Comment cinq startups tunisiennes sont devenues rentables


L’heure des startups tunisiennes a t-elle sonnée ? (image via Disney)

Plusieurs startups emblématiques du pays sont désormais rentables.

Tous les secteurs sont représentés : la livraison de repas avec MonResto.tn, le média avec le spécialiste de la bourse ilBoursa, les objets connectés avec Chifco, le service B2B avec la plateforme d’e-réputation Webradar, les deals avec Bigdeal.tn, les petites annonces avec Tunisie-Annonce.com, le voyage avec Cyberesa, la billeterie avec Tiklik ou encore les jeux vidéo avec Digital Mania.

Comment en sont-elles arrivées là ?

S'armer de patience 

Sami Tounsi a lancé MonResto.tn en 2010. La plateforme met en relation utilisateurs et restaurateurs et se rémunère en prélevant une commission sur chaque transaction. 

« On a ramé pendant 5 ans sans être rentable » explique t-il sans honte.

Pendant quatre ans, prudente face à la situation du pays, l’équipe gère toute la logistique manuellement, armée de téléphones et ne peut pas prendre plus de commandes. En 2014, la startup lance sa nouvelle plateforme automatisée. Tout devient possible. Sami Tounsi commence donc à communiquer sur le projet. Un an plus tard, le nombre de commandes a doublé et le service est enfin rentable.

A quelques exceptions prêtes, toutes les startups désormais rentables sont passées par deux à quatre années molles qu'ils ont utlisé pour trouver le bon modèle de monétisation ou convaincre leurs clients de leur faire confiance.

Être économe

Autre point commun : pour tous ces entrepreneurs, la clé de la rentabilité est la maitrise des coûts. 

« On réduisait nos charges au minimum » se rappelle Sami Tounsi. Pour dépenser moins, il choisit de sous-traiter la livraison et d'éviter toutes dépenses inutiles.

Quand on a un budget restreint, il faut souvent travailler pour quatre et être prêt à mettre sa vie sur pause.

« Nous avons dû fonctionner avec une équipe réduite de  4 à 5 personnes pendant la première année de commercialisation pour réduire nos charges, témoigne Jazem Halioui de Webradar. Décrocher des contrats à l’international nous a permis de souffler un peu et de commencer à agrandir l’équipe. »

Mais une fois les coûts contrôlés, le modèle trouvé et les process en place, il s’agit d’augmenter les entrées d’argent.

Faire du chiffre

« Nous avions d'importantes charges […] et nous ne pouvions pas les couvrir, se rappelle Ahmed Benaïssa. Il était évident que seulement une augmentation du volume des achats allait permettre une éventuelle rentabilité que nous souhaitions. »

En 2014, Ahmed Benaïssa lança Tiklik, une billetterie en ligne qui se rémunèrent en prélevant une commission sur chaque achat de billet en ligne. 

Il lui fallu attendre 6 mois pour signer leur premier contrat avec une organisateur d'évènement. Mais une fois les premiers évènements organisés tout s’accélère.  

Lui qui avait choisi, comme Sami Tounsi, de garder son emploi et de recruter une équipe, fait le choix de démissionner, de reprendre les commandes de l’entreprise et de changer le discours et la stratégie. En trois mois, l’équipe passe de 80 évènements par mois à un peu plus de 1 000 évènements. Dès lors, moins de deux ans après le lancement, Tiklik devient rentable.

Aujourd'hui, la majorité des acteurs web rentables que nous avons rencontrés, MonResto.tn, ilBoursa, Bigdeal.tn, Cybereresa, sont numéro 1 sur leur secteur en Tunisie.

Se tourner vers l'international 

La Tunisie est un petit pays. Si ce marché a suffit à la majorité des entrepreneurs interrogés pour devenir rentables. Il leur a néanmoins fallu se tourner vers l'étranger pour tirer des résultats pertinents.

C'est le cas pour Cyberesa et Webradar.

« En Tunisie, on pourrait [être rentable] mais on allait souffrir » estime Wassim Ghliss, le manager de Cyberesa, le fournisseur de technologies de la plateforme de réservation de séjours Traveltodo. Lancée en 2002 en tant que projet parallèle, elle deviendra rentable en 2006 grâce à un double modèle de monétisation. Elle prélève une commission sur chaque réservation B2C et propose aussi des services aux entreprises à travers la vente de licences et la maintenance de ses logiciels. 

Aujourd’hui, le leader tunisien fait 65% de ses revenus  à l'étranger. Ils sont installés au Maroc et ont des clients en Algérie, Libye, Malte, Égypte, Arabie Saoudite et Jordanie.  

Trouver des sources de financement temporaires

En attendant de pouvoir monter en puissance, les entrepreneurs doivent être, parfois, prêts à développer des projets parallèles.

Ismail Ben Sassi savait quand il a lancé  ilBoursa en 2014 qu’il lui faudrait un an pour attendre une audience suffisante pour attirer des annonceurs. La première année, il a donc développé un jeu permettant aux internautes de s’entrainer avec de l’argent fictif qu’il a vendu à la Bourse de Tunis et lui a permit de devenir rentable.

« [Une entreprise naissante] doit au début s’assurer des rentrées d’argent » estime Amine Chouaib qui a lancé son entreprise spécialisée dans les objets connectés, Chifco, en 2010. Pour survivre les premières années, l'entreprise dû trouver d'autres sources de financement, comme le conseil. L’entreprise est passée au vert en 2015 grâce à la vente de ses produits et des services liés à ses produits à des entreprises partenaires.

Commencer par des projets moins complexes a l’avantage de « montrer sa capacité à livrer […], créer une dynamique positive et d’attirer des prospects sur les produits majeurs » continue t-il.

Trouver sa niche

Ces acteurs ont un autre point commun : ils sont sur un créneau unique et offrent de la valeur à leurs clients.

Pour Ahmed Benaïssa de Tiklik, la vraie raison de leur réussite c’est leur efficacité.

« C’était tout simple, les concurrents de nos clients, ont constaté que ça marchait bien et que le taux de fréquentation de leurs établissements avait augmenté. Ceci les a convaincus à faire appel à nos services » explique t-il.

Et c’est encore plus vrai lorsque l’on est sur un marché vierge. 

« On est positionné sur une niche où il n’y avait pas de réel concurrent » explique Ismail Ben Sassi.

En Tunisie, tout est à faire. Si un entrepreneur trouve une niche et apporte un service de qualité, il peut aller loin, estime t-il.

C’est finalement peut-être ça l’ingrédient le plus important : satisfaire ces clients.

Cet article a été modifié le 4 février pour refléter du poste de Wassim Ghliss au sein de Cyberesa.

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires