4 startups qui changent les services de santé au Maghreb

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Une femme qui s’évanouissant dans une gare au Maroc, en attendant un train qui l’emmenait subir un traitement pour sa dialyse à trois heures de chez elle, et ce fut le déclic pour l'un des nouveaux entrepreneurs dans le secteur de la santé au Maghreb.

La région nord-africaine a ses propres problèmes en ce qui concerne les soins de santé, comme le manque d'installations médicales au Maroc par exemple.

Depuis 2011, les entrepreneurs y ont vu une opportunité. Certains y ont ouvert des plates-formes en ligne telles que Dabadoc, ou le développement de nouveaux médicaments avec le chercheur Adnane Remmal.

Selon le rapport MENA's Health Startups du Wamda Research Lab publié en 2016, la région élargie présente un mouvement croissant en faveur de l'entrepreneuriat dans la santé, car l'élargissement de la présence des TIC et des crises de santé liées au mode de vie créent le besoin et la possibilité d'utiliser des solutions de santé numériques avancées. La plupart des startups MENA se sont concentrées sur une plus grande transparence pour les patients, et des solutions de santé mobiles et connectées par exemple.

Un rapport de McKinsey en 2015 a noté que la Tunisie, le Maroc, l'Algérie et l'Égypte représentaient 70% du marché pharmaceutique en Afrique. The Economist Intelligence Unit  a affirmé en 2011 que la Tunisie était déjà en avance sur l’innovation en matière de santé au Maghreb, grâce à de bons indicateurs tels que des spécialistes qualifiés, des hôpitaux publics et privés solides, un haut niveau de services et une infrastructure développée. A l’époque 90% des Tunisiens avaient accès à l'assurance maladie.

Mais le pays souffre, comme ses voisins, d'une distribution insuffisante des services de santé et d’une crise dans la profession des médecins liée à une dégradation des conditions de travail et des hôpitaux.

Quant à la télémédecine, si les pays d’Afrique subsaharienne et d'Afrique du Sud l’ont déjà adoptée, c'est une industrie qui doit encore décoller dans les Emirats Arabes Unis, et encore plus en Afrique du Nord.

Pourtant, nous avons trouvé quatre startups à travers le Maghreb qui trouvent des moyens de rendre les soins de santé plus accessibles à tous via des outils novateurs.

Medtrucks - Maroc

Anass El-Hilal est l'entrepreneur marocain qui a assisté à l’évanouissement de la jeune femme.

« Elle allait dans une ville à trois heures de chez elle pour obtenir son traitement de dialyse alors qu'elle ne pouvait pas supporter physiquement le voyage », a-t-il témoigné.

Il a donc développé une carte des établissements médicaux au Maroc et a créé une entreprise pour envoyer des camions médicaux dans tous les endroits où il n'y en avait aucun. Bien que l'équipe soit basée en France, Medtrucks et son le projet de cartographie des infrastructures médicales, Medmapping, se trouvent dans son pays d'origine.

L'idée - amener les médecins à leurs patients, et non l'inverse - était simple mais difficile à mettre en œuvre dans un pays comme le Maroc, qui fait face au problème galopant de la désertification médicale surtout dans certaines régions du pays qui n'ont pas de services médicaux.

En Tunisie et au Maroc, la plupart des médecins ne vont pas s’installer en dehors des grandes villes et ont tendance à partir à l'étranger plutôt que de travailler dans de mauvaises conditions.

« J'ai donc établi une carte collaborative qui rassemblerait à la fois les installations médicales et les besoins du patient. Ensuite, il est facile d'envoyer des camions médicaux avec des médecins qui savent où aller et pour quel besoin, comme une sorte de Blablacar, mais pour les médecins », a expliqué El-Hilal.

Son objectif principal est de faire en sorte que le Maroc numérise ses systèmes de soins afin qu'il puisse accéder à plus de données et améliorer la plate-forme. Il a étudié les besoins de plus de 700 patients et a ajouté un dispositif pour suivre les différentes maladies dans chaque région. Il est soutenu par les banques françaises et l'entreprise a fait partie d’un programme d’incubation à Espace Bidaya à Casablanca.

