Les premiers pas de la Smart city au Maroc

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Centre économique du Maroc, la région du Grand Casablanca a connu ces dernières années un taux d’urbanisation galopant qui a significativement impacter la vie citadine.

Abritant en son sein un marocain sur cinq et produisant un tiers de la richesse du pays, cette concentration n’est pas sans conséquences sur la qualité de vie, dont plusieurs indicateurs ne cessent de dégringoler selon l’indice Mercer 2016.
 
Pour améliorer le quotidien des citoyens casablancais, Numa Casablanca, branche locale de Numa, réseau international d’accélérateurs de startups et d’innovation, a lancé le programme #DataCity Casablanca, dont la conférence de lancement intitulée « Co-construire Casablanca Smart City » s’est déroulée le 30 Novembre 2016.
 
Le programme a pour ambition d’accompagner l’innovation autour des défis urbains de la ville blanche, dont le développement actuel est principalement caractérisé  par une explosion du parc automobile qui engendre embouteillages, émissions de CO2 et moult frustrations ; une prolifération des chantiers de construction avec leur lot de pollution, de destruction des espaces verts et de multiplication des nuisances sonores et visuelles ; une pression accrue sur les systèmes d’assainissement et de gestion des déchets ; et une augmentation fulgurante des besoins en énergie, en eau, et denrées alimentaires.
Panel d’experts et de partenaires discutant des opportunités de la Smart City (Image via Numa Casablanca)

Casablanca, future Smart City

Le terme Smart City désigne une ville qui utilise les technologies de l'information et de la communication pour  améliorer la qualité des services urbains, optimiser les ressources, baisser les coûts et réduire l’empreinte écologique. Pour Casablanca, l’idée n’est pas nouvelle, mais aucune action concrète en ce sens n’avait encore émergé.
 
"Cela fait trois ans qu’on parle de Smart City –à Casablanca- et ça fait trois ans qu’on a rien fait. Aujourd’hui, nous sommes le premier programme concret de prototypage de solutions Smart City", explique à Wamda, Leyth Zniber, co-fondateur de Numa Casablanca.
 

De par sa nature “smart”, le projet repose essentiellement sur la capacité des acteurs impliqués dans la gestion de la ville à collecter, exploiter et analyser les données relatives aux comportements des usagers. La bonne nouvelle, c’est qu’une bonne partie de la “data” nécessaire est déjà disponible auprès des entreprises et des administrations.

D’où la nécessité de développer des plateformes communes qui permettent à ces entités de mutualiser leurs données et leur expertise avec les startups, principaux vecteurs de l’innovation, dans le but d’explorer de nouvelles pistes et co-créer de nouvelles solutions aux différents challenges urbains.

C’est en ce sens que #DataCity Casablanca, déclinaison de #DataCity Paris, a placé l’Open Innovation et l’Open Data au centre de sa stratégie. Ce programme d'innovation ouverte met ainsi à contribution la ville de Casablanca, les grandes entreprises et les startups afin de collaborer à l’édification d’une ville intelligente et durable.
 
Légende

 

En vu de l’omniprésence des questions réglementaires et légales dans un projet qui touche à la fois à la technologie et à l’urbanisme, tel que celles relatives à l'exploitation des données à caractère personnel et à la gestion de l'espace public, Numa Casablanca a rapidement cherché à s’assurer le soutien des autorités locales. Conscientes des opportunités offertes par le modèle de la Smart City, la Mairie et la Wilaya ont naturellement fait part de leur intérêt selon les organisateurs.

 

Pour optimiser cette démarche collaborative, le choix des entreprises partenaires était d’une importance tout aussi primordiale. « Nous avons choisi nos partenaires corporates selon trois critères. Premièrement, le fait que leur métier se prête au sujet de la Smart City. Deuxièmement, l’existence préalable d’une démarche d’innovation, car si elle n’existe pas, ce n’est pas nous qui pourrons la créer. Et dernier point, leur appétence à travailler avec l’écosystème", énumère Leyth Zniber.

 

Salma Kabbaj, cofondatrice et directrice générale de Numa Casablanca, a également souligné l’importance de l’implication des grandes entreprises pour l’éclosion d’un écosystème autour de la Smart City. "La Smart City ne doit pas être vue comme un simple sujet de RSE ou de communication, mais comme une réelle opportunité business, avec des implications fortes en terme de positionnement stratégique pour ces entreprises", a-t-elle complété.

Pour cette première édition, le programme a réuni cinq entreprises -Lydec, Inwi, LafargeHolcim Maroc, Michelin et RATP Dev, gestionnaire de Casa Tramway- qui ont présenté à l’écosystème entrepreneurial six challenges à résoudre.

 

De l’exploration au prototypage  

Après une première phase d’exploration initiée aux côtés des entreprises partenaires et des autorités de la ville, la conférence de lancement a été l’occasion pour Numa Casablanca d’engager citoyens, innovateurs, chercheurs, experts, entrepreneurs et startups. Les 120 participants qui ont assisté à la présentation du programme ont eu l’occasion d’assister par la suite à des ateliers thématiques pour approfondir chacun des challenges proposés. Ces ateliers animés par les équipes de Numa avec la présence des responsables des entreprises partenaires ont permis d’initier un vrai débat autour des responsabilités de chacunes des parties et les modalités de contribution et de collaboration.
 

Elhaidi Abdeslam, élève-ingénieur en Data Science, s'intéresse particulièrement aux questions relatives au climat et espère que ce programme lui permettra de développer une solution viable. « Ici à Casablanca, la problématique de la pollution est réelle. Mon souhait est de créer une startup qui s’attaque à ces problématiques environnementales. Cet événement m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir le travail des autres startups, et m’inspirer de leur expérience » explique-t-il à Wamda.

 

Des six défis proposés, aucun ne traite directement les questions de l’agriculture urbaine et de la gestion des espaces verts. Mais les organisateurs ont assuré que la liste est amenée à s’élargir dans le futur, et qu’aucune  problématique ne sera mise à l’écart.
 

Abbes Benaissa, fondateur de Bioponica et secrétaire général du RIAM -Réseau des initiatives Agroécologiques au Maroc- estime que dans le cadre de l’implémentation des Smart Cities il est de plus en plus nécessaire de mettre en place une forme d’agriculture urbaine, et de manière plus générale, « repenser la ville de demain de manière à ce qu’elle soit basée sur des systèmes de circuit court. On espère par notre participation à ce débat d’apporter un point de vue holistique sur l’approche de la ville», argumente-t-il.

 
En fédérant un intérêt initial de la part des trois acteurs de la transformation de la vie urbaine, le programme #DataCity est déjà sur de bonnes rails. L’étape actuelle qui dure jusqu’au 27 février 2017, va permettre aux personnes intéressées de s’initier aux outils de l’innovation entrepreneuriale, développer un projet, et affiner leurs solutions avec les équipes de Numa. Pour ce faire, l’accélérateur Casablancais accueillera chaque mercredi à 18h00 dans ses locaux des sessions de formation, de mentoring et d’accompagnement ouvertes à tous, avec comme objectif ultime d’arriver à la phase de prototypage, et ainsi contribuer concrètement à l’émergence d’une ville où il fait bon de vivre.
 

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