentaire, des biotechnologies ou de la santé et auront un potentiel importance de croissance.

L’incubateur investira 5 à 20 000 dinars (environ 10 000 USD) et offrira cinq moins de mentorat.

Start’Act ne prendra pas de parts dans les entreprises incubées mais récupérera des « success fees » sur la levée de fonds ou les revenus générés grâce à la participation des startups dans le programme.

Boost vise aussi les startups en amorçage et a déjà sélectionné six startups pour son second programme en décembre.

Leur objectif est de faire grandir les startups en se concentrant sur trois piliers : accès au financement, accès aux marchés et empowerment (montée en compétences) des entrepreneurs.

Les startups recevront 30 000 dinars (environ 15 000 USD) de financement contre 12% de leur capital (8 ira au fonds d’investissement Ingenium Fund et 4% à l’accélérateur).

Les startups seront mentorées par des entrepreneurs volontaires et formés par différents coachs (personnel, en communication ou encore en ventes).

L’accélérateur a pour spécificité de se tourner vers l’étranger pour permettre un transfert de connaissances de la diaspora, donner accès à des marchés et du financement étranger.

Reste à voir maintenant si les Tunisiens se montreront à la hauteur des attentes et si les premières cohortes de startups accélérées donneront vie à la success story que la Tunisie attend.

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