Open Start Up Tunisia, une compétition à la sauce new yorkaise

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Houda Ghozzi, professeur à l'IHEC Carthage et à l’origine de la compétition Open Startup Tunisia, a fait plusieurs programmes pour aider ses étudiants à pitcher. Mais quand la pratique ne suit pas la théorie, l’exercice devient répétitif. « J'ai pensé à un projet qui serait efficace pour eux où ils seraient confrontés à des enjeux de la vie réelle pour réaliser leurs idées » dit-elle

Ghozzi, envisage alors un projet pour rassembler des étudiants de 17 universités tunisiennes à la fois publiques et privées. Pendant trois mois, entre des “ideation camps” avec des coachs et un travail d’équipe de huit semaine, les étudiants ont dû développer une idée innovante qu'ils pourraient tester sur un marché réel.

Le projet a été financé par des partenaires privés et soutenu par l’ambassade américaine. Le jeudi 19 janvier, 35 personnes de l'Université de Columbia sont venus confronter les jeunes étudiants en finance et ingénierie dans une compétition de pitchs à l’hôtel Novotel à Tunis.

La finale s’est déroulée vers 17 heures, alors que la plupart des Tunisiens étaient rivés sur le match de football de la Coupe d'Afrique, Algérie vs Tunisie. Pendant que certains jetaient un oeil furtif à l’écran près de la salle de pitchs, les cinq équipes d'étudiants se sont lancé devant un jury de Tunisiens et Américains.

L'équipe gagnante surnommée “Chechia team” et portant le chapeau emblématique, a inventé un outil intelligent qui aide les personnes assises à s'asseoir dans une bonne posture pour éviter les maux de dos. Elle ira à New York en avril pour tester l’idée lors de la foire annuelle d'entrepreneuriat de l’université de Columbia.

L'équipe Chechia a gagné avec une idée pour éviter les douleurs de dos lorsque l'on reste trop longtemps assis (Images via OpenStartup organization)

Toutes les idées devaient répondre à certains critères, tels que les objectifs de l'ONU. La plupart devaient donc être orientées en priorité vers le bien social plutôt que le profit.

« Les prisonniers tunisiens ne peuvent pas travailler en prison et ils sont souvent rejetés par la société quand ils sortent », a déclaré Achraf Mattar, 24 ans, de l'équipe de Phénix.

« Nous voulions donc utiliser les outils qu'ils avaient dans la prison, comme les ordinateurs, pour leur faire apprendre un emploi qui pourrait les aider par la suite, comme le développement d'un site Web ou le coding. »

Une autre équipe, Pnevma, a utilisé le principe de la piézoélectricité via une balle antistress pour convertir l'énergie produite lorsque les gens sont stressés en énergie réelle.

Mettre au défi les Tunisiens de viser des normes internationales

Les juges n'ont pas été cléments lors des questions, égrenées de façon lapidaire pour mieux déstabiliser les futur Steve Jobs.

« Qu'est-ce qui empêche Facebook et Snapchat de vous tuer? Ils ont plus de d’experts en data que vous et plus d'argent. »

« Votre projet peut-il se “scaler” et être réadaptable? »

« Qu'est-ce qui est mieux dans votre projet que l'Apple Watch? »

Les étudiants, malgré une certaine timidité, ont défendu leurs projets jusqu'à la fin.

« Ils ont été très difficiles avec nous mais c'est ce que nous voulions en faisant cette compétition", a déclaré Sarah Snoussi, 22 ans, issue d’une école de finance privée.

Parmi les gens Columbia une poignée d'étudiants ont également aidé avec la formation de terrain pendant la dernière journée de préparation qui a précédé les pitchs.

« J'ai vraiment apprécié leurs commentaires parce qu'ils ont cru en nous tout en nous donnant des critiques constructives », a déclaré Sarah. « Ce que j'ai appris pendant ce genre de bootcamp, c'est que, en plus du travail d'équipe, vous devez pitcher à énormément de personnes avant de vous lancer ».

 
Le jury était composé de Tunisiens comme l'ancien Ministre des technologies de l'Information et des communications, Noomane Fehri 

Échanger sur l’expérience américaine

Pour les 35 Américains qui ont participé à l'expérience, l’idée était de faire partager des connaissances.

« Il y a un an, le Ministère de l’Enseignement Supérieur nous a demandé ce que nous pouvions faire au sujet du programme d'études ici, nous ne voulions rien changer», a déclaré Emily Ford, directrice des Programmes de sensibilisation à la Columbia School of Engineering. « Mais l’idée était plus de montrer ce que nous faisions et les laisser prendre ce qu'ils pensent être le meilleur. »

Ahmad Al-Moussa, responsable de programme au Centre jordanien de Columbia au Moyen-Orient, a déclaré qu'un chaînon manquant en Tunisie était un manque de réseautage et d'interaction entre les différents domaines.

« Ils ont réussi à résoudre ce problème pendant le programme et il y a un véritable écosystème ici que nous devons soutenir », a-t-il dit.

Pour Houda Ghozzi, l’enjeu était surtout de convaincre les universités publiques et à accepter de travailler avec le secteur privé.

« En Tunisie, le secteur public est très méfiant du privé. Beaucoup considèrent que le privé a  déjà tout, pourquoi lui donnerions-nous plus? Alors que nous pouvons bénéficier les uns des autres. »

Alors que ce genre d'initiatives et de partenariat commence à se démocratiser, comme avec l'expérience Spark pour les lycéens, reste à voir comment la jeune équipe gagnante défendra son idée devant le marché américain en avril prochain.

 
The whole crew from Columbia students to Tunisian students 

 

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