Un hackathon en simultané à Alger, Casablanca et Tunis pour changer l’entrepreneuriat social

Et si les pays du Maghreb créaient ensemble des solutions à leurs problèmes sociaux ?

C’était tout l’objectif de la première édition du Maghreb Social Night Challenge, un hackathon organisé vendredi 17 juin simultanément à Alger, Casablanca et Tunis.

Organisé par trois incubateurs sociaux maghrébins, l’Algerian Startup Initiative d’Algérie, l’Espace Bidaya du Maroc et Lab'ess de Tunisie, cet évènement avait invité des Maghrébins à trouver des solutions entrepreneuriales innovantes et réalisables à plusieurs défis sociaux propres à la région maghrébinne.

Période du ramadan oblige, cet évènement avait opté pour un format inhabituel : un hackathon nocturne se déroulant du f’tour, rupture du jeûne, au s’hour, repas de l’aube.

Des participants travaillent sur la terasse du Lab'ess. (Image via Lab'ess)

Un événement, trois pays

Avant toutes choses, les trente participants de chaque pays se sont réunis pour déterminer un problème social local que les participants des deux autres pays devront résoudre au fil de la nuit.

En dépit du blocage de la VOIP au Maroc, chaque pays a présenté aux autres sa thématique en visioconférence.

Les Tunisiens ont choisi la réinsertion professionnelle des jeunes détenus, les Algériens le manque d’opportunités économiques des femmes rurales et les Marocains l’abandon scolaire en milieu rural.

Les participants de chaque pays ont été alors scindés en deux équipes pour répondre à chacune des problèmatiques données par les deux autres pays.

Malgré quelques difficultés techniques, les participants ont pu poser à tout moment des questions aux participants des autres pays afin de mieux comprendre les problèmes, les conditions locales et échanger avec les autres équipes.

Les participants du Maroc écoutent Mehdi Baccache en live depuis la Tunisie (Image via Espace Bidaya)


L’importance d’un Maghreb uni et solidaire

Rokaya, consultante marocaine freelance en développement social, est venue pour en savoir plus sur l’entrepreneuriat social et pour partager son expérience de plus de 10 ans dans l’accompagnement des ONGs.

« J’étais curieuse d’en connaitre plus sur le concept [d’entrepreneuriat social] et de découvrir de nouveaux outils et de nouvelles personnes » a-t-elle expliqué à Wamda.

Quant à Elyes, entrepreneur tunisien de 26 ans, il s’est joint au challenge pour « connaitre les problématiques sociales de l'Algérie et du Maroc et découvrir les challenges spécifiques rencontrés par leurs entrepreneurs et surtout contribuer à développer des solutions ».

Il n’était pas le seul séduit par l’approche pan-maghrébine. Pour Ayoub, jeune casablancais, cofondateur de Morocco Leadership Academy et de Tibu Basketball, ce genre d’évenements renforce l’écosystème car il permet à ses membres de rencontrer plus « de personnes qui opèrent dans le même contexte culturel que le nôtre et affrontent les mêmes défis que nous ».

Tout au long de la soirée, les participants ont ainsi pu constater les défis communs que leurs pays rencontrent chômage des jeunes, difficulté d'accès à la santé et l'éducation, et marginalisation de certaines populations.

« L'idée de ce challenge est de marquer les prémisses d'une collaboration et d'actions concrètes entre nos pays » a expliqué la responsable de l’Espace Bidaya, sans dévoiler plus d’informations sur les prochains projets communs.

« Nous portons tous profondément la volonté de travailler ensemble [à la création d'un]  Maghreb connecté et uni » a-t-elle continué.

Un souhait que partage aussi Yasser, participant casablancais et fondateur de Blanky, une application communautaire de don de sang. « Nous nous sommes mis le temps d’une soirée dans la peau de nos frères tunisiens et algériens, et nous avons conjointement répondu à nos problématiques. Le plus grand résultat, c'est cet échange, cette convivialité et ces ondes positives, écrasant toutes les limites et toutes les restrictions politico-sociales. »

Des participants algériens travaillent à l'espace de coworking The Address. (photo via Algerian Startup Initiative)

L’impératif de l’exécution et de la durabilité

Après toute une nuit de travail, les six équipe ont pitché leur solution.

La solution qui a remporté le challenge marocain est le “bus magique”. Développée par une équipe tunisienne elle a pour mission de faciliter le transport des élèves en zones éloignées.

Le challenge algérien a était remporté par la deuxième équipe tunisienne qui avait proposé la formation et l’accompagnement des femmes dans la production et la commercialisation de produits d’artisanat et du terroir.

Pour le défi tunisien, c’est la solution d’une des deux équipes algérienne qui a été retenue. Avec la création d’un label “made in prison”, l’équipe souhaite commercialiser des produits réalisés par les détenus, leur permettant ainsi d’apprendre un métier et d’épargner de l’argent pour faciliter leur réintégration socioprofessionnelle.

Les participants de chaque pays développeront-ils la solution développée pour eux par un autre pays ?

Les trois incubateurs l’espèrent. Pour motiver et aider les participants à passer à l’action, ils leur proposeront une incubation gratuite.

Même si aucun projet n’est développé, cette action sera quand même une réussite car elle aura réussi à bâtir les fondations d’une communauté maghrébinne d’entrepreneurs et d’aspirants entrepreneurs, à sensibiliser de nouvelles personnes et de partager des outils entre les trois pays.

 

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