Biogaz, compost et économie circulaire, un trio gagnant pour Biodôme du Maroc

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Pour pomper l’eau nécessaire à l’irrigation des terres et utiliser les équipements de la vie courante, les exploitants agricoles ont principalement recours aux bonbonnes de gaz ou au gasoil: Une énergie non-renouvelable, polluante, chère, et qui de surcroît est compliquée à acheminer dans certaines zones rurales difficiles d’accès.

Parallèlement, ces exploitants trouvent des difficultés à se débarrasser de leurs déchets et dépensent de l’argent pour acheter des engrais chimiques qui fragilisent à long terme leurs sols.

Fatima Zahra Beraich, ingénieur-docteur en technologie des procédés industriels chimiques, a décidé de se lancer dans l’entrepreneuriat pour trouver une solution au problème: Une installation de méthanisation agricole, Biodôme du Maroc, boostée par un accélérateur biologique qu’elle a réussi à breveter à l’international, et qui permet de produire du biogaz et des fertilisants verts en recyclant les déchets organiques des fermes. Une solution à la fois de bioénergie, de compost et de recyclage.

Un projet qui l’a amenée à opérer dans un secteur dominé par des hommes, dans des zones rurales marocaines rarement habituées à voir des femmes prendre les rênes des affaires. Cela ne l’a pas freinée pour autant, malgré certaines résistances et quelques doutes de la part de son entourage et de son public cible, elle a compté principalement sur son expertise et le soutien de son cofondateur et mari, Amine El Yazghi.

Au Maroc, le digesteur peut aider à réduire les effets du gaz à effet de serre (Crédit Image: Biôdome du Maroc)

Démocratiser la production du biogaz et du compost

En 2013, Fatima-Zahra Beraich fait de cette problématique son sujet de recherche pour l’obtention du doctorat au sein du laboratoire de recherche en management industriel et innovation à l’université Hassan-I de Settat.

Elle y développe un digesteur qui repose sur la technique de la méthanisation des matières organiques et végétales. Le processus de fermentation permet de produire du biogaz qui sert à la production de la chaleur, de l’électricité ou de biocarburant, en plus d’un compost qui est utilisé comme fertilisant biologique. Elle lance ensuite son entreprise Biodôme du Maroc en fin 2013, et commence à chercher un premier client prêt à financer l’installation d’une unité pilote.

« Notre digesteur permet des économies en achat d’énergie et d’engrais dont le surplus peut être également revendu. Il permet une autonomie énergétique de l’exploitation agricole, favorise le recours à l’agriculture biologique grâce aux engrais verts produits, et résout la problématique de la gestion des déchets et l’émanation des gaz à effet de serre », énumère la fondatrice.

A titre d’exemple, une unité de 20 m3  qui coûte 120 000 MAD ( US$ 12 000), a une durée de vie de plus de 40 ans, économise aux alentours de trois bonbonnes de gaz de 12 Kg par mois, et produit un minimum de 100 Kg d’engrais par jour d’une valeur de 3 MAD ( US$ 0,3) à 6 MAD (US$ 0,6 ) le kilogramme selon la qualité du compost.

Des arguments qui ont permit à la startup verte d’avoir la confiance d’une vingtaine de clients aux environs de  Khouribga, une ville minière au centre ouest du Maroc, dont l’abattoir d’une commune et le groupe COPAG, première coopérative du Maroc comptant 14 000 adhérents, et deuxième acteur laitier du marché, qui leur a signifié son intérêt lors de la COP22 d'équiper certains de ses adhérents.

« Ces  digesteurs se distinguent par des caractéristiques technologiques innovantes qui ont fait l'objet de quatre demandes de dépôt de brevet. Leur potentiel commercial est très important aussi bien au Maroc qu'en Afrique vu les problématiques de gestion des déchets, notamment dans les zones rurales et enclavées », ajoute à Wamda, Moha Arouch, Directeur de MaroBtikar, l'incubateur de l'université Hassan-I, où le projet a débuté son aventure.

L'équipe de Biôdome en train de faire tester le digeseur à un client (Crédits Image: Page Facebook de Biôdome)

Relancer le biogaz d’origine agricole

Le potentiel du biogaz qui est produit à partir des eaux usées correspondrait aux besoins en électricité de près d'un million de personnes au Maroc. La récupération des déchets ménagers équivaudrait à une consommation d'électricité de plus de 10 millions de personnes. Quant aux déchets agricoles et agro-industriels, ils pourraient répondre aux besoins de plus de 1,5 million de personnes.

Actuellement au Maroc, la production du biogaz est principalement l’apanage du secteur industriel. Des projets ont été récemment lancés pour valoriser les émanations des stations d’épuration des eaux usées urbaines et industrielles, et de certaines décharges contrôlées.

Pour le secteur agricole, le pari de passer d’une logique de déchets à une logique de ressources a été déjà entrepris au Maroc.

Mais « l’expérience des digesteurs installés dans le milieu rural depuis 1983 (350 environ) n’a pas favorisé la diffusion à grande échelle de cette technologie », avait conclu en 2013 un document du Ministère de l’Industrie marocain.

Même constat pour une expérience menée dans le sud du Maroc en 1984, où en hiver, en raison des basses températures, la production de biogaz a suffi à peine à préparer le petit déjeuner.

Le frein essentiel étant que ces installations dans la plupart des cas n'assurent pas un confort énergétique en comparaison avec les besoins. Elles nécessitent des intrants en quantités importantes dont ces agriculteurs ne disposent pas tout au long de l’année.

Biodôme du Maroc espère dépasser ces difficultés grâce à sa vraie innovation : un accélérateur sous forme d’un cocktail de bactéries qui permet d’accélérer le processus de fermentation avec moins d’intrants.

« La technologie du biogaz existe déjà, mais elle n’a pas connu de développement majeur depuis le moment qu’elle est apparue. L’apport de notre accélérateur, c’est de permettre une production stable et suffisante tout au long de l’année. Le processus de méthanisation repose sur l’opération de la fraction organique des déchets, et c’est là qu’on a essayé de développer une solution qui permet de traiter rapidement cette fraction », argumente la chercheuse-entrepreneuse.

Une entreprise à vocation sociale

L’entreprise a également développé un composteur à destination de la population urbaine. Il permet aux établissements de restauration et aux particuliers de produire du compost en recyclant leurs déchets ménagers. Un premier pilote a déjà été produit et a trouvé preneur. En collaboration avec une startup également incubée à l’université Hassan-I, l’utilisateur peut contrôler le composteur à distance grâce à son smartphone.

Et pour donner un coup de pouce à l’emploi rural et à l’agriculture verte, Fatima-Zahra Beraich prépare également un programme d’activités génératrices de revenus à destination des femmes et des jeunes sans emplois, autour de la collecte des déchets, leur valorisation, et la vente du compost produit.

Un digesteur en contruction (Crédits Image: Page Facebook de Biôdome du Maroc)

Cet engagement social et environnemental lui a value le titre de 'femme d’avenir en méditerranée' décerné par l’UpM, et l’accompagnement technique et financier de plusieurs acteurs tels que l’incubateur MaroBtikar, la Fondation OCP, Switchmed, CleanTech Open, ou encore Cluster Solaire où elle faisait partie du programme Fast Track 2 Market avec à la clé, un financement de 500 000 MAD (US$ 50 000).

 

Header Image via Biôdome Facebook Page

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