Aliphia, la startup qui place la langue arabe au cœur de ses solutions IT

Pour les PMEs, tenir la comptabilité, gérer le processus de facturation, contrôler l’état des stocks, ou piloter l’activité commerciale, peut s’avérer souvent chronophage. La plupart de ces tâches de gestion nécessitent un long apprentissage et un important investissement en temps et ressources, qui détournent les fondateurs de leur cœur de métier.

Aliphia, produit phare de Sahih Business, compte remédier à ces problèmes. Cette solution technologique a été spécialement pensée et conçue autour des besoins techniques et financiers des petites et moyennes structures des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Son  but est d’optimiser leur gestion et booster leur productivité, en misant sur la langue arabe.

Lancé en Novembre 2013 par Sahih Business, un éditeur de solutions IT basé à Tanger, Aliphia est le fruit d’une collaboration entre Mohammed Adnan Morabet, un tangérois qui a écrit sa première ligne de code à l’âge de 10 ans avec un Sinclair ZX-Spectrum 48K que son père lui a acheté pour apprendre la comptabilité digitale durant les années 80, et Asmae Bouabdellah, diplômée en littérature française et précédemment activiste de la scène rock au Maroc, qui a passé une bonne partie de sa carrière dans le domaine de l’événementiel, la communication et le marketing.

Collaborateurs au siège de Sahih business (Image via Sahih Business)

De Tanger au Moyen-Orient

Disponible en version arabe, française, anglaise, et turque, la jeune pousse tangéroise se revendique comme la première solution de gestion et de facturation entièrement pensée et conçue en langue arabe.

Des versions en arabe de plusieurs logiciels existent bel et bien. Mais aucun d’eux, selon la startup, n’a été développé dans cette langue dès leur lancement. Chez Aliphia, depuis ses prémices, le développement a été conçu pour que le logiciel supporte la langue arabe, et non pas en créant un simple outil de traduction. Pour ce genre d’outils, le code du logiciel n’est pas conçu de telle sorte à supporter les contraintes graphiques et sémantiques de la langue arabe, donnant parfois lieu à des traductions approximatives voire mêmes des formes illisibles.

Selon une recherche sur l’intégration de la langue arabe dans la téléphonie mobile et par extension, dans un programme informatique, ces problèmes sont dûs au fait que les mots arabes s’écrivent de droite à gauche alors que le code des caractères est stocké en mémoire de gauche à droite. En outre, les caractères arabes changent leurs formes selon la position qu’ils occupent dans un mot, en plus de la possibilité de transformer deux caractères en une seule forme.

Innover en ce sens, permet à Aliphia de se positionner très tôt dans un marché à fort potentiel.

La box Aliphia qui se décline en arabe, turque et en anglais (Image via Sahih Business)

« L'arabe est la cinquième langue la plus parlée dans le monde avec 290 millions de locuteurs. Elle est la langue maternelle de plusieurs pays d'Afrique du Nord et d’Asie Occidentale. Nous pensons que les gouvernements de ces pays finiront par adopter leur propre langue comme une obligation légale. Cela signifie que bientôt toutes les factures devraient être faites en arabe avec une obligation légale », déduit Asmae Bouabdellah.

A titre d’exemple, cette démarche a déjà été initiée par le Département du Développement Économique des Emirats Arabes Unis, qui a statué sur l’obligation d'utiliser l’arabe comme langue principale, en plus d’une langue additionnelle au choix, pour tous les reçus et factures des entreprises, et ce à partir de 2017.

Actuellement, Aliphia est principalement implanté en Arabie Saoudite qui représente 74% de son activité. L'Égypte, les Émirats Arabes Unis, le Koweït, la Libye, la Jordanie, la Palestine et le Yémen viennent compléter la liste.

Aujourd'hui, la startup compte 50 000 comptes créés, avec une moyenne de 14 000 utilisateurs actifs et plus de 500 clients. Depuis le début de l’aventure, 110 294 factures ont été faites avec une moyenne de 3 000 factures produites en arabe chaque mois.

