La Tunisie et les filles, les deux vrais gagnants de la Microsoft Imagine Cup

Imagine Cup
Deux équipes tunisiennes et une bahreïni représenteront la région MENA à la finale internationale à Seattle. (Images via Eduard Cousin)

Malak Baghdadi ne peut retenir ses larmes.

Elle vient de quitter la cérémonie de clôture de la finale panarabe de l’Imagine Cup organisée par Microsoft dimanche dernier à l’Université américaine du Caire et son produit n’a pas remporté de prix.

Au même moment, les lauréats, rayonnant, sont entourés de journalistes et de participants devenus photographes amateurs pour l’occasion ; ceux qui sont repartis bredouilles sont assis en silence et réfléchissent à ce qui n’a pas fonctionné, d’autres se hâtent vers les bus.

Tous rêvaient de représenter le monde arabe lors de la finale internationale de ce concours technologique étudiant à Seattle en juillet.

Malak Baghdadi a développé un jeu vidéo didactique mettant en scène des sites historiques et archéologiques situés dans et autour de la ville palestinienne de Nablus, sa ville natale.

« Il n’y a rien après » explique t-elle quand on lui demande ses plans futurs. Elle n’a pas encore réalisé que les mots qu’elle avait prononcés un peu plus tôt lors d’un événement en marge sur le leadership au féminin avaient encouragé des douzaines de jeunes femmes à réaliser leurs rêves. Un accomplissement qui vaut probablement plus qu’un prix.

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Malak Baghdadi partage son expérience et incite les jeunes femmes à poursuivre leurs rêves.

Les Tunisiens et Algériens s’imposent

La finale panarabe a eu lieu du 27 au 29 mai. 38 équipes venant des quatre coins du monde arabe y ont pris part. Les équipes comptaient chacune deux à quatre lycéens et/ou étudiants et s’étaient précédemment illustrées lors des compétitions nationales.

Les équipes concourant dans la catégorie Innovation pouvaient remporter 4 000$, celles dans la catégorie World Citizenship (Citoyen du monde en français) 2 500$ et celles dans la catégorie Game (Jeux vidéo en français)  1 500$.

Les pays arabes étaient tous représentés à l’exception des pays en guerre - Syrie, Iraq, Yémen et Libye. Plusieurs équipes du Golfe comptaient des participants d’autres pays : une équipe des Emirats étaient ainsi constituée de deux Syriens et deux Jordaniens vivant à Dubaï.

L’équipe tunisienne Night’s Watch a remporté la catégorie World Citizenship avec Smart Hand : une main prosthétique pour les personnes ayant perdu un membre. La seconde et trosième places sont allées à SmartInaf d’Algérie et Vditory d’Egypte respectivement.


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Un membre prosthétique gagne le prix citoyen. (Image via Microsoft)

Le gagnant de la catégorie Games était un jeu d’horreur, Apollo-X, par l’équipe Bahreïni Vanguards. Ils utilisent la réalité virtuelle et la biotechnologie pour adapter le jeu aux battements de cœur du joueur, le forçant ainsi à contrôler ses émotions. La seconde place a été remportée par l’équipe saoudienne The Lost Methods et la troisième à l’équipe algérienne Xerise.

C’est l’équipe tunisienne Basilisk qui remporta la catégorie la plus prestigieuse, Innovation, avec le projet Protect Me. Ils ont conçu un coussinet à placer sous le pied qui détecte les déviations de la pression sanguine chez les patients souffrant de diabète. L’équipe jordanienne Warriors est arrivée en seconde position avec une imprimante intelligente, tandis que que les Libanais de Tutup et leur appli connectant étudiants et tuteurs a remporté la troisième place.

Imagine Cup de Microsoft a été lancée en 2003 pour pousser les étudiants vers les domaines scientifiques tels que l’informatique, l’ingénierie et les TIC.

