Création d’un médicament marocain : le travail acharné d’un homme pour changer les antibiotiques

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L’année 2017 sera peut-être l’année de la mise sur le marché du premier médicament 100 pour cent marocain.

Adnane Remmal, chercheur et entrepreneur en biologie, travaille depuis 28 ans sur une alternative aux antibiotiques utilisant des plantes. En attendant que sa solution soit approuvée pour utilisation humaine, il l’a déjà commercialisée dans les domaines vétérinaire, phytosanitaire et agro-alimentaire.

En 1998, jeune diplômé de 25 ans, Adnane Remmal découvre que les professionnels de la santé s’inquiètent de la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques, l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale selon l’OMS.

« L’avènement de ces bactéries multi-résistantes est principalement dû à l’usage abusif et excessif des antibiotiques chez l’homme, mais aussi chez l’animal qui se trouve en fin de chaine dans nos assiettes », explique à Wamda Adnane Remmal.

Cette surconsommation permet aux bactéries de muer et de s’adapter rapidement. Elles développent ainsi des stratégies de défense qui rendent l’utilisation de ces médicaments complètement inefficace.

Après plus de 10 ans de recherche fondamentale au sein du laboratoire de la faculté de Fès, où il enseigne, il découvre qu’en isolant des molécules contenues dans les huiles essentielles de plantes et en mélangeant un dixième de ces molécules à un dixième d’antibiotiques, la totalité des bactéries résistantes disparaissent. (Le brevet est disponible ici)

Parce qu’il utilise des huiles essentielles combinée à de plus petites quantités d’antibiotiques, les frais de production sont très en dessous des prix pratiqués habituellement. Parce qu’il a bootstrappé sa recherche, le chercheur-entrepreneur a eu besoin de seulement deux millions de dollars pour la R&D, alors que les grands acteurs de l'industrie pharmaceutique peuvent débourser jusqu’à un milliard de dollars pour mettre sur le marché un médicament.

En 2004, le business angel, Ahmed Reda Chami, alors directeur régional et président de Microsoft en Asie du Sud-est à Singapour, s’associe à Adnane Remmal. Ensemble, ils fondent Advanced Scientific Developments (ASD), une entité chargée d’appliquer les découvertes du professeur Remmal à la médecine humaine, l’alimentation animale et le secteur phytosanitaire, et de trouver des partenaires dans chaque secteur.

Adanane Remmal (à droite) a remporté le African Innovation Prize. (Image via African Innovation Prize)

Le premier médicament 100 pour cent marocain

Fervents promoteurs du Made in Morocco, les deux associés décident de s’associer à un laboratoire marocain, Sothema pour les essais cliniques. Bureaucratie oblige, l’autorisation pour débuter le protocole clinique n’est délivrée que sept ans plus tard.

En 2011, l’autorisation obtenue, 75 patients souffrant de différentes maladies sont choisis pour participer au protocole clinique n’étant plus réceptifs aux antibiotiques.

En 2015, tous sont guéris de leurs infections, explique Adnane Remmal. Sothema doit désormais procéder à un deuxième essai clinique portant sur un plus grand nombre de patients afin d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché que toute l’équipe espère décrocher en 2017.

Les antibiotiques sont partout 

En parallèle, Adnane Remmal développe d’autres applications à ses recherches.

En 2012, il fonde avec Ahmed Reda Chami LIPAV (Laboratoire Industriel des produits agricoles et vétérinaires), une usine pilote travaillant sur une alternative aux antibiotiques d’élevage.

Bien que cela soit interdit par la loi, de nombreux éleveurs marocains gavent leurs bêtes d’antibiotiques, nous explique Adnane Remmal, avec pour objectif réel d’accélérer la croissance des animaux à moindre coût, une pratique dangereuse pour les consommateurs de ces viandes chez qui elle renforce la résistance des bactéries.

Pour Adnane Remmal, ces fermiers n’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas d’alternatives accessibles.

Des antibiotiques, toujours plus d'antibiotiques (Image via pixabay.com)

Le laboratoire a officiellement lancé en 2016 une composition de molécules phénoliques naturelles venant remplacer les fongicides et pesticides traditionnels. L’entreprise compte déjà à son actif des clients récurrents au Maroc et serait profitable.

Suite au prix remporté par Adnane Remmal lors de l’Innovation Prize for Africa en mai 2015, les commandes de l’étranger se multiplient alors mais Adnane Remmal choisit de ne pas y répondre.

« Notre objectif est de maitriser le contexte marocain avant de s’internationaliser », explique t-il à Wamda.

Reverse innovation, recherche et entrepreneuriat

Pour Adnane Remmal,  rien ne sert de faire de la recherche si elle n’est pas appliquée.

« Il est primordial pour le chercheur qui veut développer, d’apprendre à « traduire » ses travaux scientifiques en langage business. Il faut devenir chercheur-entrepreneur le plus tôt possible ».

Les jeunes marocains n’ont pas le choix.

« Si on s’attend à ce que le Nord se penche sur des problématiques propres au Sud, on risque de bien attendre ! La seule solution est de le faire soit même et ensuite exporter ce savoir faire » argumente t-il.

On appelle ça la « reverse innovation », où le cycle mondial de l’innovation s’inverse et les pays émergents deviennent un laboratoire d’innovation pour le monde.

Pour que le Maroc développe plus d’innovations comme celles de Adnane Remmal, il faudra changer le système éducatif, estime ce dernier.

« [Il faudrait] instaurer des ponts entre le milieu académique et le monde professionnel, entre la théorie et le terrain, entre la recherche et l’application, entre la technique et la culture. C’est comme ça qu’on peut avoir des étudiants ouverts sur le monde, innovants et entreprenants » conclue-t-il.

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