Dans le désert algérien, un entrepreneur nous montre l'exemple

Slimane Kadi
Slimane Kadi a fait du désert une entreprise qui marche (photo via Mehdi Bennaceri)

Cette histoire n’est pas celle d’une startup en train de développer une appli mobile ou un accessoire high-tech dans un garage. Cette histoire est celle d’un homme qui gère son entreprise avec la plus grande honnêteté.

Se déconnecter pour reconnecter

Huit jours sans téléphone et wifi, dans l’oasis de Taghit au cœur du désert algérien, tel était la promesse du  Maghreb Social Innovation Retreat que j’avais co-organisé fin décembre 2014.

10 innovateurs sociaux d’Europe et d’Afrique avaient fait le déplacement pour prendre le temps de se relaxer et réfléchir et de rencontrer et d’apprendre d’autres acteurs de l’entrepreneuriat social.

Il s’agissait de « se déconnecter pour reconnecter » pour reprendre les mots de Mehdi Bennaceri, un entrepreneur marocain qui nous avait rejoint.

Derrière la magie, des hommes

Pour rendre ce voyage possible, nous avions pris contact avec un guide touristique local, Slimane Kadi. Il s’était occupé de nous réserver une maison traditionnelle, d’organiser les repas, de faire jouer des groupes de musique locaux et de nous guider à travers les dunes fascinantes de Taghit. C’était réellement une expérience mémorable.

Slimane arpente les dunes du désert algérien depuis de nombreuses lunes. Il a la peau foncée, les joues plates et la poignée de main ferme. 

Slimane fournit aux touristes logement et visites guidés. Les affaires vont très bien pour lui.

Pendant notre séjour, il s’occupait, avec un groupe d’amis et de collègues, de cinq groupes de touristes.   

Chaque membre du groupe a un rôle clairement défini. Slimane est le coordinateur,

Hassan le guide touristique et Hamza le chef. Pour le reste, le petit groupe s’appuie sur une armée d’indépendants prêts à intervenir en cinq minutes s’ils ne sont pas occupés.

Le groupe est mû par un fort sens de l’équité, surtout en ce qui concerne les revenus. « Personne [dans le groupe] ne mange seul » m’expliquait Hassan.

Slimane et Ismail face au désert
Slimane et Ismail face au désert (photo via Mehdi Bennaceri)

Ce que j’ai appris à Taghit

A en croire les livres de management et les écoles de commerce, Slimane a tout faux.

Il ne compte pas son argent et ne se soucie pas des profits, coûts et marges. Il fait confiance à ses pairs, garde l’esprit  bienveillant et préserve les valeurs traditionnelles de sa région.

En dépit de tout, Slimane a fait du désert une entreprise qui marche.

Voici ce que j’ai tiré de ma rencontre avec Slimane :

  • L’entrepreneuriat est un état d’esprit. Ce n’est pas le sweat à capuche qui fait l’entrepreneur mais une mentalité. Une façon de penser qui permet de repérer les opportunités, de les transformer en entreprise et de garder le moral dans les moments difficiles.
     
  • Pas besoin de high-tech. Slimane n’utilise en tout et pour tout que son portable basic, de son adresse gmail et de son compte Facebook. Cet équipement technologique rudimentaire lui suffit amplement pour attirer des clients et organiser son activité de façon harmonieuse.
     
  • Vous n’avez pas à faire de compromis. Inspirez-vous de la façon dont les gens de votre région ont opéré depuis des millénaires. Tenez-vous en à vos valeurs.

Il y a des milliers de Slimane dans le monde, des auto-entrepreneurs qui n’ont pas appris les méthodes de management modernes, se passent de technologies compliquées et s’appuient sur des réseaux de collaborateurs non-hiérarchiques. 

Bien sûr, Slimane pourrait avoir plus de clients s’il adoptait les bons outils et process, mais est-ce vraiment l’objectif ? Pourquoi devrait-on toujours chercher à optimiser son efficacité ? 

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