La diaspora tunisienne tire l’écosystème startup vers le haut


Des Tunisiens de l’étranger rentrent au pays convaincus du potentiel des startups  (Photo via Fotolia)

« Le rôle de la diaspora est encore un rôle largement passif et son rôle dans le développement de l’économie tunisienne est encore timide et décevant » estimait Hassine Labaied, cofondateur de Saphon Energy dans une tribune publiée par Wamda en 2014.

Presque deux ans plus tard, les choses ont bien changé, de nombreuses initiatives et startups ont été fondées par la diaspora.

La diaspora façonne l’écosystème

L’omniprésente paperasserie, le manque de ressources et de cadre légal adéquate sont vus par la diaspora active comme des opportunités d’amélioration plutôt que comme des blocages.

« L’énergie et l’instoppable volonté de la communauté entrepreneuriale en dépit des difficultés a attiré mon attention » explique Fatène Ben Hamza, COO de l'espace de coworking Cogite. C’est une des raisons pour lesquelles elle est rentrée en Tunisie pour la première fois en 2009.

15 ans après avoir quitté Kelibia pour poursuivre ses études à l’étranger, Rym Baouendi était elle aussi de retour en Tunisie pour créer des opportunités pour la jeunesse tunisienne.

Convaincue par l’entrepreneuriat à fort impact, elle co-créa l’espace de coworking Cogite avec Housseim Aoudi et Zied Mhirsi. Le petit local de 80 m2 se transforma en villa avec piscine et joue désormais le rôle de hub startup du pays.

Aujourd’hui, elle est aussi le program advisor de la Fondation BIAT, aidant la banque à développer son programme entrepreneurial et développe CITY//CHANGEMAKER, une plateforme d’innovation urbaine régionale.  

Des opportunités d’investissement

D’autres membres de la diaspora ont choisi de développer les opportunités d’investissement.

Mohamed  Maalouche a créé, après la révolution, l’association TAYP (Tunisian American Young Professionals) au côté de neuf cofondateurs.  Ils ont pour ambition « d’encourager les investisseurs américains à considérer la Tunisie comme une destination d’investissement potentiel ».

TAYP a aussi créé RISE, un programme de mentorat « qui positionne la diaspora comme une force de vente pour les entrepreneurs tunisiens au stade de pré-croissance » explique Maalouche.

Des startups innovantes

Des membres de la diaspora en France, aux Etats-Unis et au Canada ont, eux, choisi de rentrer pour investir et créer des startups.  

Dans la Fintech, Ismail Ben Sassi a créé ilBoursa.com, le premier portail dédié à la bourse, et Karim Jouini Expensya, une appli de suivi de notes de frais pour le marché européen.

Dans les énergies renouvelables, Hassine Labaied a créé Saphon Energy, une entreprise développant la Saphonienne, une éolienne dépourvue de pales et de mouvement rotatif au côté de Anis Aouini.

La diaspora est à l’origine de nombreuses autres startups comme Fabulous, une appli qui aide ses utilisateurs à mettre en place des rituels sains en se basant sur la science ou Diginium Graphics, un studio de développement d'applications mobiles.

Retour aux originies 

Une des points communs de cette diaspora active est son amour inconditionnel pour la Tunisie.

« Mon grand amour c’est la Tunisie » explique Rym Baouendi avec un sens du patriotisme à donner des frissons.

« Je le fais parce que c’est mon devoir de donner aux gens de la Tunisie » explique Sami Ben Romdhane, serial entrepreneur, technical fellow at Ebay et mentor de startups tunisiennes.

Ce groupe de passionnés ont fait le choix de risquer leur vie confortable, convaincus qu’ils peuvent changer les choses.

« La Tunisie m’a donné sans rien demander en retour. Je pense que investir en Tunisie, c’est ma façon de rendre la faveur » ajoute Maher Hanafi de Diginium Graphics.

Transmettre son savoir et investir

Pour Karim Jou d’Expensya, la diaspora peut aider l’écosystème en apportant leur savoir-faire et leur réseau international qui pourront aider les startups à se développer et lever de l’argent, un avis partagé par les autres entrepreneurs interrogés pour cet article.

Il y a plusieurs façons pour la diaspora tunisienne d’aider l’écosystème estime Mohamed  Maalouche de TAYP : promouvoir la Tunisie, offrir des formations, du mentorat ou encore s’impliquer dans le bénévolat.  

Mais un impact durable et mesurable ne peut se faire sans structure.

« Il y a besoin de mesures incitatives pour encourager la diaspora à investir ses économies en Tunisie (et pas seulement à envoyer de l’argent à leur famille) » explique Mohamed Maalouche.

Sami Ben Romdhane a été récemment nommé ambassadeur du programme Smart Tunisia dans la Silicon Valley et prévoit d’organiser les efforts de la diaspora à travers les Etats-Unis et d’utiliser les dernières technologies disponibles pour planifier, prioriser, focaliser et exécuter de façon unifier.

Tous les entrepreneurs interrogés pour cet article semblent s’accorder sur un point : les choses ont définitivement évolué ces deux dernières années mais il reste encore beaucoup à faire. Pour voir un impact réel et signifiant de la part de la diaspora, les entrepreneurs ne devront pas compter sur le gouvernement. Seul des efforts organisés et structurés de la part de la diaspora pourront mener à de vrais résultats

Note : cet article a été traduit de l’anglais.

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires