La culture des startups en Algérie: une stratégie bottom up

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Le manque de systèmes de paiement électronique, une bureaucratie lente et peu d'accès aux financements sont parmi les nombreux problèmes rencontrés par un entrepreneur algérien en devenir.

« Je pense que beaucoup de jeunes, la plupart des étudiants, ont des idées qui répondent aux besoins du marché et ont de grandes chances de réussir, mais la partie difficile est l'exécution, parfois à cause des écosystèmes environnants », explique Nassima Berrayah, PDG de Eblink, une entreprise offrant des solutions web et des formations pour les entrepreneurs algériens.

La lenteur administrative en Algérie de libérer des fonds paralyse de nombreuses start-up et entrave leur développement. Selon un sondage réalisé par ANPT Cyberparc, une agence de développement informatique algérienne, plus de 70 pour cent des startups abandonnent leurs efforts au cours de la première phase de démarrage quand elles tentent de lever des fonds.

« Cela est certainement dû à la rigidité et la longueur du [processus au moment du démarrage]», explique Nabil Belmir, directeur de ANPT.

Le développement du projet et le processus d'enregistrement d’une startup en Algérie pouvaient prendre jusqu'à trois ans il y a encore seulement quelques années, sans l'aide d'un incubateur, explique Nabil Belmir.

« Cela nous a amenés à repenser notre processus en le rendant plus souple et plus rapide. Aujourd'hui, [le processus] permet à l'entrepreneur de mettre en place sa startup dans un délai allant de quatre à cinq mois ", a-t-il dit.

Récemment, l’ANPT a établi des mécanismes de suivi pour suivre la croissance de la startup et constamment identifier ses besoins, puis tenter de fournir un soutien.

Cependant, ce type de soutien n’est que le début, puisque l'Algérie a créé deux incubateurs il y a deux ans.

Selon Babs Carryer, directeur de l'Institut universitaire d'innovation de Pittsburgh, l'Algérie manque de l'infrastructure la plus importante pour la croissance de l'entrepreneuriat: le Mentorat.

« Je crois vraiment dans les programmes de Mentorat parce que j’ai pu assisté à leur impact sur la vie des aspirants entrepreneurs », a déclaré Berrayah. Nabil Belmir confirme également ce manque. Organiser des événements qui créent une synergie positive entre les entrepreneurs, comme des ateliers ou des meetups pour avoir un feedback, fournit aux startups une meilleure visibilité et, par conséquent, de la confiance et une volonté de s’améliorer.

L’État et les obstacles sociaux

Mais l'omniprésence du gouvernement dans presque tous les secteurs, souvent considéré comme le premier client d'une startup, et le manque général de confiance du grand public dans les startups locales, endommage la confiance acquise dans le cocon d'un incubateur.

Gotta Love Algeria  (GLA) a d'abord été une ONG axée sur la promotion du tourisme algérien à l'échelle nationale et à l'étranger grâce à des plateformes numériques et une présence sur les réseaux sociaux.

« Nous avons commencé comme une ONG parce que, pour une raison inconnue, elles ont plus de crédibilité qu'une startup », a déclaré Zakaria Guedjali, fondateur de GLA.

« Cela a fonctionné au début, mais nous avons été aussi limités parce que nos efforts ne sont pas récompensés via des salaires conséquents, car pour les ONG en Algérie, [faire du profit comme une ONG] est considéré comme illégal. »

Fondée en 2015, GLA sera re-lancée comme une entreprise à but lucratif en Mars 2017 et comme une société de publicité et de communication numérique avec six employés à temps plein et plus de 20 journalistes et photographes en freelance.

Mais commencer en tant qu’ONG plutôt que startup a été crucial pour mettre en place le projet et acquérir une crédibilité auprès des investisseurs potentiels et du public. « Le fait que nous soyons dépendants du gouvernement pour les services est un vrai problème dont l’Algérie souffre beaucoup », ajoute Guedjali. GLA voulait servir d’exemple pour changer les choses.

Un autre obstacle reste l'industrie du commerce électronique, quasi inexistante, dont le manque provoque des limitations massives sur les plateformes qui nécessitent des transactions en ligne. Mais le fossé laisse place à la FINTECH et au Big Data pour fleurir.

En Décembre dernier, plusieurs outils de paiement en ligne tels que la carte Edahabia ont été lancés par la Poste algérienne comme une solution de paiement électronique. La carte permettrait un développement exponentiel du commerce électronique en Algérie.

« Avec l'émergence de l'e-paiement, 2017 sera l'année de croissance pour le commerce électronique et l'esprit d'entreprise en Algérie », selon Nabil Belmir.

Il y a également eu quelques améliorations en ce qui concerne l'inclusion des femmes dans la scène entrepreneuriale. Eblink, par exemple, a lancé "eBlink in Pink", un programme pour les femmes entrepreneurs dans la région MENA. Sous le slogan « Faisons croître votre entreprise », eBlink aide ces femmes à développer leur entreprise en utilisant les nouvelles technologies.

L’Algérie sur la voie de l’ascension

Historiquement, l'Algérie a toujours été tributaire de l'énergie comme moteur économique, donc la création d’un écosystème favorable à l'esprit d'entreprise n’était pas une priorité pendant des années. « L'écosystème est faible à l'heure actuelle par rapport aux pays voisins, mais je crois qu’en l'avenir, nous allons voir une forte volonté de s’améliorer, parce que le pays n'a pas d'autre choix que d'évoluer s’il veut maintenir un équilibre économique et social sain, » dit Marouan Aoudia, directeur de l'espace de coworking The Address à Alger.

L'espace de coworking The Address  (Image via The Address)

Malgré quelques lacunes, les entrepreneurs algériens restent aussi positifs que possible. « Nous avons la chance que l'Algérie soit un marché important qui n'a pas encore été pleinement utilisé encore. Cela donne une chance aux entrepreneurs locaux de trouver de nombreuses opportunités pour des projets viables », ajoute Marouan Aoudia.

Désormais, il semble que 2017 soit le moment idéal pour encourager l'esprit d'entreprise dans le pays. L'Algérie est sans doute l'un des pays les plus stables de la région avec une croissance exponentielle du nombre de diplômés universitaires chaque année jouant un rôle clé dans l'augmentation du nombre de startups.

Le nombre croissant de jeunes diplômés qui s’impliquent dans des startups permet également de sensibiliser davantage les investisseurs, les entreprises et le gouvernement sur la culture startup. La nécessité de stimuler l'innovation est plus forte et « en ce moment l'Algérie est comme une page blanche où tout est à écrire », dit Guedjali.

« Le pays a faim dans tous les domaines: le fait que ce soit un terrain encore vierge - avec peu d'infrastructures ou de services - aide à construire la meilleure ambiance pour les startups ».

Feature image via Wikimedia Commons

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