Ketabook, la culture maghrébine à portée de clique

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L’histoire de Ketabook est celle d’un père historien et de son fils marketeur, qui ont très vite saisi les différentes opportunités qu’offrait l’éclosion du commerce en ligne.

Tout est parti d’un constat, dans les années 2000, du Pr. Mohamed El Mansour, historien et professeur émérite à l’université Mohamed V de Rabat, qui compte à son actif une expérience de plus de 30 ans dans le domaine des sciences humaines, et qui assure également un rôle de conseiller pour la première revue marocaine d’histoire, Zamane.

« Pr. Mohamed El Mansour a observé que la plupart de ses collègues internationaux et des bibliothèques des grandes universités, avaient de grosses difficultés à acquérir des livres publiés dans les pays du Maghreb. Ils devaient constamment effectuer des voyages annuels très coûteux en temps et en argent pour pouvoir rester à jour et avoir accès aux derniers ouvrages pour leurs recherches », explique à Wamda, Saf El Mansour, cofondateur et marketeur de profession qui a travaillé plus de 15 ans avec des entreprises du Fortune 500 et des startups de la Silicon Valley.

Le professeur et son fils ont ainsi l’idée de lancer le catalogue en ligne de Ketabook qui regroupe des publications en plusieurs langues. Elles concernent la plupart des disciplines des sciences humaines ayant trait au Maghreb spécialement l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

En visant un marché de niche, Ketabook a su s'imposer sur le marché américain mais aussi maghrébin (Images via Ketabook)

La librairie Maghrébine 2.0

« A la différence de l’Europe ou des Etats-Unis, la publication des livres se fait dans des quantités moindres et les stocks s’épuisent rapidement, d’où le besoin d’un partenaire local comme Ketabook pour garantir l’acquisition immédiate de ces livres.»

« En utilisant les technologies émergentes (en l’an 2000) d’e-commerce, nous avions voulu résoudre cette problématique pour subvenir aux besoins de la communauté académique qui se spécialise dans les études Maghrébines », continue le jeune cofondateur, qui a officié l’année écoulée en tant que conseiller et juge pour le Global Entrepreneurship Summit, présidé par l’ancien Président des Etats-Unis, Barack Obama.

En plus de la vente en ligne des ouvrages, l’entreprise offre un service d’assistance bibliographique aux chercheurs spécialisés et des services professionnels aux librairies et bibliothèques en vue de les conseiller et les assister dans la constitution de leurs collections dédiées au Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Leur service phare est le « approval plans » qui permet aux acheteurs de définir un profil détaillé afin de sous-traiter et d’automatiser l’acquisition des ouvrages et leur livraison de manière rapide selon des paramètres et un budget prédéfinis à l’avance par chacun.

Aujourd’hui, les clients de la startup marocaine sont principalement des chercheurs spécialisés et des universités d’Amérique du Nord, que l’équipe dessert grâce à sa plateforme et son bureau basé à San Francisco. Une tâche facilitée par l’Accord de Libre Échange ratifié par le Maroc et les Etats-Unis en 2006 qui élimine les droits de douane sur plus de 95 % des produits.

Quant au bureau de Rabat, il fait office de point d’ancrage et de liaison avec les différents éditeurs Maghrébins, permettant  à ces derniers et surtout les plus petits d’entre eux d’accéder à un marché international qui était au-delà de leurs moyens.

En plus des clients particuliers occasionnels, le portefeuille de la startup regroupe plus d’une centaine de références selon les cofondateurs. Certains noms prestigieux y figurent tels que les universités d’Oxford, Cambridge, Cornell, Georgetown, Duke, Melbourne, ou encore la School of Oriental and African Studies de Londres et la Bibliothèque Nationale de France.

L’équipe a préféré de ne pas divulguer le montant de son chiffre d’affaires. L’entreprise gagne de l’argent sur la plateforme via le modèle du e-commerce. « Notre plateforme e-commerce est basée sur le cloud, notre site web est totalement optimisé pour l’exploration mobile, et depuis quelques mois nous acceptons aussi les paiements NFC via Apple Pay », détaille El Mansour.

Le bureau de Ketabook à San Francisco

Élargir les opérations

En se focalisant sur un marché de niche constitué principalement d’experts et de professionnels étrangers, Ketabook a réussi à contourner les difficultés d’un marché du livre dans la région MENA caractérisé par une double crise : Celle des maisons d’édition face au manque de liberté éditoriale et aux défis de distribution et de téléchargement illégal, couplée à une crise de la demande du fait d’un lectorat faible.

L’objectif de la startup est de consolider sa position initiale sur ce marché spécialisé et d’élargir le système de contrat (approval plans) qu’elle a développé, à d’autres universités. Cela pourrait assurer à l’équipe et aux maisons d’éditions un revenu beaucoup plus stable et étalé dans le temps.

« Notre mission et fierté est de continuer de démocratiser la production intellectuelle Maghrébine et montrer sa qualité grandissante, spécialement par rapport à celle du Levant et de l’Egypte. Nous comptons aussi élargir nos opérations et signer des partenariats avec des fournisseurs en Algérie et Tunisie pour mieux couvrir les publications universitaires dans ces deux pays », explique à Wamda Saf El Mansour.

Saf El Mansour, l'un des co-fondateurs de Ketabook

Quant à la concurrence, Ketabook ne semble pas se faire du souci. « Nous sommes beaucoup plus spécialisés et focalisés sur la région Nord-Africaine - contrairement à la concurrence basée au Moyen-Orient - où nous sommes la première librairie en ligne, opérant depuis plus de 15 ans. Nous sommes beaucoup plus rapides et flexibles grâce à nos relations étroites avec les maisons d'éditions et les fournisseurs, et surtout nous faisons un usage très efficaces des dernières technologies de l’information et de paiement sécurisés en ligne », argumente le cofondateur.

Côté investissement, l’entreprise a été entièrement financée par les fonds propres de ses fondateurs et très rapidement par ses propres ventes.

Feature image via Ketabook

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