La motivation du concours a changé avec le temps a expliqué à Wamda le cofondateur et juge de la compétition Amintas Neto à mesure que le manque d’étudiants dans les domaines technologiques s’est résorbé. Aujourd’hui, ils s’intéressent plus au développement des écosystèmes : plus les gens travaillent dans les technologies, plus le potentiel marché de Microsoft s’élargit.

Les femmes sous les projecteurs

L’importance de la participation et du leadership des femmes dans la tech n’a cessé d’être rappelée tout au long de l’événement. 

Trois prix félicitant le leadership féminin ont été remis, pourtant l’événement lui-même illustrait ce problème : seul deux des 16 juges étaient des femmes et seule une femme a pris la parole lors de la cérémonie de clôture.

Cette année, le taux de participation des femmes a atteint 23%. Sur une échelle internationale, c’est assez peu mais étant donné les défis que rencontrent les étudiantes dans la région arabe, c’est un bon signe.

Au Moyen-Orient, il n’est pas rare que les filles ne puissent voyager sans un compagnon, ce qui explique que plusieurs étudiantes soient venues accompagnées d’un parent.

Wijdan Moussa et Raniyah Almalki (à droite, présentant leur idée aux juges), de l’équipe saoudienne OOPVisual, en sont un parfait exemple.

« Ce n’est que quelques jours avant la coupe que nos pères nous ont autorisées à venir » explique Wijdan Moussa.

Les pères ont accompagné leurs filles tout au long de l’événement, prenant, fièrement, des photos lors de leur présentation. Le père de Wijdan, un prof d’informatique lui-même, l’a encouragé à choisir ce chemin, explique t-elle.  

Pour Wijdan, comme pour beaucoup d’autres participantes rencontrées lors de cette finale, il y a des obstacles tels que les stéréotypes et les restrictions au voyage mais « si une femme veut accomplir quelque chose, elle le peut et le fera » estime t-elle.

Pour certaines, travailler dans les TIC permet de combiner le rôle de mère et une carrière en permettant de travailler à la maison.

Sarah Allali, de l’équipe algérienne DzReflection qui a conçu un miroir intelligent, rêve de travailler à temps partiel en tant que développeur de sorte à avoir le temps de s’occuper de sa future famille.

« La technologie n’est pas un truc de garçon »

Nehal Ramadan, une étudiante en informatique de l’Université du Caire, va plus loin.  

Quand on lui demande si le cliché qui veut que la technologie soit un truc de garçons, elle répond farouchement : « C’est complètement faux, la moitié de notre école, ce sont des filles. »

« Nous devons nous débarrasser de l’idée que cela dépend du genre, cela dépend des idées » insiste t-elle.

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Nehal Ramadan, à droite, et son équipe prépare une présentation de leur produit devant les juges

Son équipe de deux femmes et deux hommes a conçu un outil qui automatise les animations en utilisant uniquement une caméra. Quand Alaa Adel, son associée, suggère que les filles tendent à être plus intéressées par les études sociales, « ou la cuisine », Nehal s’agite. « Je n’aime pas cette conversation, nous devons sortir de ça. »

Elle explique avoir été encouragée par son environnement à poursuivre une carrière dans les technologies mais ajoute que ce n’est peut-être pas le cas de toutes les filles en Egypte.

Next

Microsoft a mis en avant l’importance des femmes dans la technologie avec une session de deux heures sur le leadership féminin appelé #MakeWhatsNext (Construire la suite, en français).

L’événement donna la parole à l’entrepreneur Hanan AbdelMeguid, la présidente du Conseil national pour les femmes d’Egypte Maya Morsy, et Hala Soliman, la responsable marketing du fond de travailleurs Bahreïni Tamkeen.

Malak Baghdadi a été choisi parmi les participantes pour prendre part au panel et partager son histoire avec l’audience.

Malek a parlé de « women empowerment », « valeur économique », « innovation » mais c’est ce message aux filles et femmes de la région arabe qui a le plus marqué l’audience : « Voyez-vous comme vous voulez être et continuez de travailler pour y arriver. Quoi que ce soit. »

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