En route sur l'autoroute numérique de Dubaï-Nairobi [Opinion]

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Je viens de rentrer de mon deuxième voyage au Kenya au cours de l’année dernière et c’est frappant, au regard de toutes les différences culturelles, historiques, géographiques importantes, à quel point le pays partage avec d'autres écosystèmes de startups, une croissance de son marché.

A mes sœurs et frères du Moyen-Orient, faites-moi savoir si cela vous parle:

  • Faible, par rapport à l'Occident, le coût d'entrée pour démarrer une entreprise -aux environs de 25 000 dollars à 100 000 dollars.
  • L'augmentation des jeunes pousses et de la première étape de financement, mais pratiquement rien au moment de la croissance.
  • L’héritage des lois, des régulations et des devoirs causant des frictions inutiles dans la circulation pourtant aisée des personnes, des idées, des biens / services et des capitaux.
  • Une population de deux tiers ou plus, de moins de 35 ans, mais une disponibilité limitée d’un capital humain expérimenté.
  • Des cultures qui ont encore une aversion du risque et l'échec qui laisse un stigmate.
  • Un nombre disproportionné de femmes entrepreneures par rapport à l'Occident.
  • Une grande opportunité de devenir les premiers.

À bien des égards, l'écosystème kenyan a quelques années de retard sur la trajectoire de croissance que je vois au Moyen-Orient, mais sur d’autres aspects, il est également positionné pour aller de l'avant.

L'écosystème technologique du Kenya est d'abord et avant tout mobile. L'histoire de M-Pesa, la facilité de paiement mobile par laquelle passe près de la moitié de l'économie du pays, sont bien connues. Mais il est dramatique de voir la première main: nous avons visité un énorme marché de fruits de gros et nous l'avons toujours connu entre les mains de milliers de marchands.

L'accès mobile est tout sauf universel, et la pénétration des smartphones augmente rapidement. C’est sans surprise qu'un ami m'a dit qu'il a compté 69 - soixante-neuf! - de startups Fintech rien qu’au Kenya; Il y a beaucoup d'opportunités ici, et à travers l'Afrique, où tant de pays sont sous-bancarisés et où la circulation sécurisée de l'argent représente une révolution.

Le Kenya numérique

Un nouveau livre Digital Kenya rapporte de façon assez complète une grande partie de ce qui a été dit plus haut. Il a été écrit par Bitange Ndemo, professeur de l'université de Nairobi, et Tim Weiss, universitaire de Stanford . C'est un must-read parce qu'ils font non seulement l'état des lieux et soulignent les challenges du Kenya, mais expliquent aussi comment les dernières technologies aident les entrepreneurs à aller vers de nouvelles solutions.

«Pensez à l'impact”, notent-ils, de la réduction des «coûts de transaction dans les paiements numériques, peut-être à travers bitcoin et les solutions de chaîne de blocs».

Ils écrivent que le financement du commerce et le crédit pour les petites entreprises dans les marchés informels sont des domaines d'opportunité, et les entreprises qui développent d'autres façons d'évaluer la solvabilité, comme par le biais des recharges des téléphones mobiles, auront un grand rôle à jouer. Les solutions via des identités numériques peuvent réduire la corruption et les coûts pour les demandeurs d'emploi. Et la refonte des chaînes d'approvisionnement, en particulier dans l'agriculture, peut créer des marchés plus efficaces dans leur fonctionnement.

Ndemo et Weiss soulignent le sens profond de la communauté et de l'esprit collectif: «Pour l'Occident, l'innovation résulte de la résolution des préoccupations tournant autour de l'individu. Au Kenya, les innovations qui ont été créées cherchent à résoudre des problèmes plus collectifs».

Dans cette mentalité, le social vient en premier, le business en second. Ce sont vos réseaux qui sont importants.

