Internationaliser sa startup en Tunisie, un projet de longue haleine

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Comment internationaliser sa startup en Tunisie? La question est souvent posée au sein des entrepreneurs tunisiens et elle a été remise sur la table lors des panels de conférences du salon de l'entrepreneuriat qui s’est tenu les 22 et 23 février à Tunis.

Animé par le fondateur et CEO de la startup DigitalMania, Walid Sultan Midani, le panel s’est concentré sur les enjeux et barrières pour les jeunes Tunisiens lorsqu’ils décident d’internationaliser leur startup.

« C’est toujours le même process, vous devez dès que vous voulez ouvrir un compte à l’étranger ou avoir de l’argent à l’étranger, demander une autorisation de la Banque Centrale » commente Issam Mokni, avocat d’affaires à Tunis.

Tout le monde rit dans la salle car les lenteurs administratives liées à la bureaucratie de la Banque Centrale sont connues de tous. « Mais ce n’est pas si compliqué, il faut juste respecter les procédures. Vous devez avoir au moins 150 000 dinars de chiffre d’affaires et un an d’ancienneté, donc pour une startup qui a seulement 6 mois, il n’est pas possible de s‘internationaliser tout de suite » ajoute-t-il.

Pour sa 4 ème édition, le salon a accueilli près de 5000 visiteurs (Image via Lilia Blaise)

Mieux soigner son image

Mais pour les autres intervenants, la question de l’argent et des blocages autour du financement en ligne ne sont pas les seules barrières à l’entrée.

« Nous voyons beaucoup de Tunisiens répondre aux annonces de recrutement pour du développement informatique dans les startups et en même temps, il y a toujours quelque chose qui manque: soit une rigueur dans la présentation, soit une faute d’orthographe dans un mail. Malgré de vraies compétences tunisiennes, il y a ce manque de perfectionnisme qui fait parfois défaut sur le marché international tout comme les tarifs qui sont parfois peu préférentiels par rapport à d’autres pays concurrents » commente Nouha Mokni, fondatrice de la startup MyKenz entre Paris et Tunis.

Elle déplore le fait que certains entrepreneurs tunisiens ne soient pas bien référencés sur google par exemple.

« Il faut aussi ne pas oublier un marché très facile d’accès pour les jeunes entrepreneurs tunisiens, la diaspora tunisienne à l’étranger très en demande de talents tunisiens » ajoute Nouha.

Pourquoi s’internationaliser ?

Alors que des ponts se créent entre le monde entrepreneurial tunisien et le reste du monde -comme le montrait la présence de Nizar Ayadi, Chapter Director à StartupGrind, un fond américain pour les startups du monde entier ou encore l’ouverture récente d’un visa par la Frenchtech pour les entrepreneurs afin qu’ils viennent en France-pour les entrepreneurs tunisiens, deux obstacles perdurent: le manque de guidelines pour avoir l’envie même d’internationaliser sa startup et l’accès aux plateformes de financements tels que Paypal.

Khaled Helioui CEO de Bigpoint a fait une présentation vidéo sur les points clefs pour internationaliser sa startup (Image via Lilia Blaise)

Khaled Helioui, CEO de Bigpoint en Allemagne et Taher Mestiri,CEO Hadrum (Ultimium.com) & General Manager I.T.GRAPES sont rentrés dans les détails de ces enjeux pendant une bonne partie de la conférence car le constat était sans appel dans les questions et les débats: les entrepreneurs tunisiens manquent de boîte à outils et d’ambition pour internationaliser leur startup.

« Je vais vous donner plusieurs raisons qui montrent que s'internationaliser ne doit jamais être une option mais quelque chose d’essentiel pour une startup. D’abord, la Tunisie est un bon marché pour tester un produit mais c’est un tout petit pays donc dès que vous pouvez voir si votre produit est intéressant pour d’autres marchés, il faut y aller » déclare Khaled Helioui.

« Ensuite vous avez ce qu’on appelle une étude ICE à faire, Impact-Confidence-Ease pour prioriser les pays sur lesquels vous voulez vous lancer, puis il faut étudier les régulations de chacun et voir si vous pouvez y naviguer. »

Khaled, qui a aussi des parts chez Uber, a montré la différence entre une grande startup comme Uber et une petite startup en démarrage. « Le B to C est important, par exemple, Uber peut ouvrir aujourd’hui en 3 jours un bureau dans n’importe quel pays avec un playbook, cela prendra plus de temps pour une petite startup mais cette rapidité est aussi un objectif à viser quand vous vous internationalisez » conclue-t-il.

PayPal, toujours en stand-by

Tahar Mestiri, s’est plus focalisé sur les problèmes pratiques encore existants en Tunisie, notamment l’ouverture à Paypal.

« Aujourd'hui, à part la carte technologique pour les entrepreneurs, il y a beaucoup d’obstacles car nous ne pouvons pas ouvrir un compte à l’international. Cela fait plusieurs années que je travaille avec les ministères pour faire passer l’ouverture à Paypal qui est plus compliquée qu’on ne le croit pas car Paypal a besoin de toute une structure pour fonctionner quand il s’installe dans un pays. »

Selon Tahar, les changements successifs de ministres, les différents remaniements ont beaucoup ralenti les négociations. “Nous avons fait des réunions de 5h avec tous les acteurs concernés par le dossier et nous avons même reçu une lettre de confort de la Banque Centrale, qui montre qu’elle est plus ou moin d’accord sur le principe.

Mais aujourd’hui, c’est le nouveau Ministère des TICS qui a repris le dossier, seul, et les acteurs de l’écosystème entrepreneurial ont des difficultés à en connaître l’avancée.

«Tout est prêt mais on ne sait pas quand Paypal sera vraiment présent en Tunisie, et c’est une des conditions pour internationaliser sa startup aujourd’hui » déclare Tahar.

Alors que certains commencent à réussir le défi de l’internationalisation comme la startup tunisienne Chifco qui a gagné le French Tech Ticket lui permettant d’être hébergée dans un incubateur parisien pendant plus d’un an, la plupart des entrepreneurs tunisiens attendent encore un effort politique du côté du gouvernement pour une meilleure ouverture monétaire.

 

Feature image via Passengers Lab

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