Coup de boost attendu pour les startups tunisiennes avec le lancement de Le15 et Flat6labs

Le15, un immeuble dédié aux startups à Tunis, accueillera l’accélérateur Flat6Labs
Le15, un immeuble dédié aux startups à Tunis, accueillera l’accélérateur Flat6labs. (Image via Flat6labs)

Il y aura un avant et un après.

Flat6labs, le premier accélérateur de la région MENA, a annoncé hier son arrivée en Tunisie. L’accélérateur occupera le deuxième étage de Le15, un hub de startup en plein centre-ville tunisois dont le lancement a été annoncé à la même occasion.

Si ce double lancement est si important, c’est qu’il marque un bond en avant dans la structure et l’ambition du soutien à l’entrepreneuriat dans le pays. 

Changement d’échelle

Le15 sera lancé en septembre au 15 avenue de Carthage, d’où le nom. L’objectif de Zakaria Belkhoja, le directeur de Le15 est clair : réunir les meilleurs dans leur domaine.

Le rez-de-chaussée accueillera une chaine de café tunisien, un espace d’exposition ouvert à tous. De nombreux évènements seront organisés.

Le premier étage sera dédié à la conceptualisation avec un espace de coworking géré par un espace bien connu des tunisois. Le choix de la couleur rouge pour représenter cet étage, est un gros indice, glisse Zakaria Belkhoja. 

Le second sera dédié à la transformation des idées en projets et le troisième au financement, avec l’aide de Flat6labs.

Flat6labs Tunis soutiendra plus de 75 startups tunisiennes en cinq ans à travers son programme d’accélération intensif à raison de deux cycles par an. Les startups recevront un investissement moyen d’environ 80 000 à 100 000 dinars tunisiens (38 000 à 47 000$) par startup en cash et en services contre une prise d’action de 10 à 15% dans l’entreprise.

Flat6labs offrira aussi des investissements de démarrage à une sélection de startups sortant du programme d’accélération ainsi qu’à d’autres startup du marché tunisien avec un ticket moyen variant de 200 000 à 600 000 dinars tunisiens (de 94 000$ à 280 000$).

Flat6labs avait déjà annoncé en mars dernier son intention d’investir au Maghreb en amorçage et série A à travers leur fond d’investissement Sawari Ventures. Avec cette présence sur le terrain en Tunisie, ils espèrent honorer cette annonce.

Une équipe de haut niveau

Ce double lancement est le fruit d’équipes de haut calibre.

Flat6labs est la premier accélérateur de la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA). Lancé en 2011 en Egypte, l’accélérateur est aussi présent à Djeddah, Abu Dhabi et bientôt à Beyrouth. Seul accélérateur de la région à faire partie du réseau d’accélérateur Global Network Accelerator (GAN) mené par TechStars, il a accompagné depuis sa création 90 startups et entreprises. Plus de 50% des startups Flat6Labs ont réussi à obtenir des financements complémentaires.

Quant à Le15, c'est une création de Meninx Holding, une société d’investissement tunisienne.

Les deux projets sont soutenus et financés par le Tunisian American Enterprise Fund (TAEF), une organisation de soutien aux entreprises tunisiennes créée sous l’impulsion du gouvernement Obama, et la banque tunisienne BIAT. Cet engagement de la BIAT s’inscrit dans une stratégie globale pour soutenir l’entrepreneuriat qui a débuté ces dernières semaines. 

Les cofondateurs de Le15 avec l'équipe de Flat6Labs
Les cofondateurs du 15 : Elyes Jeribi et Haythem Mehouachi‎ en partant de gauche, Ali Mnif, Zakaria Belkhoja en partant de droite, Alia Mahmoud‎ n’est pas sur la photo. Au milieu, Ramez Mohamed, PDG de Flat6labs, et Dina el-Shenoufy, responsable des investissement de Flat6labs. (Image via Wamda)

De l’importance d’un bâtiment 

« Avoir un espace physique aide à structurer l’écosystème, à attirer la communauté business du pays » explique Zakaria Belkhoja  à Wamda en amont de la conférence de presse.

« Le15 est la manifestation physique d’un mouvement » ajoute Hany Al Sonbaty, cofondateur de Flat6labs et associé actif de Sawari Ventures. « Une fois que vous avez une manifestation physique, vous pouvez évangéliser et convaincre du pouvoir que l’entrepreneuriat peut avoir en pointant du doigt un immeuble, c’est plus facile. […] C’est ce qu’il s’est passé dans tous les pays où j’ai été ».

 Avoir un espace permettra aussi de promouvoir une plus grande collaboration entre les acteurs de l’écosystème.