Ils décrivent une «mentalité de précipitation» distincte et omniprésente qui touche tous les niveaux de revenu, les religions, les tendances ethniques et les secteurs industriels. On nous a dit que le ménage moyen kenyan pouvait avoir six sources de revenus différentes et cela reflète la façon dont les problèmes sont résolus dans la société de façon générale. Alors que les Occidentaux cherchent souvent à résoudre un problème de façon séquentielle, au Kenya, il y a «mentalités de faites vos paris» où les gens essaient de résoudre de multiples défis et ensuite, de voir lequel est le plus lucratif.

Les entrepreneurs sont
au premier rang dans la région. (Image via Christopher Schroeder)

Refuser l'argent facile

Le rôle des organisations non gouvernementales (ONG) au Kenya et dans d'autres parties de l'Afrique est également unique et de nombreux entrepreneurs pensent qu’il est aussi problématique.

Erik Hersman, le fondateur de l'un des plus grands espaces de travail partagés au Kenya Ihub et de la startup de technologies éducatives et d’accès à l'internet, Brck, dit aux auteurs: «Nous avons l'un des plus gros nombres d'ONG par habitant au monde [... qui parfois amènent] de l'argent pour certaines choses... mais qui peuvent aussi saboter le marché pour d'autres choses. Un royaume entier de folie que vous ne trouveriez pas ailleurs».

L'argent des ONG pour les startups peut sembler utile, sans fonds propres. Mais souvent, il y a les conséquences imprévues liées aux conditions de ces prêts ou dons. Par exemple, si l'agenda d'une ONG ne se synchronise pas avec celui de l'entrepreneur, ou si «l'argent bon marché évince les investisseurs disciplinés ou quand ils se lassent simplement après quelques années».

Scaler les grands

Où va-t-on en partant du Kenya? Les Occidentaux ont tendance à penser en termes de proximité géographique, mais «l'Afrique de l'Est» n'est pas un marché unifié en soi.

Un nouvel acronyme - KINGS: Kenya, Côte d'Ivoire, Nigeria, Ghana et Afrique du Sud - indique que les spécialistes prédisent que la croissance en Afrique viendra de connexions plus étendues plutôt que des pays voisins.

Quand j'ai demandé à la plupart des entrepreneurs à Nairobi où ils devraient s’internationaliser, s’ils réussissent au Kenya, invariablement, ils citent  la plus grande ville du Nigeria, Lagos, qui est à plus de 4000 kilomètres. Les villes, comme les frontières nationales, définiront autant des activités en Afrique que dans d'autres marchés en croissance. D'autres y voient une réelle opportunité pour des startups panafricaines.

Un constructeur d'écosystème a noté «notre entrepreneur idéal possède une agitation nigériane, une intégrité ghanéenne, et une douceur kenyane».

‘E to e’

Par-dessus tout, je vois des entreprises remarquables qui résolvent des problèmes très épineux, des défis qui peuvent vous donner les «mains sales» et qui ensuite étalent la technologie par-dessus pour pouvoir scaler. Dans un article que j'ai écrit pour Recode au printemps dernier, je raconte l'histoire de Twiga, qui maîtrise la façon de fournir à bon marché et à plusieurs reprises au cours de la journée, des produits à plus de 48.000 vendeurs de fruits à Nairobi, leur épargnant des marches de plusieurs heures et la détérioration de leur marchandise.

Dans sa première itération, il résout un défi logistique important, mais l'accès aux dispositifs universels leur permettra de rendre la commande plus efficace et d'inclure les données pour offrir du crédit. Quel marché en Afrique, en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient n'en profiterait pas, ainsi?

L'histoire des marchés en croissance sera généralement ce que Linda Rottenberg, cofondatrice de Endeavor Global, appelle «e to e» - un marché émergent vers un autre marché émergent - où les expériences partagées et les besoins du marché partagent des besoins similaires.

Je crois que nous vivons les prémices de nouvelles connexions entre les écosystèmes de la technologie de croissance du marché, qui s’exacerbent alors que l'Occident se renferme politiquement sur lui-même. Je vois d'énormes ponts se bâtir entre le Moyen-Orient et l'Afrique de l'Est, et je suis impatient de voir ce que donnera le corridor Dubaï / Nairobi.

Feature image via Christopher Schroeder.

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