En Tunisie, la révolution des jeunes via le coding

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Chaque samedi après-midi, plutôt que de jouer à des jeux vidéo ou de sortir avec des amis, 70 adolescents se rendent à l’espace de coworking Cogite pour apprendre à coder.

Leur professeur a seulement 19 ans et déjà quatre ans de code derrière lui. Yahya Bouhlel vient de lancer son école de coding et startup, Go My Code, depuis trois mois.

« Je veux prouver que chaque élève sortant du collège ou du lycée peut créer une application, un site web ou un jeu vidéo. C’est la génération des Millennials en Tunisie et ils ont beaucoup à prouver, même sans diplôme », déclare-t-il à Wamda.

Yahya n’est pas le seul à vouloir encourager la jeune génération de Tunisiens connectés, depuis deux ans, les écoles et formation de code pour les enfants et les adultes se multiplient en Tunisie.

Avec plus de cinq millions d'utilisateurs Facebook pour environ 11 millions d'habitants, la Tunisie est l'un des pays les plus connectés en Afrique. La communauté des joueurs de jeux vidéo est assez également bien établie.

Des leaders Millennial

Wala Kasmi, fondatrice de We Codeland, une entreprise sociale qui dispense une formation professionnelle aux métiers du numérique, s’assure que les étudiants apprennent le coding pour être en mesure de créer les emplois du futur.

Kyane Kessiri a lancé  la Young Tunisian Coders Academy en 2015 avec d’autres étudiants ingénieurs, après avoir passé un an à étudier aux États-Unis.

« Nous avons vu en 2014 comment les Américains enseignaient aux enfants le code et nous avons développé la même idée à Tunis. Notre objectif était de démocratiser le coding, même à un âge précoce avec l’idée qu’au lieu de télécharger un jeu, il vaut mieux apprendre à créer le jeu par exemple. »

L'Académie, lancé à l'origine avec l'aide d’un fond américain, est désormais autosuffisante grâce aux revenus provenant des leçons de coding. Ils ont donné cours à plus de 700 enfants tunisiens jusqu'à présent, via des camps d'été et des ateliers le vendredi après-midi après l’école avec le logiciel open source Scratch.

Wala Kasmi et l'équipe de WeCodeLand (Image via Wala Kasmi)

Changer le système scolaire en Tunisie

L'objectif de ces formations qui arrivent tant bien que mal à s’intégrer au système scolaire tunisien est également de changer la mentalité autour de la réussite à l'école et à l’université.

« Il y a beaucoup de diplômés chômeurs en Tunisie. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui quittent l'école à un âge précoce, cela pourrait être un moyen de les réconcilier avec le système scolaire et de leur montrer qu’il y a d’autres métiers qui existent,» commente Yahya Bouhlel.

Quand il a organisé la première édition de GoMyCode comme un bootcamp au cours de l'été 2016, il avait drainé des jeunes gens de toute la Tunisie, des régions intérieures comme des grandes villes, tout comme Young Coders Academy qui avait promulgué des formations dans les 24 gouvernorats tunisiens.

A la Young Tunisian Coders Academy, le code s'apprend juste après l'école (Image via YTCA)

Pour les fondateurs de MyKenz, une start-up basée en France, mais fondée par deux Tunisiens, l'idée est de créer des moyens ludiques pour apprendre et s’épanouir à travers le web, différemment de l’apprentissage numérique de l’école. MyKenz produit des vidéos, à la façon des tutoriels youtube, sur la comment devenir un cosplayer ou un breakdancer par exemple.

« Nous avons utilisé l'idée d'un réseau social pour créer la plate-forme afin que les enfants peuvent également identifier et d'interagir avec une communauté pendant qu'ils apprennent », a déclaré le cofondateur Nouha Mokni.

Ramener les jeunes vers l'école

Via ces formations, le but de GoMyCode ou d’encore Wecodeland reste d'attirer plus de jeunes provenant des régions défavorisées en Tunisie, en particulier les endroits où le taux de décrochage scolaire est élevé.

Dans un rapport de la Banque mondiale datant 2014 sur la Tunisie, il est mentionné que le pays a l'un des taux de décrochage scolaire les plus élevés dans la région MENA. Le taux répertorie les jeunes hommes et femmes qui ne sont ni dans le système éducatif, ni dans une formation, ni même dans une recherche d’emploi. Dans les zones rurales, ce chiffre passe à plus de la moitié pour les hommes et 85 pour cent pour les femmes.

« Puisque les réformes de l’école peinent à se faire, nous proposons des formations qui sont personnalisées et qui donnent aussi un sentiment d'appartenance à une communauté, » témoigne Wala Kasmi.

Le rapport stipule que fournir une meilleure couverture internet et le développement de sites de recrutement locaux pourrait contribuer à réinsérer ces jeunes dans le monde du travail, et les encourager aussi à démarrer leur propre entreprise.

« Avec GoMyCode, nous créons une atmosphère de startups avec des intervenants chaque semaine et des challenges qui permettent aussi aux élèves de développer leur esprit entrepreneurial », déclare Yahya Bouhlel. Son rêve est de faire de Gomycode une véritable école à plein temps pour les jeunes étudiants.

A GoMyCode, chacun apprend à coder de 13 à 35 ans (Image via Lilia Blaise)

Créer des écoles plus modernes

Outre le défi d'amener les jeunes à aborder le système éducatif autrement que via la notion d’échec, la Tunisie doit également trouver un moyen d'intégrer les nouvelles technologies dans son système.

« Le changement doit venir de la façon dont les gens perçoivent l'élève tunisien, non pas seulement comme un adolescent exécutant, mais comme un jeune  qui peut avoir des idées et être créatif »,ajoute Kyane Kassiri.

Dans un rapport récent sur l’éducation auquel a contribué l’ancienne Ministre du Tourisme, Amel Karboul, les recommandations encouragent la Tunisie à créer plus accès aux nouvelles technologies dans les écoles d'ici 2030 et de former les enseignants afin qu'ils puissent intégrer de nouvelles techniques dans leurs programmes afin d’utiliser le code et le numérique non pas seulement «comme un outil complémentaire» pour l'apprentissage, mais comme un «atout essentiel».

 

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