Webradar, le Google Alert tunisien, s'attaque au monde arabe

Equipe Innova Tunisie
C'est depuis le jardin de Cogite que l'équipe Innova change la big data arabe (photos via WebRadar
)

Quand on découvre WebRadar, on ne peut s’empêcher de penser « Encore une startup qui clone un modèle qui a réussi à l’étranger ».

WebRadar est un outil d’analyse et de veille des médias Internet qui permet aux professionnels de surveiller leur e-reputation, tout comme le font Google Alerts, Mention ou encore Topsy.

Pourtant, la plateforme tunisienne a su se distinguer de ses concurrents internationaux par une approche ultra localisée.

Le secret de WebRadar : être local

Si vous êtes un professionnel du marketing travaillant pour l’antenne locale d’une marque internationale, vous allez probablement configurer des alertes pour surveiller ce qui se dit sur votre marque dans votre pays et ajouter le nom de votre pays dans l’alerte pour filtrer l’information. Malheureusement, vous allez tout de même recevoir des mentions d'internautes des quatre coins du monde qui ne vous concernent pas.

WebRadar aide les marketeurs en créant des radars : des sujets contenant plusieurs mots clés sur un pays spécifique.

« Dès le début, nous nous sommes concentrés sur les besoins locaux » explique Jazem Halioui, PDG et fondateur d’Innova Tunisia, l’entreprise derrière WebRadar.

WebRadar supporte en natif le contenu en langue arabe, y compris en dialecte et en langage SMS, où les lettres n’ayant pas d’équivalent dans l’alphabet latin sont remplacés par des chiffres (3, 7, 9 etc.).

Pour remonter le plus d’informations pertinentes possible, WebRadar a développé une cartographie des acteurs locaux : personnalités publiques, régions, principales entreprises, etc.


WebRadar permet de comparer la présence sur le web des opérateurs telecom tunisiens

Le produit est aujourd’hui disponible dans neuf pays : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Egypte, l’Arabie Saoudite, les Emirats, le Qatar et la France. 

L’entreprise compte 150 clients et 950 utilisateurs, essentiellement des grandes marques, des agences de communication et de relations publiques, des médias, des bureaux d’études et de conseil et des partis politiques.

Son marché principal reste la Tunisie. Lors des élections de 2014, 8 des 10 plus gros partis utilisaient WebRadar.

D’un échec à un succès

L’histoire d’Innova n’a pas été sans encombres. Il leur a fallu cinq ans de tests et d’échecs pour en arriver là.

Jazem Halioui a créé Innova Tunisia en 2009. Après deux ans de conseil et de projets dans la big data pour des gros groupes, l’équipe, forte de six membres, a généré suffisamment de liquidité pour lancer son premier produit : "oofeed", un agrégateur d’information pour le monde arabe à la Feedly.

Six mois de test plus tard, l’équipe a échoué à trouver un market fit ou des sources de revenu. Les gens ne sont pas prêts à changer leurs habitudes et préfèrent suivre l'actu sur Facebook et Twitter conclue Jazem.

Ce dont les Tunisiens ont besoin, c’est de comprendre ce qui se dit sur les réseaux sociaux, déduit-il. En 2013, WebRadar est né avec un modèle d’abonnement B2B.

Certaines entreprises utilisaient déjà des outils internationaux sans grande satisfaction, les autres n’étaient même pas au courant que de tels outils existaient, ce qui nécessita un véritable travail d’éducation.

Grâce à son approche locale, les clients et les parrainage ne tardèrent pas.

Innova Tunisie en plein travail
Innova Tunisia en plein travail

Surmonter les défis tunisiens

L’écosystème entrepreneurial tunisien est hostile aux startups estime Jazem Halioui.

L’environnement bureaucratique et le manque de financement (auprès des business angels comme des VC) rendent le lancement difficile, et le manque de personnes qualifiées rajoute une couche de complexité.

Ces obstacles n’ont pas stoppé Jazem. Il se mit en tête de se concentrer sur les opportunités présentes dans son pays telles que le potentiel des ingénieurs informatique.

« Nous avons construit nos compétences en intelligence artificielle, en text mining et machine learning en nous appuyant sur des outils open sources et en prenant plusieurs MOOCs [ndlr : cours en ligne] depuis 2011 » ajoute Jazem Halioui.

Des projets d’expansion

En 2016, l’entreprise prévoit de doubler ses revenus en Tunisie et de se développer à l’étranger en signant 10 nouveaux clients dans au moins deux pays différents servis par la plateforme.

« Nous explorons plusieurs options : online marketing, partenariats avec des acteurs locaux (intégrateurs, revendeurs, affiliés) et, potentiellement, développement d’une équipe de vente dans les pays visés » détaille Jazem Halioui.

WebRadar va d’autre part développer un modèle freemium qui permettra aux utilisateurs de tester toutes les fonctionnalités proposées pendant une période de temps limitée. Les utilisateurs pourront alors opter pour un accès premium donnant accès à toutes les fonctionnalités ou à un accès gratuit donnant accès aux fonctionnalités de base.

Dans trois mois, une fois ces changements mis en place, ils entameront une levée de fond pour soutenir leur stratégie de croissance.

« Notre mission sur le long terme est d’aider les organisations à comprendre le monde à travers le big data et l’intelligence artificielle » conclue Jazem Halioui.

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires