A Tunis, deux makerspaces pour booster la créativité

A l'intérieur du FabLab solidaire
Le FabLab solidaire sort l'artillerie lourde (photo via FabLab solidaire)

« La Tunisie n’a pas d’autre option que l’innovation et la créativité pour atteindre le progrès »

Taoufik Jelassi, l’ancien ministre tunisien de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des TIC, n’aurait pas pu être plus clair lors de son discours à l’International Innovation Summit à Hammamet en septembre 2014. 

Malgré un secteur TIC très prometteur, les Tunisiens sont souvent limités par un manque de créativité et d’innovation, en partie dû à l’enseignement très théorique apporté par les universités.

Deux makerspaces veulent changer ça.

Mohamed Bejar ouvre la porte du FabLab Solidaire, le nouveau makerspace lancé à la cité El Khadra à Tunis en novembre 17.

L’espace compte un assortiment d’étranges machines. Ce sont des imprimantes 3D, explique Mohamed Bejar.

Sur un mur, un alignement de pommeaux de douches flanqués de la phrase « wake up your ideas ».

Et derrière, un « musée » constitué de vieux ordinateurs, imprimantes et autres exemples de technologies désuètes du début des années 70.

Cela nous permet de nous rappeler le chemin parcouru par l’AJST, sourit Mohamed Bejar.

L’AJST, Association Jeunes Science de Tunisie, est l’association qui a ouvert le FabLab Solidaire avec le soutien de la Fondation Orange.

Depuis leur création en 1974, ils ont promu les sciences et les technologies auprès de la jeunesse tunisienne en leur donnant accès aux opportunités et ressources nécessaires pour donner vie à leurs projets.

« L’AJST a été la première association à avoir un club informatique[…] à la fin des années 1970, explique Mohamed. Le nouveau FabLab s’inscrit dans la même logique, nous devons toujours chercher l’innovation et la créativité. »

Les jeunes au coeur du FabLab solidaire
Les jeunes au coeur du FabLab solidaire (photo via Fondation Orange)

Le principal avantage de ce FabLab est qu’il pousse les limites des possibles pour ses jeunes membres. Il permet aux jeunes de développer des projets scientifiques qu’il leur aurait autrement été impossible de mener à bout faute de ressources et matériel.

« C’est plus simple de faire un prototype en plastique avec une imprimante 3D que de faire un moule et d’y souffler du verre fondu – ce qui serait deux cent fois plus cher – alors que l’on peut facilement faire des tests, les repliquer et montrer le prototype avec du plastique » continue le trésorier de l’AJST.

Mais pourquoi utiliser le mot « solidaire » dans le nom du fab lab ?

« Solidaire parce que nous intégrons un élément d’ouverture, explique Mohamed. [Le fab lab] n’est pas restrictif, il est pour la communauté, pour l’apprentissage. C’est vraiment une initiative publique. »

Mohamed Bejar n’est pas le seul à penser ainsi.

Mariem et Abderrahman Ameur, un couple plein d’énergie fort d’une expérience combinée dans l’informatique et le marketing, ont ouvert leur propre maker space, elFabLab, à La Marsa dans la banlieue de Tunis, en janvier.

ElFabLab n’a pas l’air aussi chic que FabLab solidaire mais cela ne stoppe en rien la créativité de ses membres.

Abderrahman et son équipe sont en train de construire le décor d’un remake de Star Wars qu’ils vont filmer, cette semaine, à Matmata, un des lieux de tournage de l’épisode IV. La pièce est pleine d’accessoires à moitié finis, de matériaux recyclés, de scans d’images 3D et d’équipements vidéo.

« Mon mari est un gros fan de Star Wars » rigole Mariem Ameur.

Un bon maker se doit d'aimer Star Wars (photo via ElFablab)
Un bon maker se doit d'aimer Star Wars  (photo via ElFablab)

Dans la salle d’à côté, Abderraham montre avec fierté une imprimante 3D qu’ils sont en train de monter à partir de documents open-source.

Le fab lab s’organise autour de deux axes : l’entrepreneuriat et l’open-source.

Le makerspace a commencé à soutenir des projets entrepreneuriaux technologiques. Les entrepreneurs ont accès aux services d’elFabLab pour un prix horaires ou un abonnement, selon leurs besoins.

« Dans ce cas, [elFabLab] opère de fait comme un incubateur. Nous offrons l’espace, les machines, le savoir-faire, du coaching et l’apport d’experts » explique Mariem.

D’autres projets suivent une approche open-source orientée vers l’apprentissage, le partage de connaissance et la collaboration. Dans ce cas, elFabLab demande aux personnes de payer des frais d’inscription, comme le ferait un club ou une association. 

« Nous essayons de jongler entre les deux formules [privée et open-source] formulas parce que nous essayons de nous différencier et de répondre les différents besoins des porteurs de projet, explique Mariem. Nous voulons promouvoir la diversité et l’inclusivité. »

Un fab lab, elle continue, n’est pas juste une collection de machine, c’est une communauté construite autour du partage d’expérience et du transfert de compétences, une communauté de makers.

« Il y a des gens qui viennent avec une clé USB et des documents 3D qu’ils veulent imprimer. Nous leur expliquons que ce n’est pas comme ça que cela fonctionne ici, explique Abderraham. Ici, vous venez avec une idée et on vous aide. L’idée est d’apprendre pendant que vous créez. »

« C’est un peu délicat pour le moment car les gens ne sont pas nécessairement habitués à jouer un rôle actif dans la conception de leurs projets, ajoute Mariem. Ils ne savent pas comment faire leur projet eux-mêmes. »

Qu’est-ce que Mariem et Abderraham pense de l’ouverture du FabLab solidaire ? Se sentent-ils menacés ?

Mariem secoue la tête.

« Pas du tout. Les makerspaces sont différents en ce point. Vous pouvez avoir une douzaine de makerspaces et ils n’enlèveraient rien aux autres. C’est ce que l’on a vu quand nous vivions à Paris. Ils ne sont pas en concurrence, ils se complémentent. »

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