Les Marocains de Sheaply trouvent mentorat et capital en Jordanie


Sheaply transforme les voyageurs internationaux en coursiers (photo via Sheaply) 

Sheaply est une startup marocaine - l’équipe est basée au Maroc et les clients aussi - mais pour développer son activité dans le royaume, la startup est allée faire un tour en Jordanie. 

Après une accélération de trois mois au sein d’Oasis 500 en Jordanie, la startup a empoché un partenariat avec la célèbre entreprise jordanienne de livraison Aramex

Transformer les voyageurs en coursiers 

Sheaply met en contact des individus ayant besoin d’un produit se trouvant à l’étranger et des voyageurs pouvant leur rapporter contre une petite commission.

Cette pratique, appelée crowd-shipping, a commencé à se développer il y a trois ans et a dû faire face à de nombreux défis : légalité, confiance, sécurité.

Aujourd’hui plusieurs sites proposent des services similaires à travers le monde mais seuls quelques uns, comme Bistip en Asie de l’Est et Piggybee en Belgique, semblent s’en sortir.

En Afrique, le besoin de faire venir des colis de l’étranger est fort, que cela soit pour recevoir des objets envoyés par des amis ou membres de famille vivant à l’étranger ou pour recevoir des produits non disponibles localement. 

Le faible taux de pénétration des cartes de paiement internationales et les coûts prohibitifs des livraisons depuis l’Europe et les Etats-Unis accentuent ce besoin.

Plusieurs sites se sont donc lancés sur le créneau dans le monde arabe comme Zaagel en Egypte ou Friendshippr à Dubaï.

Lancée en décembre 2014 par Hicham Zarrouky et Yassine Zyad, deux anciens consultants parisiens revenus au pays, Sheaply compterait plus de 18 000 utilisateurs, essentiellement des membres de la diaspora, des jeunes cadres marocains et des étudiants. La startup enregistrerait une dizaine de transactions par jour permettant la livraison de documents, produits high-tech, mode et cosmétique explique Hicham Zarrouky.

Les cofondateurs de Sheaply Hicham Zarrouky et Yassine Zyad
Les cofondateurs de Sheaply Hicham Zarrouky et Yassine Zyad (photo via Sheaply)

En Egypte, Zaagel touche un public similaire - professionels et entrepreneurs se déplacant pour le travail, famille et amis vivant à l’étranger et touristes - mais se concentre sur les Etats-Unis et les achats en boutique.

L’entreprise utilise désormais Facebook pour gérer les demandes, en attendant de dévoiler son nouveau site. Le trafic, insiste le fondateur Mohamed Kash, s’est développé de façon organique.

A l’opposé les Dubaïotes de Friendshippr ont investi massivement dans leur développement. La plateforme, qui avait levé 670 000$US, compte près de 65 000 fans sur Facebook, très loin devant ses concurrents internationaux, et reçoit 150 demandes de livraison par jour. Les transactions ne se font qu'entre amis et amis d'amis.

Face à une telle concurrence, Sheaply va devoir passer à la vitesse supérieure.

Trois mois intense au sein d'Oasis 500 

Face à l’absence d’investisseurs et d’accélérateurs au Maroc, les deux entrepreneurs se tournent vers la Jordanie. 

En avril 2015, ils sont sélectionnés par le fameux accélérateur Oasis500

L’accompagnement reçu lors du programme, leur permet d’améliorer leur service. Les changements effectués - discussions quotidiennes avec les utilisateurs, déploiement d’un support extrêmement disponible, redéfinition de la proposition de valeur – ont permis une augmentation du nombre de transactions de 300% de transactions sur les trois mois d’activité qui ont suivi. 

Pour les deux cofondateurs qui rêvent d’une expansion dans le monde arabe, ce séjour au Moyen-Orient a été l’occasion de mieux comprendre l’écosystème startup de la région et de se créer un réseau pan-arabe.

Les entrepreneurs ont pu constater une scène startups bien plus développée qu’au Maroc.

Partenariat avec Aramex

Au Maroc, nouer des partenariats avec des grosses entreprises relève encore de l’utopie pour les startups. En Jordanie, la situation a bien évoluée ces dernières années. 

Les deux associés ont pu nouer une relation de confiance avec Fadi Ghandour, le fondateur d’Aramex et l’un des plus grandes promoteur de l’entrepreneuriat de la région. (Disclosure : Fadi Ghandour siège au conseil de Wamda.)

En août 2015, après avoir contacté les concurrents d’Aramex, Hicham Zarrouky et Yassine Zyad décident de nouer un partenariat avec l’entreprise jordanienne.

Les utilisateurs de Sheaply ne pouvant trouver un voyageur via Sheaply peuvent désormais bénéficier de 30% de réductions sur ses livraisons avec Aramex. Sheaply empoche sa part et s’assure ainsi que ses utilisateurs réussissent à se faire livrer leurs produits. 

Pour Aramex, l’avantage est double. L’entreprise renforce son positionnement dans le royaume et touche une population qui se passe d’habitude de ses services, tout en continuant à explorer de nouvelles pistes de croissance.

L'entreprise est connue pour innover. Parmi ses derniers lancements : la création d’offres sur-mesure pour les e-commerçants avec ShopGo et le déploiement d’un modèle de livraison par des particuliers, à la Uber, dans cinq pays d’Afrique et d’Asie. 

Levée des fonds

La startup compte bien continuer de regarder à l’est.

Pour asseoir leur position au Maroc et rapidement se déployer dans un autre pays, la priorité serait donnée à l’Egypte, les entrepreneurs souhaitent lever des fonds.

« Nous nous sommes très vite aperçu du manque de maturité des investisseurs et business angels marocains, sans doute dû au fait qu’aucune « unicorn » made in Morocco n’aie encore vu le jour » estime Hicham.

Au Moyen-Orient, il estime que « le mindset est beaucoup plus mature et très influencé par la Silicon Valley ». Les investisseurs ont exprimé leur intérêt et la startup serait actuellement en discussions avec plusieurs d’entre eux

Si cette levée de fond se concrétise, Sheaply aura réussi à prouver que le Maroc ne manque pas d’un écosystème startup mais que celui-ci n’est pas national mais pan-arabe.

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