Techfugees, à la recherche de solutions pour aider les réfugiés


A Techfugees, entrepreneurs, réfugiés et acteurs de la vie associative s'allient pour trouver des solutions à la crise des migrants (photos via Wamda)

La crise des migrants en Europe a réveillé de nombreuses consciences. 

Et si la technologie pouvait améliorer la vie des migrants et des demandeurs d’asile ?

C’est la question que se sont posés des technoptimistes européens.

Plus de 150 personnes se sont retrouvé à Paris du 12 au 13 mars pour développer des solutions technologiques qui permettront d’aider les réfugiés dans leur parcours vers l’intégration.

Ce hackathon organisé dans l’école de code Le Wagon a été organisé sous la houlette de TechFugees. Le groupe Facebook lancé par Mike Butcher, le rédacteur Europe de TechCrunch, en septembre 2015 a connu tant de succès depuis sa création que TechFugees est maintenant une association à but non-lucratif qui a organisé plusieurs évènements de Londres à Sydney en passant par New York dont trois hackathons.

« Chez Techfugees, on est persuadé que la technologie peut apporter une puissance considérable car elle se déploie à grande échelle et que le problème que nous rencontrons à l’heure actuelle concerne un volume énorme de personnes, en croissance constante, ayant besoin des mêmes choses : accès à l’éducation, à l’information etc » explique Joséphine Goube de TechFugees.

Si c’était la première édition de TechFugees en France, ce n’était pas la première initiative du genre dans le pays. Singa, une association qui travaille à l’intégration des demandeurs d’asile et réfugiés et coorganisateur de l’événement, avait déjà organisé un hackathon l’an dernier qui comptait deux fois moins de personnes ! Pour Guillaume Capelle, cofondateur de Singa, c'est un signe que la médiatisation porte ses fruits.

Quatre lauréats 

Au cours du weekend, 11 projets ont été développés, allant du média en ligne à destination des réfugiés à la récolte alimentaire intelligente.

Le jury, composé entre autres de représentants de Google, du Numa ou encore des Nations-Unis, a récompensé quatre projets.

Deux projets ont remporté la troisième place ex-aequo. Refugenious veut créer une plateforme de matching entre réfugiés et employeurs. All Around propose une plateforme permettant aux réfugiés de localiser des ressources et de poser des questions.

En deuxième place, E-migreats a développé un portail communautaire d’échange de services entre réfugiés.

Textfugees a remporté la première place avec un outil permettant aux associations de diffuser automatiquement des SMS à destination des réfugiés. Le groupe bénéficiera d’un accompagnement au sein de Singa et se rendra à l’événement qui réunira tous les gagnants des hackathons.


L'UNHCR présente son labo d'innovation

Rencontre des profils, émulsion d’idées

Si la majorité projets resteront au stade du prototypes, il y a fort à penser que certains verront le jour.

SMS Up est un projet qui a été développé par Urban Refugees lors du premier hackathon TechFugees qui a eu lieu à Londres. Ce service permet aux associations d’envoyer des messages urgents par SMS aux réfugiés.  Fort de son expérience, Urban Refugees a récemment lancé une campagne de crowdfunding pour accompagner les associations qui accompagnent les réfugiés vivant hors des camps, en Asie, Amérique du Sud et Afrique.

Pour autant, l’intérêt de ce genre d’événement va bien au delà du prototypage. Techfugees a réussi à réunir des développeurs, des membres du secteur associatif, des journalistes spécialisés sur la thématique, des employés gouvernementaux et des réfugiés.

Les participants ont aussi reçu l’accompagnement d’un nombre impressionnants de membres de la communauté startups et d’organisations dédiées aux réfugiés, telles que l’UNHCR qui était là pour aider et repérer des projets.

Autant de personnes qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer.

« C'est tellement rare d'avoir toutes les parties prenantes d'un problème, ensemble, motivées, autour d'une table. Pourtant, on le voit bien, encore plus sur cette crise, co-construire est le seul moyen de bâtir des solutions innovantes qui font bouger les lignes » a ainsi expliqué Abdessamad Idzina, chef de projet digital chez S'team Management.

Donner une seconde chance aux réfugiés à travers le monde

Contrairement aux idées reçues, les Syriens ne représentent qu’une partie des réfugiés qui viennent chercher l’asile en Europe et en France. Les Afghans, Somaliens, Irakiens, Soudanais, Erythréens, Pakistanais forment le gros des contingents.

Très peu de réfugiés fraichement arrivés parlent français. Certains parlent anglais mais la grande majorité ne parle que leur langue d’origine, l’arabe mais aussi le dari, le tigrina, l’ourdou. Lors du weekend, les porteurs de projets ont presque tous déployé leur solution en français, anglais et arabe. Mais cela n’est pas suffisant et plusieurs équipes ont choisi de développer des solutions permettant d’aider les migrants à comprendre et se faire comprendre.

Si les Syriens sont connus pour être connectés à travers leur smartphone, ce n’est pas le cas des réfugiés venant d’Afrique par example. De nombreux porteurs de projets ont donc choisi de développer des solutions par SMS plutôt que de développer des applications ou sites internet.

Mettre en avant l’intégration des réfugiés

Tout au long du weekend, des réfugiés ou demandeurs d’asile ont été invité pour parler de leurs défis mais aussi pour montrer les bénéfices de l’inclusion des réfugiés.

Le premier jour, la pause déjeuner a permis de donner la parole à Carlos Arbelaez, président de Singa, qui a raconté son parcours du combattant à son arrivée en France après avoir fui la Colombie.


Khaled, réfugié syrien, enseigne l'art du fattoush aux organisateurs

Le second jour, c’est le traiteur qui a attiré l’attention des participants. Les Cuistots Migrateurs est un nouveau traiteur qui propose des cuisines du monde mitonnées à Paris par des personnes réfugiées. Dimanche, Sriyani et Khaled ont régalé les participants de avec quatre mezze syriens et autant de currys sri-lankais.

Mortaza Jami, lui, avait lance un service de e-commerce en Afghanistan, ce qui n’a pas plus au gouvernement. Réfugié en France, il est désormais un auteur publié.

D’autres demandeurs d’asile espèrent bien arriver au même succès. Une demi-dizaine de réfugiés ont pris part à l’événement. Ils participent à la première édition de Refugeeks, une formation pour apprendre à créer des sites et des applications web, portée par l’école de code Simplon et Singa, et espèrent bien pouvoir trouver un emploi en tant que développeurs une fois leurs papiers obtenus.

De nombreux autres hackathons sont prévus dans les prochains mois y compris loin des grandes capitales et près des réfugiés comme à Lesbos ou dans les Balkans.

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