Survivre au régime Ben Ali, la success story de Vermeg

Lire en

Badreddine Ouali fait figure d'icône pour la nouvelle génération d’entrepreneurs tunisiens. Pourtant, il n’est pas le genre à planifier sa carrière. Aujourd’hui, il est à la tête de la multinationale tunisienne Vermeg/BSB qui emploie plus de 700 personnes et commercialise  des solutions logicielles pour les institutions financières européennes.

Pour en arriver là, le Tunisien a dû s’accrocher. Entre difficultés financières et pressions du régime de Ben Ali, l’entrepreneur a prouvé que rien n’est impossible.

Du bon élève à l’entrepreneur visionnaire

Les débuts de la vie professionnelle de Badreddine Ouali ressemblent à celle de n’importe quel fils de famille aisée tunisienne : des études d’ingénieur en France et une carrière de consultant confortablement rémunérée à l'étranger. Pourtant, à trente ans à peine, il se distingue en se voyant confier le poste de directeur exécutif de Diagram, une société de services et d'ingénierie en informatique française.

Au début des années 90, la société Diagram connaît des difficultés qui aboutiront à un  changement d’actionnariat. Badreddine Ouali propose aux nouveaux actionnaires des solutions de sortie de crise en développant de nouveaux produits pour le secteur financier mais ils ne sont pas convaincus. Il quitte Diagram et décide de fonder sa propre startup où il pourra donner vie à ses nouvelles idées.

« Je ne me suis pas lancé par rêve de monter ma boîte, mais plutôt par défi. J’ai foncé sans business plan » explique t-il à Wamda.

Badreddine Ouali vend l’appartement qu’il venait d’acquérir, rentre à Tunis et sous-loue une pièce dans les bureaux d’un ami où il installe une douche.

Travaillant sans relâche et dormant sur place, il vivra des années à ce rythme fou. « Au début, tout le monde me disait que j’allais me planter. »

La création de BFI : un succès fulgurant

C’est ainsi qu’en 1993, Badreddine Ouali créé BFI, une entreprise qui fournit des logiciels financiers à une clientèle composée essentiellement  de banques locales.

De cette première expérience, Badreddine Ouali retient surtout le sentiment d’être utile, indispensable même à ses clients. « Quand le client t’appelle, c’est souvent parce qu’il a un problème et qu’il a réellement besoin de toi, se rappelle-t-il. C’étaient des années de rêve, pourtant, j’avais drastiquement réduit mon train de vie, et me payait un salaire dérisoire. »

Badreddine Ouali se fait de précieux alliés dans le secteur, parmi eux, Habib Ben Hariz, directeur commercial de l’intégrateur de solutions informatiques Tunisys. qui deviendra le distributeur exclusif de BFI sur le marché tunisien.

Plusieurs banques locales leur font alors confiance, à l’instar de l’Amen Bank (CFCT Bank à l’époque) l’un des actionnaires de Tunisys.

Badreddine Ouali présente Réseau Entrepreneur Tunisie lors d'une présentation. (Image via QFF)

En 1997, Habib Ben Hariz devient le nouveau PDG de BFI  et apporte son riche réseau de relations dans le milieu de la finance tunisienne. Badreddine Ouali peut alors se concentre sur le développement de l’activité en Europe.

La stratégie porte ses fruits, deux ans plus tard, en 1999, l’entreprise est choisie par la Banque Centrale de Tunisie pour mettre en place le système interbancaire de télécompensation. Une innovation qui permettra d’automatiser le processus des virements et de paiements de chèques entre toutes les banques tunisiennes.

Avec ce contrat à 10 millions de dinars (neuf millions de dollars), BFI peut alors se concentrer pleinement à la conquête des marchés européens sans dépendre d’investisseurs.

La déroute en Tunisie, les velléités du régime de Ben Ali

Dès le début des années 2000, la corruption rampante entretenue par le régime de Ben Ali commence à impacter les activités de la BFI. Le régime via son puissant Secrétariat d’État à l’Informatique, exerce un contrôle sans faille sur tous les marchés publics des équipements et logiciels informatiques.

Le secrétaire d’état de l’époque, Montassar Ouali (Ndlr : aucun lien familial avec Badreddine Ouali),  tente de soumettre l’entreprise aux nouvelles règles du jeu. Il entend partager le marché des appels d’offres informatiques entre la BFI et trois autres compagnies tunisiennes. Badreddine Ouali refuse de participer à cette entente frauduleuse. A titre de représailles, le Secrétariat d’Etat déclarera infructueux une dizaine d’appels d’offres déjà remportés par l’entreprise.

En 2002, Badreddine Ouali décide de se retirer de la direction de BFI, tout en restant actionnaire minoritaire pour permettre à l'entreprise de retrouver les bonnes grâces de l’Etat.

Toutefois, l’entrepreneur retient la leçon et décide de ne plus dépendre des caprices du régime. Il crée alors Vermeg, une nouvelle entreprise spécialisée dans les logiciels financiers, entièrement  tournée vers les marchés européens.Si le siège est aux Pays-Bas, Vermeg garde tout de même une base arrière d’ingénieurs en Tunisie.

La conquête des marchés Européens

Dès la première année, l’entreprise acquiert plusieurs petites entreprises européennes afin de consolider sa présence commerciale en Europe.

Son équipe technique étant basée en Tunisie, Vermeg peut se permettre d’offrir des tarifs très avantageux et remporte ainsi ses premiers clients en Europe.

Un an après sa création, l’entreprise comptabilise plus de sept millions d’euros de chiffre d’affaires. Dix ans plus tard, son chiffre d’affaires atteint près de 17 millions d’euros.

Malgré son succès fulgurant, Vermeg souffrira comme toutes les entreprises du secteur de la crise financière de 2008. Les petites banques ne peuvent plus acheter ses logiciels, quant aux grands groupes bancaires, ils décident d’émettre de nouveaux plafonds d’achats auprès de leurs fournisseurs, ce qui réduira notablement la taille des marchés conclus.

« Il fallait grandir ou mourir » observe Badreddine Ouali.

Vermeg se relève avec éclat en 2015, en prenant le contrôle d’un groupe belge spécialisé dans les logiciels financiers, BSB. Pour se permettre l’acquisition de ce groupe deux fois plus important que Vermeg, Badreddine Ouali a mis au point un montage financier comprenant un tiers de fonds propres, un tiers d’investissement auprès d’une riche famille tunisienne et le reste sous forme d’un prêt de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (BERD).

Passez le flambeau à la nouvelle génération d'entrepreneurs tunisiens

Dans une Tunisie en mutation , Badreddine Ouali est un homme serein. « Chaque difficulté rencontrée s’est révélée être une opportunité » conclut-il.  

Il s’est retiré du pilotage opérationnel de son groupe et se contente d’en superviser la stratégie et les fonctions de représentation.

Grand mécène d’artistes tunisiens, Badreddine Ouali est également actif dans la société civile. Il fait bénéficier les jeunes tunisiens de son expérience en présidant l’association Réseau Entreprendre Tunis, qui permet à de jeunes entrepreneurs d’avoir accès à du financement et mentorat pour démarrer leur projet.

Cette success story tunisienne basée sur la détermination et l’éthique, inspire aujourd’hui une génération d’entrepreneurs arabes et confirme que la région peut devenir un hub économique attractif et innovant

Lire en

Catégorie Media

Pays

Partager

Articles similaires