Les conseils de Taher Alami pour développer son entreprise en Afrique

L'équipe de Casapplanca cartonne en Egypte et au Nigéria
L'équipe de Casapplanca cartonne en Egypte et au Nigéria (photo via Casapplanca)

Taher Alami est  souvent considéré comme le parrain de l’écosystème web marocain. Pourtant, depuis quelques années, il se fait de plus en plus rare au Maroc. C’est à Dubaï ou dans des pays africains qu’on a le plus de chance de le croiser.

Taher est un serial entrepreneur dont les entreprises opèrent dans l’innovation et le web. Les deux entreprises auxquelles il dédie le plus de temps, AbWeb et Casapplanca, rencontrent un beau succès hors du Maroc, en Afrique.

Selon lui, les startups marocaines feraient bien d’en faire autant.

Succès de Taher en Afrique

Casapplanca est une structure qui développe des solutions en SaaS comme EmailDude, un concurrent de MailChimp qui a récemment été accéléré par BlackBox.

Pour acquérir des clients, l’équipe de Casapplanca a misé sur les AdWords ciblés en fonction des profiles et non de la localisation. Deux ans après sa création, c’est un produit qui marche bien un peu partout dans le monde et surtout en Egypte et au Nigéria. Taher offre plusieurs hypothèses pour expliquer ce succès. 

Au Nigéria, les web entrepreneurs souffrent de vivre dans un pays connu pour ses spammers, les fameux brouteurs, explique t-il. « Les grandes entreprises n’ont pas envie de cibler ces gens-là. […] [Les entrepreneurs nigériens] ont du mal à trouver un fournisseur qui leur fasse confiance » détaille t-il.

Sa deuxième explication est démographique. Le Nigéria c’est 186 millions d’habitants et une population internet de 93 millions de personnes. Il y a donc naturellement plus de clients potentiels, d’autant que peu d’entreprises s’intéressent à ce marché. Les grandes entreprises perçoivent, à tort, le marché comme petit ou estiment que les habitants n’auront pas les moyens d’acheter, déplorent l’entrepreneur marocain.

« Une troisième hypothèse, c’est qu’ils ont aimé les couleurs ou le look d’EmailDude » explique t-il en rigolant.

Taher Alami travaille aussi sur AbWeb, une agence web qui accompagne les multinationales qui ont des intérêts en Afrique sans pour autant y être présents. Ils s’occupent par exemple de la e-réputation et de la communication pour Sony Mobile dans tous les pays d’Afrique et du Moyen-Orient où ils n’ont pas de bureaux.

La stratégie de croissance est forcement différente de celle de Casapplanca. Pas de publicité en ligne mais une approche directe. L’agence s’implante dans des nouveaux pays au grès des besoins de ces clients.

« A chaque fois qu’un client a besoin de nous dans un nouveau pays, on va dans ce pays, éventuellement on recrute des ressources locales » explique t-il.

Les défis de l’Afrique

« Plus de startups marocaines devraient s’intéresser à l’Afrique et, en règle générale, à un marché plus grand que celui qu’elles visent aujourd’hui » estime t-il.

Le Maroc compte 35 millions d’habitants, dont seulement 20 sont connectés à internet, et parmi ceux-ci une grande partie est  analphabète et/ou a un problème de confiance, constate t-il.

« [Les Marocains] n’achèteront jamais en ligne, et pire encore ils n’achèteront jamais à un Marocain. C’est comme ça, explique t-il. Juste un peu plus loin, en Egypte, il y a 30 millions d’internautes et au Nigéria 93 millions. avec des marchés e-commerce beaucoup plus matures »

Bien sûr, il y a d’autres marchés aussi gros et intéressants mais les besoins ne sont pas forcement les mêmes. « Il est plus facile d’aller au Nigéria que d’aller en France, estime t-il. C’est une question de compétition. Les grandes puissances n’ont pas besoin d’une entreprise marocaine. »

Taher Alami entouré de ses accolytes tunisien et algérien, Nassim Lounès et Mohamed Ali Elloumi (image via Mohamed Ali Elloumi)
Taher Alami entouré de ses accolytes tunisien et algérien, Nassim Lounès et Mohamed Ali Elloumi (image via Mohamed Ali Elloumi)

Mais ces opportunités se méritent, les obstacles ne manquent pas.

« Le premier défi c’est la circulation des personnes » déplore t-il. Les Marocains doivent en effet demander un visa pour aller dans un grand nombre de pays et débourser une petite fortune en billets d’avion.

A cela s’ajoute les problèmes de paiements et de corruption. « En Afrique le délai de paiement n’est jamais respecté et peut s’étaler sur plusieurs années, constate t-il. Nous avons choisi de concentrer nos efforts sur les multinationales qui ont des intérêts en Afrique mais qui n’y sont pas présentes et qui vont opérer selon des normes européennes ou américaines. »

Les avantages des Marocains

Les Marocains ont aussi des facilités en Afrique. Ils parlent la même langue qu’une grande partie des Africains, partagent une identité africaine et ont un savoir-faire reconnu, estime Taher Alami. 

De plus, les entreprises marocaines souhaitant se développer en Afrique bénéficient à l’heure actuelle du soutien de leur gouvernement.

Quand le roi fait la mention d’un secteur, beaucoup de choses suivent, explique le sérial entrepreneur : un budget dédié la promotion du secteur au niveau national et international, des directives pour faciliter l’exercice dans ce domaine, et bien plus. C’est ce qui s’est passé pour le développement des activités marocaines en Afrique.

« Il y a eu énormément de missions économiques en Afrique, dont j’ai eu le plaisir de faire partie. Quand sa majesté ouvre les portes de l’Afrique en y allant et qu’on suit ses pas, c’est magnifique comment les portes s’ouvrent. Les gens sont beaucoup plus à l’écoute de ce que nous avons à proposer car tous les médias locaux sont déjà en train de parler des avantages du Maroc. »

C’est donc le moment idéal pour se lancer en Afrique !

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires