4 potentiels challengers tunisiens de Western Union


Plusieurs Tunisiens veulent aider la diaspora à aider leurs pays d'origine ? (image via Shutterstock)

Loin des yeux, loin des cœurs ? Les membres de la diaspora africaine vous assureront que non. En revanche, la distance rend parfois leur relation avec leur pays d’origine compliquée, surtout quand il s’agit d’aider financièrement. 

En 2014, 30 millions d'africains de la diaspora ont envoyé de l’argent dans leur continent d’origine d’après la Banque Mondiale. Les 60 milliards de dollars envoyés l’ont été essentiellement en liquide à des proches en utilisant des services comme Western Union ou Money Gram qui prennent des commissions s’élevant en moyenne à 12,4% du montant total. A ce problème de coût s’ajoute celui de la transparence puisque les membres de la diaspora ne peuvent pas vérifier comment leur argent est utilisé.

Certains membres de la diaspora souhaitent aussi aider leur pays à se développer en soutenant des initiatives associatives, culturelles ou économique. Mais beaucoup hésitent à donner, encore une fois pour une raison de transparence. Compte-tenu de l’omniprésence de la corruption en Afrique, il est difficile de s’assurer que son argent ne va pas atterrir dans les mauvaises poches et atteindre son destinataire final. 

Au lendemain de la révolution tunisien, plusieurs Tunisiens en ont eu marre de ne pas savoir comment aider leurs proches et leur pays et ont planché sur leurs propres solutions.

Payer les biens de ses proches directement

Duopole, nombre élevé d’intermédiaires, abus des intermédiaires financiers, de nombreuses raisons expliquent les taux élevés pratiqués par les services de cash-to-cash comme Western Union. Il faut donc revoir le modèle, estime Ghazi Ketata, le fondateur de Link & Pay.

«  Notre but c’est de baisser ces taux-là pour injecter plus d’argent dans l’économie africaine » explique t-il. Selon la Banque mondiale, baisser le coût des transferts à 5% pourrait en effet faire économiser quatre milliards de dollars à la diaspora africaine. 

Le Tunisien de 29 ans a passé les dix dernières années de sa vie en France. Fin 2014 il rejoint le Founders Institute de Paris pour travailler sur le marché de la diaspora. Début 2015, il lance Link & Pay avec un associé technique.

Ce service permet aux Africains à l’étranger de payer directement les achats de leurs proches en Afrique. Ces derniers achètent ce dont ils ont besoin dans des points de ventes partenaires. Leurs correspondants à l’étranger reçoivent une demande qu’ils paieront par carte de crédit sur leur smartphone ou en ligne.

« Le besoin n’émane pas de la personne à l’étranger mais vraiment de la personne en Afrique » continue l’entrepreneur qui vit désormais entre Paris et Tunis pour pouvoir travailler à la fois sur le marketing auprès de la diaspora et les partenariats en Tunis.

La startup a déjà noué des partenariats avec des hypermarchés et des grandes chaines d’électroménager, ceux-ci étant plus habitués aux nouvelles technologies que les petits commerçants estime Ghazi Ketata. Il compte séduire ces derniers dans un second temps.

Le service sera lancé début avril en Tunisie puis progressivement dans le reste du continent. Le consommateur sera facturé 5% de l’achat et le payeur 3% dégressif.

Il y a six mois, Omar Yaacoubi et Majid Bibi, deux Tunisiens ayant étudié aux Etats-Unis, ont lancé TanitCash, un service à l’objectif similaire mais aux modalités différentes.

Les membres de la diaspora envoient de l’argent en ligne à leurs proches en Tunisie qui le recevront sur leur compte virtuel Tanitcash. Ils pourront alors effectuer des achats chez des commerçants partenaires en Tunisie en envoyant un sms. Les commerçants accepteront le paiement sur la tablette fournie par Tanitcash et recevront un virement de Tanitcash en fin de semaine. Les frais de virement sont fixés à 3% et ne peuvent dépasser 20€.

Pour l’instant, le service est disponible auprès de 60 magasins, essentiellement des petits commerçants, des pharmacies, des magasins généraux et des supérettes, dans plusieurs zones à fort potentiel. 

Selon Omar Yaacoubi, le service a déjà permis d’envoyer deux millions d’euros entre 2500 utilisateurs. Pour recruter plus d’utilisateurs, l’entrepreneur compte sur un réseau d’évangélisateurs vivant à Paris, Lyon et Marseille et qui se rémunèrent à chaque fois qu’ils convainquent un nouveau Tunisien de rejoindre le service. Le service devrait être étendu au Maghreb en 2017 puis dans les autres pays du continent.

Aider des projets à voir le jour

Après la révolution, Thameur Hemdane, un Tunisien de France, voulait lui aider aider à financer la vie culturelle sociale et économique de son pays et s’intéresse au crowdfunding.

Il y a un an, il lance CoFundy, une plateforme de financement participatif de projets au Maghreb. Les membres de la diaspora peuvent donner de l’argent à un projet qui leur plait. Si le projet a atteint son objectif de financement, il recevra le montant total. Pas d’intermédiaire, l’argent va directement aux porteurs de projets.

Lancé il y a un an, la plateforme a permis de financer sept projets pour un total de 30 000€. Il s’agit essentiellement de projets associatifs qui ont des petits besoins. Cofundy prélève une commission de 2% sur chaque projet financé.

« Le but ce n’était pas de gagner de l’argent, c’était de se lancer dans le crowdfunding afin de passer à quelque chose de plus grand. » explique Amina Nasri, cofondatrice d'Afrikwity.

Participer à la création d’entreprises prometteuses

« On a ressenti qu’il y avait un besoin de donner plus, et aussi un besoin chez les startups de plus d’argent donc on s’est dit qu’on allait créer une deuxième plateforme dédié à l’investissement » continue Amina Nasri.

Fin mars, ils lanceront donc la beta Afrikwity, une plateforme de « crowd-equity ». Les membres de la diaspora pourront ainsi deviennent investisseurs de projets en Afrique. Pour des raisons de sécurité financière, le service n’est pour l’instant accessible qu’aux résidents français mais cela devrait changer dans le futur.

Afrikwity se charge d’effectuer les due diligences, de sélectionner les projets et de réunir les nouveaux petits actionnaires au sein d’une holding. La startup ne rentrera pas dans le capital dans l’entreprise mais se rémunèrera sur la gestion de la holding.

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