Pourquoi les services web du Moyen-Orient ne sont pas disponibles au Maghreb ?

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Pourquoi les services web du Moyen-Orient ne sont pas disponibles au Maghreb ?

MENA, Middle East and North Africa, Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Mais qu’ont en commun une personne au Qatar et une personne en Tunisie ? Pas grand chose, surtout quand il s’agit de services en ligne.

Si les média, hommes et femmes d’affaires (et Wamda) raffolent du concept de région MENA, il faut bien voir la réalité en face, le Moyen-Orient et le Maghreb sont des écosystèmes très différents.

Sur les 16 startups MENA dont Wamda a estimé que la valorisation dépassait les 100 millions de dollars, toutes viennent du Moyen-Orient et seules deux, Careem et Propertyfinder sont actifs au Maghreb. Après un essai au Maroc, s’est retiré de la région en 2013. Quant à Rocket Internet, ils ont choisi de lancer au Maghreb leurs marques africaines et de créer pour le Moyen-Orient des marques spécifiques.

Les succès du Moyen-Orient à travers les années. (Graphique par Wamda)

Tout le monde veut croire au rêve MENA

Depuis sa création en 2012 à Dubaï, le service de taxi Careem a lancé son service aux Emirats, Liban, Egypte, Arabie Saoudite, Qatar et Koweït. Au Maroc, comme au Pakistan, un autre pays extérieur au Moyen-Orient, ils ont choisi une autre stratégie : l’acquisition.

En 2015, Careem s’aventure donc au Maghreb en faisant l’acquisition de Taxiii (au Pakistan, ils ont racheté Savaree).

« Le Maroc représente une partie importante du MENA, à la fois en terme de taille et lien culturel avec le reste de la région, estime le directeur général de Careem Elyas. Et puisque nous aspirons à devenir le premier service de réservation de voitures au MENA, nous devions être au Maroc. C’était juste une question de timing. »

L’accélérateur Flat6labs a aussi une ambition MENA. Lancé en 2011 en Egypte, Flat6labs est présent à Djeddah, Abu Dhabi et Beyrouth. En juin, ils ont annoncé leur premier programme en Tunisie.

« Nous allons aider les entrepreneurs du Maghreb qui souhaitent se lancer au Moyen-Orient et vice-versa », explique le PDG de Flat6labs Ramez Mohamed à Wamda.

Quand nous mentionnons le Maghreb aux entrepreneurs du Moyen-Orient, ils répondent habituellement qu’ils sont intéressés par ce marché mais peu sont partis explorer la partie occidentale du MENA.

La raison ? « La géographie ! », s’exclame le PDG de Payfort Omar Soudodi.

Payfort, le premier prestataire de services de paiement de la région arabe, est basé à Dubaï, ils ont six bureaux à travers les pays du Golfe (GCC) et en Egypte. Omar Soudodi explique à Wamda que le calcul est rapide : le Qatar est à 40 minutes de Dubaï et « le marché koweitien a la taille du marché marocain » alors pourquoi s’embêter à prendre un vol de huit heures vers le Maroc quand il y a tant de potentiel en bas de chez soi ?

« Nous finirons par aller au Maroc », rassure-t-il.

La porte du Maroc s'ouvrira-t-elle une jour ? (Image via Mohamed Reza Fahlavy)

Une culture, un marché différent

Il n’y a pas que la distance qui coince, le contexte culturel et socio-économique est aussi un obstacle.

Omar Soudodi rappelle que les Tunisiens, les Marocains et les Algériens parlent des langues différentes, soit le français soit des dialectes arabes très différents de ceux du Moyen-Orient, qu’ils ont des habitudes de consommation différentes, l’une d’entre elles étant qu’ils achètent sur des sites de e-commerce français.  

La réglementation est aussi très différente. Dans les trois pays, le système législatif est basé sur le système français et les monnaies ne sont pas convertibles sur le marché international, ce qui veut dire que les achats en devises effectués lors de voyages à l’étranger ou sur des sites internationaux sont limités par les autorités.

Autre conséquence, les entreprises souhaitant se lancer au Maghreb doivent monter une structure dans chaque pays et ne peuvent pas transférer d’argent d’un pays à l’autre en toute liberté.

« Ce n’est pas un marché typique pour les paiements en ligne, il y a beaucoup de restrictions », estime Omar Soudodi.

Une question de timing

Et puis, il y a la question d’opportunités.

En moyenne, les économies du Maghreb sont à la traine face au Moyen-Orient, que cela soit en terme de croissance économique que de pouvoir d’achat, le digital n’est pas une exception.

Le marché de Flat6labs, c’est l’écosystème startup, qui est loin derrière les écosystèmes sophistiqués des pays du Golfe, du Levant et d’Egypte.

« Nous n’avons pas prévu notre expansion en fonction d’un calendrier ou selon des préférences. Elle était basée simplement sur le statut de chacuns des écosystèmes startups dans lesquels nous souhaitions ouvrir et sur le soutien actif de partenaires locaux dans chaque endroit », a explicité Ramez Mohamed.

Comment changer cela ?

Les entrepreneurs du Maghreb et du Moyen-Orient se voient leurs régions respectives comme des marchés étrangers à peine plus faciles à pénétrer que l’Asie ou l’Europe.

« Je crois que cela arrivera de façon naturelle puisque les bons entrepreneurs cherchent le capital, les opportunités de croissance et les talents à travers la région MENA », estime Ramez Mohamed de Flat6lab.

Mais comme dans chaque marché, avoir une chambre de commerce ou un bon réseau aide.

« Avec les bonnes plateformes et réseaux, comme Flat6labs, cela pourrait être accéléré et poussé de façon plus rapide et efficace, estime Ramez Mohamed. Principalement en construisant une connexion directe entre les entrepreneurs maghrébins et les mentors, talents, investisseurs et opportunités professionnelles du reste de la région.»

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