Alto Solution, développer du hardware dans le solaire et l’énergie


Alto Solution développe des innovations dans l'énergie et l'eau à destination des industriels. (Image via Alto Solution)

Mise à jour 05/05/16 : cet article a été modifié pour corriger l'épellation de « Alto Solution » et les activités de Alto Energie.

« Rééquilibrer le monde » et « s’inscrire dans la continuité de l’humanité » voici la mission ambitieuse de Mehdi Berrada.

« L’eau, c’est la vie. L’énergie, c’est le développement. C’est donc sur ces deux points que j’ai voulu travailler » explique le spécialiste marocain du solaire et de la désalinisation.

En 2012 après un cursus universitaire et des expériences professionnelles en Europe, il retourne au Maroc pour développer des solutions d’innovations frugales, comprenez des technologies plus performantes à moindre coût. Sa société Alto Solution développe aujourd'hui plusieurs projets hautement technologiques et propose ses services de conseil.

Créer des solutions technologiques B2B n’est pas simple, ne cache pas Mehdi Berrada, mais il existe toujours des solutions. 

Prototyper dans l’industriel, un sacré défi

Produire un prototype est difficile dans n'importe quel secteur, mais dans la machinerie industrielle cela l'est un peu plus que dans d'autres secteurs.

On ne peut pas juste descendre dans la rue et poser quelques questions à des passants, explique t-il. « Pour avoir des feedbacks clients c’est beaucoup plus compliqué. »

Impossible aussi de proposer un MVP, il faut que le produit soit fini pour convaincre des industriels très exigents, ajoute t-il. « Les industriels connaissent hyper bien leurs technologies et leur process. Ils savent que ce n’est pas simple, qu’il faut vraiment faire leur preuves» explique t-il. 

Trouver des clients (ou des testeurs) est un exercice compliqué. « On a besoin d’avoir des contacts industriels [or, ce] sont des personnes assez fermées en règle générale » explique t-il. 

Développer les solutions, les produire, les vendre, tout cela prend du temps et coûte de l’argent, et les solutions de financement sont rares, surtout au Maroc.

Multiplier les sources de financement

Quand Mehdi Berrada a créé Alto Solution, il avait une mission et plein d’idées mais pas de plan concret.

« J’ai sélectionné le gros projet qui me semblait le plus prometteur et qui nous permettrait de gagner le plus d’argent, ce qui nous permettrait de développer d’autres innovations par la suite » explique t-il.

Il choisit de développer son invention HIP, pour High Pressure for Desalination, une innovation qui permet de simplifier le fonctionnement des usines de dessalement en substituant certains équipements par un une seule structure monobloc autoportante, en photo à droite. Resta à financer le projet.

Le crowdfunding n’était pas accessible car les gens ne comprennent pas et ne s’intéressent pas aux solutions B2B explique l’entrepreneur, il fallu donc se tourner vers les business angels, les fonds d’investissement et les fonds étatiques, rares au Maroc.

Il ne trouva rien à part Intilak qui lui promit un million de dirhams (un peu plus de 100 000 USD), ce qui couvre à peine les frais de construction de la première unité de pilote. Il lui faudra 30 mois pour toucher la première phase du financement en août 2015.

En attendant de toucher ses fonds et afin de couvrir les autres pôles de dépenses, comme le dépôt des brevets, il lanca une activité de conseil et vente de panneaux solaires qu’il appelle Alto Energie.

Sous le nom d’Alto Labs, l’entrepreneur réunit ces solutions d’innovation frugale, dans laquelle il développe HIP, ainsi que des projets low-tech (qui nécessitent peu de technologie) à vocation sociale. 

A l’heure actuelle, il commercialise un distillateur d’eau de mer qui permet de produire 5 à 10 litres d’eau potable par jour exclusivement avec de l’énergie solaire, et un système de chauffage d’air pour les écoles et les dispensaires qui fonctionne sur le même principe que les chauffe-eaux solaires.

Bien gérer ses dépenses

Une autre solution pour développer de la R&D sans soutien financier majeur est de bien gérer ses charges.

L’entrepreneur a donc choisi de s’installer à Agadir, la ville de son enfance, excentrée certes mais beaucoup moins chère que Casablanca.

Il a aussi participé à de nombreux programmess pour obtenir du matériel et de l’aide.

Ayant été séléctionné pour un programme de l’Institut Technologique des Canaries, il a disposé pendant deux ans de deux stagiaires pendant trois mois gratuitement. Grâce à une collaboration avec le Cluster Solaire, une organisation qui soutient l’innovation solaire au Maroc, Alto a accueilli un étudiant en projet de fin d’étude gratuitement.

Alto a aussi bénéficié d'un programme de l'université locale Universiapolis. Alto Solution forme un de leurs stagiaires pendant six mois et dispose des infrastructures et équipements dont ils ont besoin pour développer un prototype.

Aujourd’hui, l’entreprise peut aussi compter sur le soutien d’un business angel et est en discussions avec quelques organismes et investisseurs particuliers pour financer Alto Labs et quelques industriels étrangers pour co-développer certaines innovations.

Savoir s’entourer

Mehdi Berrada n’est pas quelqu’un que vous verrait beaucoup à des évènements.

« Au début allait beaucoup aux évènements, on participaut à  des compétitions mais on repartait frustrés parce qu’on se faisait passer devant par des applications et des sites internet » se rappelle t-il.

Les compétitions de startups pour le B2B et les projets à forte densité capitaliste, il n’y croit pas et pourtant c’est en participant à des évènements qu’il a pu monter son équipe.

Lors d’un séminaire, il rencontre Mauro Pedretti, membre de l'Académie Suisse des Sciences et riche d'une expérience de plus de 40 ans dans le domaine de la construction et de la conception mécanique. Son CV est aussi long que prestigieux. « C’est vraiment une grosse tête » résume Mehdi Berrada.

« Il a réussi sa vie, plusieurs fois » explique l’entrepreneur pour expliquer la présence de l’ingénieur. « Maintenant il veut de nouveaux challenges, sortir de nouvelles technologies »

Si le pacte d’associé n’a pas encore associé, Mauro supervise déjà plusieurs ingénieurs.

C’est encore à un événement technologique qu’il rencontre Samir Elamrani, un avocat à de la Silicon Valley qui le conseille sur le dépôt des brevets et la stratégie du développement d’une startup. 

En maitrisant ses coûts, en choisissant avec précaution les évènements auxquelles il assiste et en inspirant confiance à des experts, Mehdi Berrada pourrait bientôt réussir à faire d’Alto Labs un des noms de la CleanTech arabe à ne pas manquer.

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