Les locaux de Sahih business à Tanger (Image via Sahih Business)

Aliphia, le couteau suisse des PMEs

Le service de la startup permet de créer des factures, de garder le suivi des paiements et des dépenses, et de gérer l'avancement des stocks, de la situation des comptes bancaires ou de la comptabilité. Un module marketing vient se greffer également sur cette offre de base.

« Notre but n’est pas simplement d’offrir un logiciel de facturation et de comptabilité, mais aussi d’accompagner ces entreprises à développer leur activité. Nous fournissons la possibilité de créer des campagnes de mailing, l’automatisation du processus de vente, ou encore des services de SMS, de fax, d’envoi postal de factures en couleurs, etc. », explique à Wamda, Asmae Bouabdellah, cofondatrice et Chief Marketing Officer.

Pour optimiser le processus d’adoption de cet outil informatique par les PMEs, les fondateurs ont fait du perfectionnement de l’expérience client leur cheval de bataille.

« Pour nous, l’expérience utilisateur est un aspect très important, puisqu’elle impacte directement l’adhésion du client ou pas. Nous avons simplifié tous les processus pour faciliter aux nouveaux arrivants l’utilisation du logiciel sans aucun soutien de notre part », argumente Asmae Bouabdellah.

Quant au modèle économique, critère tout aussi important dans la décision d’achat, la startup a fait le pari du SaaS -Software as a Service- pour ses avantages en terme de réduction du coût de l’investissement. « Entre acheter un logiciel pour un prix moyen de 400 dollars ou payer uniquement 9 dollars par mois, le choix est très vite fait », complète la cofondatrice.

Recourir au Cloud permet également de rehausser la sécurité des données. Plus sûres dans un Data-Center que dans un bureau, ces données peuvent survivre à toute situation “catastrophique” comme les pannes de disque, l'espionnage, le vol des données par des employés, le feu, la guerre ou les tremblements de terre selon les données disponibles sur le site de l’entreprise.

Mais pour une expérience en modèle SaaS réussie, une connexion internet stable et de qualité est un pré-requis dont ne dispose pas une bonne quantité des PMEs de la région. Comme réponse concrète, l’équipe a développé Aliphia BOX, un mini serveur ARM qui héberge Aliphia en LAN/WAN. Ce mode local est destiné aux utilisateurs qui ont une mauvaise connectivité internet ou qui veulent tout simplement garder la main sur leurs données.

Capture d'écran de l'interface client d'Aliphia

« Certains pays arabes traversent des périodes difficiles, comme la Syrie, la Libye ou l’Irak. Nous recevions beaucoup de demandes d'utilisateurs qui voulaient utiliser le logiciel mais ne pouvaient pas s'abonner à un modèle SaaS, du fait qu’une partie des infrastructures -d’internet- sont limitées ou détruites. Nous avons donc décidé d’innover, d'investir et de créer un produit pour ces cas particuliers », explique Asmae Bouabdellah.

Pour l'année prochaine, l’équipe compte atteindre la barre des 1000 clients, et prévoit plusieurs lancements. Un module POS -Point of Sale-, une interface API -Application Programming Interface-, une nouvelle Aliphia BOX améliorée, et un nouvel outil, Aliphia Local Shops qui permettra aux utilisateurs d'augmenter leurs ventes gratuitement.

Pour réaliser ces objectifs, l’entreprise ne compte pas recourir à une levée de fonds. Sa stratégie financière dès le lancement était de privilégier l’autofinancement.

« Le bootstrapping nous a permis de démarrer notre activité avec peu de moyens. Par la suite, nous avons réinvestis au fur et à mesure tous nos profits dans l'entreprise. Nous pensons qu’un investissement, surtout au début, peut nuire à une startup plus que l’aider », conclut la cofondatrice.

 

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