Esprit, l'école tunisienne qui veut transformer ses étudiants ingénieurs en entrepreneurs

La première promotion d'ingénieurs-entrepreneurs tunisiens a présenté vendredi dernier ses projets dans les domaines de la santé et la sécurité.
La première promotion d'ingénieurs-entrepreneurs s'est attaquée à la santé et la sécurité (photo via Esprit)

S’il y a bien une chose sur laquelle s’accordent les entrepreneurs de la région MENA c’est le décalage entre l’enseignement apporté par les écoles d’ingénieurs et les besoins des entreprises et des startups.

A Tunis, une école veut changer ça.

Depuis sa création en 2003, Esprit s’est construit une belle réputation. Les étudiants de l’école privée trustent fréquemment les premières places des hackathons et compétitions internationales comme la Global Mobile Challenge, en marge du Mobile World Congress 2015 à Barcelone, Espagne.

Vendredi dernier, l’école a présenté les premières startups sortant de son incubateur.

Un incubateur pour former une nouvelle génération d’entrepreneurs innovateurs

Pour l’école d’ingénieur, l’enseignement se doit actif. Les apprentis ingénieurs doivent apprendre en faisant, en essayant et parfois, en échouant. Développer l’entrepreneuriat permet aux étudiants d’expérimenter et d’apprendre mais aussi de concrétiser leurs idées et leurs rêves.

A l’origine de cet incubateur, un objectif : transformer les projets de fin d’étude des étudiants en startups, explique Alaya Bettaieb, responsable de l’incubateur.

Pour sa première classe, il a choisi de s’allier avec des institutions reconnues.

En janvier, l’incubateur s’était entouré de l’incubateur Yunus Social Business pour lancer sa première formation : un mois intensif pour apprendre à lancer une startup, sponsorisé par Samsung Electronics Tunisie et ouvert à tous.

Lancement du cycle de formation à l'entrepreneuriat d'Esprit
Lancement du cycle de formation à l'entrepreneuriat (photo via Esprit)

C’est ensuite avec l’accélérateur jordanien Oasis 500 que l’incubateur s’est acoquiné pour organiser un bootcamp de cinq jours. Cette compétition a permis à l’incubateur d’estimer le niveau de 75 apprentis entrepreneurs parmi les 400 qui avaient candidaté et d’en sélectionner six pour rejoindre son incubateur.

De mai à novembre, les équipes sélectionnées ont alors bénéficié d’un bureau dans l’espace de travail dédié à l’incubateur et d’un programme d’accompagnement : pitching hebdomadaire, mentorat, assistance financière, conseil juridique et formations. 

Les participants ont aussi reçu un budget afin de leur permettre de se passer d’un salaire et de se concentrer à temps plein sur leur projet. Grâce aux 300 000 dinars (136 000 USD) de financement donnés par des entreprises privées (Proparco et STAR) et le Qatar Friendship Fund, l’incubateur a pu distribuer un budget de 15 000 dinars (6 800 USD) à chaque équipe.

Six startups

Le 4 décembre, trois équipes composées d’ingénieurs ont présentés leur startup lors du premier Demo Day de l'incubateur, face à des entreprises et des investisseurs tunisiens.

  • Secure Drive Company offre une solution embarquée qui permet d’annoncer les accidents dans les zones déshérités et de réduire les délais d’intervention
     
  • Map My Tunisia utilise la big data pour informer les conducteurs sur la congestion routière et les nids de poule
     
  • B3 offre un kit qui automatise l’annonce de la perte de conscience des malades chroniques aux proches et aux services d’urgences

Sernefy, une startup oeuvrant dans la télémédecine dans le domaine de la dermatologie, a préféré passer son tour. La startup devrait rejoindre l’accélérateur Turn8 à Dubaï, s'ils arrivent à obtenir leur visa, pour se concentrer sur son développement dans la région du Golfe où son service est plus pertinent.

Une équipe a jeté l’éponge dès les premiers jours. Une deuxième s’est désistée après 5 mois de développement après avoir réalisé que son projet n’était pas pertinent vu le marché et la concurrence. Ses membres sont retournés sur les bancs de leur école mais comptent bien se relancer bientôt.

« Même si toutes ces équipes […] ne vont pas arriver à atteindre leurs objectifs au bout du processus d’incubation […], elles ont certainement gagné de nouveaux réflexes, appris de bonnes pratiques et noué des relations avec des gens très utiles qui vont leurs permettre de rebondir avec beaucoup plus de chance de succès » estiment Alaya Bettaieb.

Sensibiliser à l’entrepreneuriat

Pour le directeur de l’incubateur, il est vital de sensibiliser les jeunes ingénieurs le plus tôt possible au rôle que doit jouer la technologie auprès de la société et surtout des communautés défavorisées. Esprit a donc integré l’innovation dans son curriculum pour sensibiliser les étudiants de son établissement.

L’école a organisé de nombreux évènements et concours dont Challenge, une compétition de business plan opposant les étudiants en licence. Fruit d’un an de travail, les étudiants présenteront leur plan d’affaire vendredi 11 décembre dans l’espoir de remporter le prix.

Ce n’est que le début pour l’ambitieuse école. L’incubateur envisage en effet d’ajouter à sa gamme de programmes un pré-incubateur en bonne et dûe forme pour les porteurs d’idées et un accélérateur pour les startups. 

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