« Le15 est un catalyseur, ce sera une maison ouverte à tout l’écosystème, explique Zakaria Belkhoja. Nous serons ravis d’accueillir autant d’initiatives que possible. »

Cette approche intégrée est partagée par Flat6labs. L’accélérateur ne s’engage sur une deuxième levée de fonds (aussi appelé follow-on investment) que si d’autres investisseurs de la place participent au tour de table.

« Nous devons travailler ensemble » insiste Zakaria Belkhoja.

Avoir un immeuble permet aussi de transmettre cette envie de changement à un plus grand nombre. « Il s’agit d’apporter de l’oxygène frais au centre-ville. Cela va changer l’urbanisme, cela va changer la ville, cela va inspirer, cela va tout changer » croit Zakaria Belkhoja. 

C’est l’heure pour la Tunisie 

Mais y a t-il suffisamment de startups en Tunisie pour justifier un tel projet ?

La question fait rire Hany Al Sonbaty. « Bien sûr ! »

L’investisseur se rappelle ses premières levées de fonds au Caire en 2000 – 2001. « La première question que les gens me posaient était “est-ce qu’il y a des startups ?”, je pouvais les voir mais eux non. Aujourd’hui, plus personne de me pose la question » conclue t-il avec malice.

« Tous les éléments de succès sont là, le défi principal c’est de créer l’environnement où ils se rencontreront» assure t-il.

Les problèmes administratifs ? Que des ralentisseurs de vitesse. « Il n’y a rien qui puisse nous stopper à part notre envie d’essayer. »

« [La Tunisie n’est] pas le plus grand pays mais ils ont probablement un des peuples les mieux éduqués, les plus ouverts [de la région] et ce sont probablement les plus grands facteurs de succès quand on veut monter une entreprise » explique l’Egyptien à Wamda. 

« Chaque pays dans lequel nous avons été a ses propres caractéristiques. Le Caire a une taille impressionnante, les Saoudiens utilisent internet comme aucun autre dans le monde arabe, les Emirats peut facilement attirer des entrepreneurs étrangers, Tunis est une société très ouverte. » 

La Tunisie est un petit pays mais il faut intégrer la Lybie et l’Algérie et comprendre sa relation avec le marché européen pour réellement comprendre son potentiel, ajoute Hany Al Sonbaty en remerciant l’équipe du 15 pour cette grille d’analyse.

Pour l’investisseur égyptien, cet état des lieux positif ne va qu’aller en s’améliorant.

« En ce moment, ils testent de nouvelles institutions et elles marchent bien. Je crois vraiment qu’ils bénéficient d’un bon cadre institutionnel qui peut aider le pays à se développer. »

« L’autre chose qui m’enthousiasme, continue t-il, est l’apport de la diaspora. De plus en plus de Tunisiens partis à l’étranger sont intéressés par l’idée de revenir. Quelque chose de structuré comme Flat6labs […] est sans doute une bonne plateforme pour mobiliser leur soutien. »

Zakaria Belkhoja rejoint l’opinion de son associé. « C’est le bon moment. Nous avons fait face à plein de problème mais le futur est prometteur en ce moment. Il se passe quelque chose, […] la prochaine génération sera différente, digitale » conclue t-il avec optimisme et hâte.

Le programme de Flat6labs

Le programme de Flat6labs Tunis devrait rester très proche des programmes déployés dans les autres villes de la région MENA. En quatre mois, Flat6labs Tunis offrira aux entrepreneurs tunisiens dans les domaines de l’innovation et de l’économie de la connaissance, du financement, un programme de mentorat, un espace de travail commun et de nombreux autres avantages et privilèges. 

Le programme commencera par le « bootcamp » de Flat6labs. Au cours de ce programme, 50 startups bénéficieront d’une formation de cinq jours. Les six à huit startups sélectionnées pour le programme embarqueront ensuite pour 14 semaines de mentorat. A l’issue de ce programme, les startups présenteront leur avancées à des investisseurs lors d’une « démo finale ».

L’appel à candidatures débutera en juillet pour un début de programme en octobre.

« Notre ambition est d’avoir Flat6labs dans toutes les villes matures arabes. Nous le faisons une ville à la fois » résume Hany Al Sonbaty. Si cela avait été possible, il aurait aimé se lancer partout en même temps et lancer la Tunisie plus tôt. 

« Nous sommes un peu en retard, cela aurait dû être plus tôt, non ? » l’Egyptien rigole. « Cela prend du temps de cultiver les bons partenariats. Et puis dans le contexte de ce que nous voulons accomplir, qu’est-ce qu’un an ? »

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