Que faut-il aux startups algériennes pour décoller?

Pour sa cinquième édition, l’événement TIC en Algérie, Algeria 2.0 a réuni plusieurs milliers d’adeptes dans l’incubateur du cyberparc de Sidi Abdellah dans la commune de Rahmania au sud-ouest d’Alger du 13 au 17 décembre.

Entre entrepreneurs et étudiants, des speakers algériens, tunisiens, marocains et français se sont dispatcher des tables-rondes autour de l’entreprenariat et de l’économie numérique. Mais le secteur peine encore à décoller en Algérie malgré l’implantation progressive d’une culture autour de l’entreprenariat et d’une communauté, les difficultés persistent.

Wamda a discuté avec le consultant et enseignant à HEC Alger, Hicham Baba Ahmed pour mieux comprendre les nouveaux enjeux de l'entrepreneuriat algérien.

Les participants d'Algeria 2.0 (Image via Algeria 2.0)

Wamda: Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette édition d’Algeria 2.0 par rapport à aux précédentes?

Hicham Baba Ahmed: Ce qui m’a le plus frappé, ce sont les gens qui ont pris des taxis et des bus parfois pour faire 200 km pour venir assister à l’évènement. Nous sommes de plus en plus face à de jeunes entrepreneurs qui se donnent vraiment à fond pour acquérir le maximum de connaissances afin de pouvoir préparer leur entreprise aux conditions du marché.  Au niveau des petites villes, nous avons tendance à croire que la population ne s’intéresse pas beaucoup aux technologies de l'information alors que c'est faux. Ce n’est pas un événement d’envergure internationale mais au niveau algérien, nous avons eu de bons échos, surtout qu’au Maghreb, peu de gens s’attendent à ce que nous soyons au fait sur les questions des TICs. C’est vrai que nous ne dégageons pas une image dynamique  mais dans cette édition, il y avait des adolescents, certains même qui n’ont pas encore passé leur bac mais qui sont attirés par l'entrepreneuriat, c’est un bon signe.

Wamda: Qu’est-ce qu’il manque aujourd’hui aux jeunes Algériens pour se lancer dans l’entreprenariat?

Hicham Baba Ahmed: Au niveau culturel, nous avons encore beaucoup de parents qui pensent que le métier d’entrepreneur n’est pas un métier stable. Ce n’est pas faux mais la stabilité pour un entrepreneur n’est pas une donnée, un entrepreneur a besoin de se confronter aux challenges. Là, nous assistons à une mutation depuis ces dix dernières années et nous voyons de plus en plus de personnes qui osent. C’est vrai que comparant aux Etats-Unis ou certains modèles anglo-saxons, nous sommes encore loins, mais avec internet, les jeunes Algériens sont de plus en plus au courant. Au niveau politique, les politiciens changent aussi de regard sur l'entrepreneuriat. Le seul problème, c’est que le changement tarde à venir. Il y a encore un problème de vitesse de transmission de communication. L’entrepreneur a une fréquence de réflexion qui est basé sur le résultat tandis que le fonctionnaire a une autre vision et la discussion entre les deux parties  coince souvent en Algérie.

L'événement a réuni pendant quatre jours près de 2000 participants (Image via Algeria 2.0)

Wamda: Quelles étaient les préoccupations des jeunes aspirants entrepreneurs à Algeria 2.0 ?

Hicham Baba Ahmed: Beaucoup s’intéressent au web mais la grande question reste les problèmes de monétisation en ligne et le paiement électronique qui sont encore limités ici. Plusieurs experts leur ont expliqué qu’à défaut d’avoir accès à ces outils, il fallait commencer par un business model simple. Parce que beaucoup de jeunes pensaient que l’on ne pouvait pas investir ou créer son entreprise sans avoir accès au paiement en ligne.

Alors qu’il y a des entreprises en Algérie qui travaillent et qui font de la vente en ligne avec des paiements en CCP ou en cash depuis 2003/2004.

Le point positif reste que l’événement était gratuit et accessible à tous aussi ce qui a permis à beaucoup de jeunes de venir. Beaucoup sont attirés par les nouveaux métiers du digital, community manager etc...ils sont venus poser des questions autour de la profession.

Wamda: Quelles sont les récits de startup algériennes qui vous ont le plus marqué ?

Hicham Baba Ahmed: Parmi les startups que j'ai repérées, il y a la startup qui utilise à la fois le numérique et qui s’occupe des ruches à abeilles en même temps. C’est la ruche 2.0 totalement automatisée. C’est une ruche gérée à distance pour ne pas déranger les abeilles et en même temps, la startup connecte ainsi le monde entrepreneurial avec les TICs.Une autre dans un genre différent, c’est startup qui propose aux étudiants de médecine de réviser via une application développée par un docteur en médecine intéressé par les TICs. 800 étudiants de l’Université d’Alger l’utilisent déjà.

Wamda: Qu’est ce qu’il manque aujourd’hui au pays pour vraiment faire décoller ses startup à une échelle plus internationale ?

Hicham Baba Ahmed: Il nous manque une intelligence collective. Le point faible pour l’entrepreneur algérien est d’être trop dans une intelligence individuelle. Nous sommes confrontés à une situation où les jeunes sont en concurrence entre eux au sein même de l’équipe avec laquelle ils travaillent. J’essaye d’inculquer plus le travail d’équipe et la solidarité à mes étudiants. Ce sera difficile d’attaquer la concurrence mondiale sans un changement de mentalité sur cette idée. Nous avons une intelligence mondiale, une diaspora à l'étranger qui réussit très bien et qui pourrait apporter beaucoup aux jeunes entrepreneurs d’ici. Nous avons les moyens de développer une intelligence collective qui nous sera plus utile que le pétrole.

Wamda: Le blocage au niveau de l’Etat est aussi souvent critiqué par les entrepreneur, lourdeurs administratives, frilosité des banques, est-ce que cela peut changer?

Hicham Baba Ahmed: C’est vrai que les start up dans le secteur IT trouvent des difficultés à acquérir des prêts bancaires car il n’y a pas de spécificité pour elles.  Ce n’est pas comme une startup qui va investir dans l’industrie ou le bâtiment par exemple. Il faudrait aussi une exonération d’impôt sur le bénéfice pendant au moins dix ans.  L’autre souci est que les business angels existent mais ils sont concentrés au niveau d’Alger ou d’Oran. Il n’y a  pas de concentration ailleurs. Peut-être parce qu’ils sont réticents ou qu’ils pensent que l'entrepreneuriat est encore destiné aux gens ayant plus d’expérience.

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