Medtrucks permet de cartographier l'infrastructure santé au Maroc (Image via Medtrucks)

 

Sutures - Maroc

Les trois fondateurs de l'application marocaine Sutures voulaient «gamifier» l'anatomie en 2016.

Tous les trois sont des chirurgiens qui ont trouvé l'explication de l'anatomie et d’une opération via des dessins ou des mots griffonnés à la hâte étaient souvent incompréhensibles pour leurs patients et prenaient du temps.

« Nous avons simplement décidé de changer de procédé grâce à une application avec les principaux organes du corps afin qu'ils puissent voir ce que nous allons faire », explique Amine Benkabbou, l'un des fondateurs, pour éviter au patient d'être submergé par l'information médicale, qu'il ne peut pas comprendre.

Les chirurgiens ont lancé la version bêta de l'application après une étape d’incubation à Techverse, un incubateur et un espace de coworking qui les a aidés à faire leur idée dans un produit. Ils ont lancé le premier prototype en avril et ont autofinancé le projet grâce à Medverse, le programme découlant de Techverse. Leur marché est principalement le secteur chirurgical, pour lequel ils envisagent de proposer l'application sur un modèle freemium.

Cure - Tunisie

Mohamed Dhaouafi a eu l'idée d'une prothèse d’un membre supérieur 100% fabriquée en Tunisie quand une cousine de l’un de ses collègues est née sans bras. Dhaouafi, qui étudiait l'ingénierie, a réfléchi avec toute une équipe, sur comment créer une prothèse rapidement et moins chère que celles importées.

L'idée a débuté avec un premier concours dédié à l'entrepreneuriat tunisien en 2016, où il a remporté le premier prix pour un prototype de main qui était mécaniquement articulé.

Après une étape à MEPI, un programme d'échanges américain en Tunisie, pour mieux comprendre comment démarrer son projet, il a développé avec les neuf membres de l'équipe une main myoélectrique qu'ils ont présenté au défi Startup Sauna cette année.

« Vous pouvez recycler notre prothèse, vous pouvez la personnaliser, notre objectif est de la rendre moins chère que les produits importés, non seulement pour la Tunisie mais aussi pour le Maroc où il y a une forte demande et dans le reste de l'Afrique », a-t-il déclaré.

« En Tunisie, nous avons étudié le besoin avec la CNAM (la Caisse Nationale d’Assurance Maladie). Il n'y a que 100 personnes qui peuvent être remboursées par mois et mille qui ont besoin d'une prothèse mais qui n'ont pas les moyens financiers. »

 
Mohamed Dhaouafi qui présente sa prothèse aux officiels du Ministère de l'Emploi (Image via Mohamed Dhaoufi)

Bye Bye Autism-Tunisie

il y a quatre ans, Olfa Safraou, 30 ans, ancien secrétaire médical, rencontrait pour la première fois l'enfant autiste d'un ami. « Son regard fixait le vide, et il ne pouvait même pas jouer avec mon fils. Je me sentais mal et je me suis demandé ce que je pouvais faire pour l’aider à s’épanouir » , raconte-t-elle à Wamda.

Après des recherches, elle a découvert (avec une expertise de nutritionniste) que les gens ont souvent sous-estimé l'importance des effets de certains aliments chez les enfants autistes.

« J'ai décidé de créer un centre où les enfants autistes pourraient venir jouer, s’éduquer et partager un goûter avec de la nourriture sans gluten, par exemple parce que le gluten peut avoir un impact sur leur comportement », dit-elle, même si la recherche scientifique mondiale reste encore divisée sur cette question.

« Cela a eu un effet sur le fils de mon ami et je pense qu’en Tunisie, nous mangeons trop de blé et de gluten, cela peut vraiment changer les choses », a déclaré Safraou, arguant qu'un nouveau-né sur 80 était autiste en Tunisie.

« Le centre ne vise pas seulement à trouver une place pour que ces enfants puissent s’épanouir, ce qu'ils ne peuvent pas faire dans les écoles habituelles, je vise à en faire une startup qui pourrait avoir un laboratoire destiné à la recherche sur l’alimentation des enfants autistes », a-t-elle ajouté.

Après avoir commencé son projet il y a un an, elle a déjà reçu un fonds de 7 000 $ du programme Minbar Mena lors d'un concours en Tunisie.

 

Feature image via Pexels

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