L’internet des objets en Algérie, concept à la mode ou sérieuse opportunité ?

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Pour les quelques startups algériennes commercialisant en ce moment des hardwares connectés, se lancer a été difficile.

Il y a juste deux ans, le concept même d’internet des objets (IoT) était très confidentiel en Algérie. Il n’y avait pas d’espace de coworking, de makerspace et encore moins de formation ou de prise de parole sur le sujet. Aujourd’hui, l’IoT semble être le sujet à la mode dans le jeune et petit écosystème startup algérien. Est-ce des paroles ou le début d'un secteur durable ?

Trouver des imprimeurs 3D

Mustapha Lakhdari a lancé son entreprise Goutra en 2010. Il lui aura fallu des années pour développer son robinet intelligent d’économie d’eau compte tenu de l’absence totale de makerspace, du manque de soutien, de l’impossibilité d’échanger avec d’autres makers et d’obtenir du financement.

« C'était trop dur au début, j'étais obligé de faire mon petit labo d'amateur à la maison et de faire appel à des entreprises de prototypage à l'étranger, ce qui nous a coûté trop cher » a-t-il expliqué à Wamda.

Iman Malek a lancé son détecteur de pollution de l’eau Aquasafe après ses études et a rencontré les mêmes défis. Même des entrepreneurs expérimentés comme Karim Brahiti de LVSC Méditérranée ont trouvé l’entrée sur le marché du hardware difficile.

A son lancement en 2007, son entreprise développait des logiciels pour le secteur logistique. Après quelques années, ils ont décidé de développer leurs propres équipements pour exploiter au mieux les capacités de leurs solutions informatiques. La commercialisation de leur hardware commence en 2014. A l’heure actuelle, ils développement un projet ambitieux de réseau de balises GPS autonomes qui sera déployés dans des villes.

Mustapha Lakhdari, estime que ce manque d’équipements de développement faisait partie d’un problème plus grand : l’absence d’écosystème. Il déplore le manque de laboratoires et d’entreprises de prototypage et de R&D, l’absence de conseils en développement et production et l’indisponibilité de composants.

Aujourd’hui, le pays compte deux makerspaces semi-publiques. L’incubateur de l’opérateur téléphonique Ooredoo dispose de son propre makerspace, appelé Innov Lab, ouvert pour l’essentiel à ses incubés, et l'espace de coworking Sylabs propose aux entrepreneurs, chercheurs et artistes travaillant sur des projets précis l'accès à GE Garages, le makerspace qu'ils ont lancé avec GE.

« Les gens sont très curieux de découvrir les machines et ce qu'ils peuvent produire » a expliqué à Wamda le fondateur de Sylabs, Abdellah Mallek.

La journée porte ouverte a attiré des centaines de personnes aux profils très différents, des collégiens aux électriciens en passant par les médecins. « Les Algériens manifestent un grand intérêt pour l'impression 3D et le making » a-t-il ajouté.

Probablement parce que le secteur est si jeune et petit, les entrepreneurs de l’IoT s’impliquent beaucoup dans la promotion du secteur. Après avoir dû créer leurs propres makerspaces dans leurs bureaux, man Malek et Karim Brahiti ont souhaité les ouvrir à d’autres entrepreneurs.

Former la prochaine génération

Les entrepreneurs de l’IoT prennent aussi de leur temps pour prêcher la bonne parole. Mustapha Lakhdari, Iman Malek et Karim Brahiti prennent souvent la parole. En avril dernier, ils ont participé à une conférence sur le sujet dans l’espace de coworking algérois The Address.


Karim Brahiti, Mustapha Lakhdari et Iman Malek, lors de la conférence à The Address. (Image via Sylabs)

« Il y a eu un très grand engouement pour l'événement. Nous avons reçu plus d'une centaine de personnes » a noté Majda Nafissa Rahal, la responsable de la communication et des événements. L’évènement a notamment attiré de nombreux étudiants désirant monter leur projet IoT, a-t-elle expliqué.

Ce n’est pas le seul évènement auquel les prétendants à l’internet des objets peuvent assister.  L’an dernier, Iman Malek a co-organisé Hard Innovation, un hackathon dédié à l’IoT en utilisant les équipements de son makerspace, et la grand-messe de la tech algérienne, Algeria 2.0, a fait de l’IoT le thème de sa dernière journée.

Le thème de la deuxième édition du concours d’applications mobiles Oobarmijoo organisé par Ooredoo était aussi l’internet des objets. 130 participants ont bénéficié de formations technologiques et business et ont pu utiliser l’espace Innov Lab. Six projets ont gagné la compétition mais un seul aurait été développé pour être commercialisé.

En avril dernier, Abdellah Malek a lancé Prototype-it @Sylabs avec l’aide de GE, un programme de mentorat pour étudiants en PFE (projet de fin d’étude) d’ingénierie nécessitant la conception d’une produit hardware. Il a reçu près de 40 candidatures en moins de dix jours.

Elouneg Aflah, un étudiant en ingénierie, adapte sa conception aux dimensions de l'imprimante lors de Prototype-it @Sylabs. (Image via Sylabs)

D’avril à juin, huit étudiants ont été sélectionnés pour utiliser gratuitement le makerspace GE Garages. En tout huit prototypes ont vu le jour à l’ambition variable. Un projet, un operating system robotique pour drones, a nécessité 30 heures à imprimer.

La journée portes ouvertes du programme a attiré une cinquantaine de personnes qui sont reparties avec une expérience en technologies de fabrication de pointe telles que l’impression 3D et la coupe au laser.

L’internet des objets  à la croisée des chemins.

Avoir accès au bon équipement est une première nécessité mais les entrepreneurs ont aussi besoin d’accéder à du capital. Plus que tout autre secteur tech, l’IoT nécessite du financement, estime Karim Brahiti, car la recherche et la conception prennent du temps.

« Le financement de la recherche est généralement en marge de la loi du marché car [on] ne peut garantir une rentabilité commerciale à court ou moyen terme et donc attirer des investisseurs au sens classique du terme » a-t-il ajouté.

Heureusement, l’Algérie prend conscience de son besoin d’objets connectés, estime l’optimiste entrepreneur.

« La conjoncture économique [...] difficile a aidé un une prise de conscience collective » il a expliqué à Wamda. « On ne peut pas construire notre avenir avec les outils du passé, et des notions telles que automatisation et optimisation commence à émerger. »

Lakhdari acquiesce : « Avec la chute des prix de pétrole, l'Etat algérien a limité les importations du coup ça pousse les industriels locaux à se développer et ce développement demande des solutions généralement basée sur le hardware et l'IoT, ce qui est une vraie opportunité pour les startups. »

Si les projets IoT de Karim Brahiti bénéficent de l’expérience de l’entreprise, de ses capacités financières et de sa réputation, les choses sont un peu plus difficiles pour Aquasafe et Goutra qui ont récemment commencé à commercialiser, en petites quantités, leurs premiers produits et peinent à convaincre les clients.

Les entrepreneurs algériens ont maintenant accès aux outils et formations nécessaires pour réussir dans l'IoT, le succès du secteur dépendra désormais de leur capacité à développer des produits dont les Algériens ont envie et besoin et de bien gérer leurs entreprises.

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