Les adolescents tunisiens boostent leur créativité avec Spark

Lire en

Pour sa seconde édition à Tunis, l'événement Spark organisé par la Fondation Biat à Tunis a réuni des adolescents de 15 à 18 ans de tout le pays afin de créer des concepts innovants pendant un marathon d'un week-end. 

 
Deux des finalistes de l''équipe gagnante, Khaled Rouissi, 18 ans et Siwar Arfaoui, 15 ans venaient d'un lycée de Aïn Draham, l'une des régions les plus pauvres du Nord de la Tunisie. Une autre, Eya Ferchichi, était de Gâafour un patelin au Nord-Ouest de Tunis. Les trois jeunes ont fait équipe avec Sarra Mars, 17 ans, une jeune fille du lycée de l'Ariana, à Tunis. Ils ont développé ensemble un projet novateur sur le thème de l'éducation.
 
Dans un pitch de 5 minutes, les lycéens ont fait un jeu de rôles pour illustrer leur idée: un jeu vidéo pour apprendre l'Histoire en s'amusant. Par exemple tout en révisant les guerres puniques, le principe est de répondre correctement à des quizz afin de gagner les différentes batailles et d'évoluer dans le jeu.
 
Les jeunes lycéens du programme Spark attendent les résultats des pitchs dans un amphithéâtre de l'ENIT (Images via la Fondation BIAT)
 

“L'idée était de les amener à travailler ensemble en exploitant le talent de chacun. Par exemple, Sarra, c'est typiquement la première de la classe, très ordonnée et qui veut que tout se passe bien. Khaled, un autre membre de l'équipe était un habitué du théâtre donc il a voulu mettre en scène un peu la présentation finale" dit Inès Cherif Lengliz, une responsable du développement à la BIAT et volontaire pour l'événement.

Elle a coaché l'équipe pendant tout le week-end jusqu'au pitch final devant un jury composé de l'ancien Ministre de l'information et des télécommunicatons, Noomane Fehri, la présidente de Yunus Social Business en Tunisie, Leila Charfi et d'autres personnalités liées au monde de l'entreprenariat. Pour sa  seconde édition, la compétition Spark créée la Fondation BIAT a réuni plus de 400 étudiants de tout le pays. 

Plus de régions, plus de créativité

“Pour cette seconde édition, nous avions beaucoup d'étudiants de différentes régions en Tunisie alors que lors de la première édition, les candidats étaient plus concentrés sur Tunis"  commente Rym Baouendi, la responsable de l'axe entrepreunariat à la fondation BIAT, également co-fondatrice de l'espace de co-working Cogite
 
Ce dimanche après-midi, elle se tenait sur scène et appelait, le micro à la main chaque équipe de finalistes pour pitcher leur projet. Parmi les étudiants, certains avaient pris le train de Gafsa, une zone minière du centre de la Tunisie, d'autres sont venus de Gabès, au sud du pays. "Nous en avons perdu certains durant le week-end à cause du match classico Madrid contre Barcelone" ajoute Rym en plaisantant. 
 

“C'était génial de rencontrer ces jeunes de partout. Pour ma part, j'avais entendu parler de l'événement grâce à une amie et je me suis inscrite" dit Sarra Mars. 

En plus d'encourager les étudiants à devenir de futurs entrepreneurs  et de penser déjà comme eux, l'événement Spark a été l'occasion de voir à quel point l'innovation et la technologie vont de pair pour la jeune génération de Tunisiens. 
 
L'équipe gagnante, celle du thème Education. Ses membres viennent de trois régions différentes de la Tunisie
 

La Technologie contre le chômage

Avec au moins 6 millions d'utilisateurs Facebook sur une population de 10.8 million d'habitants et 100 000 jeunes âgés de 15 à 19 ans qui sont sans emploi et sans activité selon une étude de 2014 présentée par le Ministère de l'éducation, ce genre d'événements qui promeut d'autres métiers dans l'innovation, donne un nouveau souffle pour les générations futures.
 

“Je pense que la jeune génération sait qu'elle peut utiliser la technologie et en faire un métier. Par exemple, nous n'avions pas donné comme critères l'obligation d'utiliser les nouvelles technologies pour innover mais pratiquement tous les finalistes ont développé leur projet via des applications mobiles, des sites webs ou des jeux vidéos" dit Rym Baouendi.

Le projet qui a remporté la troisième place a d'ailleurs mis en place une extension web dédiée à la culture qui propose des proverbes tunisiens dans les outils de discusion en ligne avec pour slogan "say it easy, say it châabi" (disez le facilement, disez le en langage populaire).

“Nous avons même eu des projets qui étaient très innovants mais jusqu'au point où nous avions des doutes sur leur faisabilité” ajoute-t-elle.
 
Un jeune préparant la présentation du pitch durant les ateliers
 

Des projets pour nettoyer la mer ou promouvoir le patrimoine 

Parmi les finalistes, une équipe a eu l'idée d'inventer un distributeur de nourriture 100% tunisienne afin de promouvoir "la culture locale et le patrimoine à l'étranger" a dit l'un des participants, "on pourrait le mettre dans les aéroports comme ça même les gens qui ne vont pas en Tunisie, peuvent avoir un goût du pays". D'autres ont créé le "rubbish snare", (le piège à déchets), un outil qui, collé à la coque des bateaux ou sous les jet-skis, permettrait de collecter les déchets dans la mer. 

“La saleté des plages et de l'eau en Tunisie est devenue presque banale donc nous avons essayé de trouver un moyen de nettoyer la mer même pour les gens qui veulent s'amuser. Vous pouvez prendre votre jet-ski pour une balade en mer ou votre bâteau de plaisance et en profiter pour nettoyer la surface de l'eau en même temps" dit Khalil Ellouze, 16 ans, et déjà finaliste lors de la première édition de Spark.

Pendant l'atelier, il a même appelé avec ses camarades, des constructeurs de bâteaux afin de voir combien ils seraient prêts à investir dans l'invention. “Je pense que c'est utile de savoir quelle valeur a le projet dans la vraie vie, sur le prototype, nous sommes partis sur un coût de fabrication à 150 dinars (environ 65 euros) et certains étaient prêts à acheter le produit pour 800 dinars (350 euros)" dit-il.

L'équipe du thème environnement, gagnante de la seconde place
D'autres sont venus juste pour assister à l'évènement et inspirer également d'autres jeunes.C'est le cas de Yahya Bouhlel, un jeune prodige de 19 ans, membre de la communauté Cogite, qui va commencer sa propre école de Code en janvier. Il était présent pour parler de son concept mais aussi pour recruter la future génération de lycéens qui pourraient devenir entrepreneurs "quand ils le veulent" et "sans attendre d'avoir un diplôme" a-t-il ajouté. Les finalistes ont tous gagné une formation dans son école, Gomycode pour finir de développer leur projet.
 
D'autres encore comme les étudiants de l'ENIT (Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis), où se déroulait l'événement, sont venus pour présenter leur propre pojet: une voiture tunisienne 100% écologique. 
 
“Je pense que c'est plus qu'une mode |l'entreprenariat], les jeunes sont vraiment en train d'évaluer les opportunités dans les nouvelles technlogies et dans l'entreprenariat. Même s'ils ne les utilisent pas encore dans leurs études étant donné que le système éducatif n'est pas encore passé au digital, ils les utilisent dans leur vie de tous les jours” conclue Houda Ghozzi, l'une des coach et professeur à l'IHEC Carthage. 

Lire en

Pays

Partager

Articles similaires