Un visa pour l'Europe pour les startups du Maghreb

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Alors que les politiciens français jouent encore la carte de l’immigration dans la dernière ligne droite de l'élection présidentielle, un visa pour l’entreprenariat ouvert aux startups du monde entier ouvre une nouvelle voie migratoire notamment pour les ressortissants des pays du Maghreb.

La première étape, après le lancement du programme du French Tech Ticket l'année dernière était d'aider les gens à comprendre que le fait de s'installer en France pendant une année pourrait être une bonne chose pour leur entreprise.

« Je pense que l'intérêt n'est pas seulement de se rapprocher du marché européen, mais surtout d'être proche du capital et les investisseurs », a déclaré Réda Berrehili, un entrepreneur marocain qui faisait partie du premier comité de sélection.

À la fin de 2016, le deuxième lot de 70 startups internationales a été sélectionné, dont cinq d'Afrique du Nord et deux du Moyen-Orient. Les fondateurs ont commencé à arriver en France au mois de janvier 2017 et ont été dispatchés dans 41 incubateurs, où ils vont passer les 12 prochains mois. En plus de recevoir un financement de 45 000 euros par équipe (48 000 dollars), chaque entrepreneur obtient un permis de résidence d'un an.

Un cocon pour les entrepreneurs qui ont besoin de scaler

« La meilleure chose en ce moment, c’est que nous sommes vraiment suivis, presque pris en charge à chaque étape de notre lancement, c'est un vrai processus de fast track », a déclaré l'entrepreneur tunisien Zied Jallouli, qui a créé Bobbli, une application qui permet aux gens d'acheter les produits vus dans les films ou à la télévision.

Il avait du mal à gérer les lenteurs administratives et le développement de sa startup en Tunisie. Il a posé sa candidature pour le Ticket afin de tester son application sur son marché cible et de gagner du terrain sur la bureaucratie tunisienne.

« Ce sont toujours les mêmes problèmes qui persistent, à un moment donné, quand vous voulez scaler à l'échelle internationale, vous avez besoin d'un siège social aux États-Unis pour obtenir plus de business angels qui investissent en vous et qui ont confiance dans le cadre juridique du pays. En Tunisie, nous n'avons pas un bon cadre juridique et nous avons tellement de restrictions qu'il est pratiquement impossible de grandir », a déclaré Jallouli.

Alors que les entrepreneurs du Moyen-Orient considèrent les EAU et l'Arabie saoudite comme les marchés les plus favorables au scaling, pour les entrepreneurs nord-africains, c'est toujours l'Europe qui prime. Jallouli a choisi d'être incubé à Nice, plutôt qu'à Paris, pour être proche de Cannes. Il utilisera le célèbre festival de cinéma en mai pour gagner en visibilité avec Bobbli.

 
Zied Jallouli en train de présenter son application Bobbli pendant la cérémonie d'ouverture du French Tech Ticket à Lyon. (Image via Zied Jallouli)

Cibler un marché spécifique

Les Egyptiens Sameur Wagdy et Bishoy Mesdary ont quitté leur Caire natal pour rejoindre un incubateur à Marseille.

Ils gèrent, avec leurs deux cofondateurs qui sont restés en Egypte, le lancement de Gbarena. Le site organise une communauté de jeux en ligne qui relie les joueurs aux défis et aux tournois mondiaux, et fournit aux organisateurs du tournoi une plateforme pour gérer et organiser des compétitions.

Ils n'ont pas choisi la France au hasard.

« Il y a une grande communauté de joueurs ici, le PSG vient de signer un contrat avec la fédération e-sport pour avoir également une plateforme e-sport », a déclaré Wagdy .

Le marché européen est considéré comme l'un des plus grands marchés qui paient le mieux dans les jeux. Parmi les dix pays les plus côtés, cinq sont des pays européens, la France est considérée comme la septième de cette liste et la troisième parmi les pays européens.

Les fondateurs de Gbareana présentent leur plateforme à Lyon. (Image via Gbarena)

Une situation win-win pour la France

Pour la France, choisir de s'ouvrir aux nouveaux arrivants en période de restrictions à la politique migratoire n'a pas été fait sur un coup de tête ou simplement pour affirmer une position politique, il s'agissait avant tout de faire du business autour de l’innovation.

Lorsque le Président François Hollande et Axelle Lemaire (La Secrétaire d’Etat chargée du numérique et de l'innovation) ont lancé le “passeport de talent”, précurseur du Ticket et qui donne aux entrepreneurs un permis de résidence de quatre ans, puis le French Tech Ticket, ils ont souligné la nécessité de montrer l'ouverture à un moment où l’état d’esprit européen va plutôt vers la fermeture des frontières.

La France possède le deuxième plus grand écosystème de capital-risque en Europe, pour un montant de 94 milliards d'euros (2013) et se classe au premier rang des pays européens en 2016 pour le nombre d'investissements réalisés. Le secteur de la technologie reste l'un des points forts du pays dans un climat économique plutôt morose.

Début mars, des représentants de Business France, une agence qui vise à internationaliser l'économie française, sont venus à Cogite, l'un des espaces de co-working les plus connus de Tunis. L'objectif était non seulement de promouvoir la troisième édition du French Tech Ticket, mais d'encourager aussi les entrepreneurs et entreprises tunisiennes à se développer en France.

Feature image via French Tech Ticket.

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